Romains

Romains (Epître aux)

- Auteur.

- L’apôtre Paul. Il a dicté l’ép. à Tertius (16.22). L’authenticité de l’ép. n’a jamais été sérieusement contestée. On y reconnaît le caractère et le génie de Paul, qui le qualifiaient pour rédiger l’exposé le plus systématique et le plus complet des vérités du salut. On trouve des allusions ou des citations de cette lettre chez Clément de Rome, Ignace, Justin Martyr, Polycarpe, Hippolyte, Marcion, le Canon de Muratori, les Vers. Vieille Latine et Syriaque. Dès l’époque d’Irénée, l’ép. est universellement reconnue comme paulinienne et canonique. Les preuves internes sont également très fortes. L’auteur affirme être Paul (1.1) ; ce qu’il dit de lui-même ne s’applique qu’au grand apôtre des païens (11.13 ; 15.15-20). Le style, l’argumentation, la doctrine sont visiblement de Paul. Il n’est pas surprenant que l’ép. aux Romains ait joué un si grand rôle dans l’histoire de l’Eglise. Son influence a été immense sur Augustin, les Réformateurs, le réveil de Genève en 1817, et sur tous les grands renouveaux de la pensée et de la foi chrét.

- Destinataires.

- A l’Eglise de Rome, fondée prob. par des chrét. convertis par Paul et par d’autres apôtres itinérants : au ch. 16, Paul salue 26 personnes réparties dans cinq Eglises de maison. L’Eglise existe depuis plusieurs années (1.8 ; 15.23). Elle compte quelques éléments juifs (2.17s. ; 3.9 ; 4.112) mais la plupart de ses membres sont d’origine païenne (1.5s., 12-14 ; 9.24-30 ; 11.13, 24, 28, 30 ; 15.15s., les noms gr. et latins du ch. 16).

- Date.

- En l’an 57 ou 58. Paul vient de terminer la collecte pour les chrét. de Jérusalem (15.22-26), il est sur le point de partir pour la Palestine. #Ac 20.1

La rédaction de Romains se situe donc au cours du 3e voyage missionnaire, après 2 Cor. (v. 2 Cor. 8.6 ; 13.1) pendant les trois mois que l’apôtre a passés à Corinthe. #Ac 20.3

- Lieu.

- Paul écrit chez Gaïus (16.23 ; cf. 1 Cor. 1.14), et salue de la part d’Eraste (16.23), trésorier de la ville (de Corinthe : v. 2 Tim. 4.20). Phoebé, diaconesse de l’Eglise de Cenchrées (à quelques km. de Corinthe) portera la lettre à Rome (16.1-2). Le lieu de rédaction est donc Corinthe.

- Contenu.

- La lettre contient un exposé de la prédication de Paul, plus systématique que dans ses autres lettres, s’adressant à des chrét. qui connaissent déjà les grandes vérités de l’Evangile (15.14) et n’ont besoin que d’un rapport et d’un affermissement dans leur foi. Ce n’est pas un exposé complet de la doctrine chrét. (tout l’enseignement sur le Retour de Christ n’y figure pas ; le repas du Seigneur n’y est pas évoqué, les ministères dans l’Eglise sont à peine effleurés), mais une vue d’ensemble des vérités fondamentales de la foi.

- But.

- Paul a maintes fois désiré voir les chrét. de Rome pour donner à la foi de ces jeunes convertis un fondement solide (1.11, 15 ; 15.15-16), mais chaque fois, il en a été empêché (15.17-22).

- Présentement encore, il ne peut se rendre dans la capitale, car il doit porter la collecte à Jérusalem (15.30-32). Donc il écrit aux Romains :

- 1. Pour préparer sa visite (15.24) avant de se rendre en Espagne et pt-être faire de cette Eglise son port d’attache occidental (comme Antioche l’était pour les provinces orientales). Pour cela, l’Eglise devait être solidement fondée dans la foi, donc bien enseignée (1.11 ; 16.25), or, elle n’avait jamais bénéficié de l’enseignement d’un apôtre. Paul va donc leur exposer tout le plan de Dieu pour le salut de l’humanité. Le but didactique se rattache donc directement à ce but immédiat.

- 2. Pour soutenir pleinement l’apôtre, l’Eglise de Rome doit être inaccessible aux influences des judaïsants (16.17) et aux arguments des contradicteurs (3.8, 31 ; 7.7, 13), elle doit être bien unie (14.1-15.13) et n’avoir aucun doute au sujet de l’Ev. prêché par l’apôtre (1.18-13.14) et des principes qui le guident dans son action (15.17-21). Le deuxième but de la lettre sera donc apologétique.

- 3. Pour qu’il parvienne sain et sauf jusqu’à Rome il lui faut passer d’abord le cap de Jérusalem. C’est pourquoi il demande aussi aux Romains de le soutenir par la prière (15.30-32). Il profite de cette lettre pour renouer et affermir les liens personnels qui le lient à des chrét. de Rome. Ces passages répondent à un but pratique.

- 4. A ces diff. buts, on peut rattacher un but personnel : l’apôtre se trouve à un tournant de son activité missionnaire, ayant derrière lui les luttes contre les judaisants et les problèmes causés par les diff. Eglises du bassin méditerranéen oriental (en part. par celle de Corinthe). Il profite de ces quelques mois de répit à Corinthe pour faire en quelque sorte le bilan de sa pensée et la mettre sous une forme plus structurée et plus permanente. Prévoyant de sérieuses difficultés à Jérusalem dont il ne connaissait pas l’issue-il se disait pt-être qu’il laisserait du moins par cette lettre, pour l’Eglise de la capitale et pour les générations futures, une sorte de testament spirituel résumant l’essentiel de ce qu’il appelle ailleurs "son" Ev.

- Unité de l’épître.

- L’ép. aux Romains était-elle à l’origine, aussi complète que sous sa forme actuelle ? 2 principales hypothèses offrent un cert. intérêt littéraire, mais n’ont aucune importance doctrinale.

- 1. L’ép. devant circuler, on l’aurait abrégée par l’omission de références locales (p. ex. les mots "à Rome," 1.7), et en supprimant les ch. 15 et 16, mais sans toucher à la partie doctrinale et aux exhortations pratiques. A l’appui de cette hypothèse, on allègue que la doxologie de 16.25-27 figure, dans cert. mss à la fin du ch. 14, ou à la fois à la fin du ch. 14 et à la fin du ch. 16. On avance aussi que Tertullien, Irénée, Cyprien ne citent aucun passage des ch. 15 et 16, ch. dont Marcion ne parle point non plus. Mais le caractère circonstanciel de ces 2 ch. explique facilement ces omissions. La théorie de l’abréviation ne se fonde donc que sur la présence de la doxologie à la fin du ch. 14, dans cert. mss ; argument faible, d’autant plus qu’aucun des mss dont nous disposons actuellement ne présente l’ép. sous une forme abrégée.

- 2. La 2e hypothèse suppose que le ch. 16 ne faisait point partie de l’ép. originale, mais était un billet recommandant Phoebé à l’Eglise d’Ephèse. On relève, avec raison, que le ch. 15 fait corps avec le ch. 14, et en constitue la suite à propos de l’esprit de sacrifice dont doivent faire preuve les forts à l’égard des faibles. En outre, le ch. 15 se termine au v. 33 par une bénédiction analogue à celle qui achève d’autres lettres de Paul #2Co 13.11 ; 1Th 5.23 ; 2Th 3.16 ; Php 4.9 et forme une conclusion naturelle de l’ép. aux Romains. Le ch. 16 serait un supplément. On peut répondre à ceci que :

a) les salutations suivaient parfois une doxologie, ou une bénédiction, même après un amen #Php 4.20 ; 2Th 3.16 (cf. 2 Tim. 4.18).

b) le ch. 16 fait partie de l’ép. dans tous les mss dont nous disposons.

c) la présence d’Aquilas et de Prisca à Rome s’explique facilement. Ils voyageaient beaucoup ; ils étaient à Rome quand les Juifs furent chassés par un décret impérial. Le couple séjourna env. 11/2 an à Corinthe et accompagna Paul à Ephèse. Ces époux s’appliquèrent à répandre le christianisme dans cette ville, où ils restèrent au moins jusqu’à ce que Paul fût revenu de Jérusalem. Ils retournèrent pt-être à Rome pour y préparer l’arrivée de Paul. #Ac 19.21

d) Il est plaus. qu’Epainète, "les prémices de l’Asie" #Ro 16.5 converti dans la province d’Asie, soit allé à Rome. En effet, chrét., Juifs et gentils affluaient de partout dans la cité impériale. Epaphras de Colosses, Aquilas originaire du Pont, Hérode le tétrarque se rendirent dans la capitale.

e) Il est prouvé que les chrét. salués au ch. 16 avaient des noms qui étaient courants à Rome.

f) Le fait que les salutations s’adressent à de nomb. personnes n’implique pas que toutes sans exception aient été des connaissances personnelles de l’apôtre. Aquilas, Prisca, et d’autres correspondants lui avaient sans doute mentionné dans leurs lettres ces chrét. affermis et zélés.

- Plan.

- Contrairement à la plupart des ép. de Paul (surtout à Galates à laquelle elle ressemble le plus par le contenu) Romains frappe par son exposé systématique, son ton calme et serein, son argumentation logique et bien ordonnée, son style condensé, vivant et énergique. L’introduction (1.1-7) et les salutations (ch. 16) sont plus longues qu’ailleurs, les citations de l’A. T. plus nomb. (plus de la moitié des citations de l’A. T. faites dans les ép. de Paul se trouvent dans Romains).

- Introduction (1.1-17) : adresse et salutations (1-7), relations de Paul avec l’Eglise de Rome (8-16a), thème de l’épître (16b-17).

I. -Le salut par la foi (1.18-11.36)

A. -Le salut de l’individu (1.18-8.39)

1) -La justification sans la Loi (1.18-5.21)

a) -La colère de Dieu (1.18-3.20) -sur le monde païen (1.18-32) -sur le peuple juif (2.1-3.8) -donc sur tous les hommes (3.4-20).

b) La justification en Christ (3.21-5.21) -offerte à tous les pécheurs qui croient (3.21-28) -conforme au témoignage de l’A. T. (3.29-4.25) -procurant une paix durable avec Dieu (5.1-11) -parallèle entre le péché et la grâce, Adam et Christ (5.12-21).

2) -La sanctification sans la Loi (6.1-8.17)

a) Le croyant et le péché : (16.1-23) -mort et ressuscité avec Christ (6.1-14) -le croyant est libéré de l’esclavage du péché (6.15-23)

b) Le croyant et la Loi (7.1-25) -le croyant est mort à la Loi (7.1-6) -qui ne peut libérer du péché (7.7-25)

c) La victoire sur le péché par le Saint-Esprit (8.1-17) -qui nous donne une vie nouvelle (8.1-11) -et fait de nous des fils de Dieu (8.12-17)

3) -La glorification du croyant (8.18-39)

a) Le salut reste objet de notre espérance (8.18-27)
b) Mais il est certain (8.28-30)
c) La victoire finale nous est assurée (8.31-39).

B. -Le salut de l’humanité (9.1-11.36)

Introduction : tristesse de Paul en pensant au rejet d’Israël (9.1-5) Pourquoi Dieu l’a-t-il rejeté ?

1) Dieu est souverain et libre (9.6-29)

a) il n’est pas lié par une filiation charnelle (9.6-13)
b) il peut accorder ses dons à qui il veut (9.14-24)
c) c’est ce qu’atteste l’Ecriture (9.25-29)

2) L’usage qu’il a fait de sa liberté est parfaitement légitime (9.30-10.21)

a) Israël a refusé la justice que Dieu voulait lui donner (9.30-10.11)
b) Il n’a pas compris que le salut était destiné à tous les hommes (10.12-21)

3) Le rejet d’Israël a des limites et d’heureuses conséquences (11.1-32)

a) Il n’est que partiel (11.1-10)
b) et temporaire (11.11-15)
c) Attention, vous les païens (11.16-24)
d) Israël sera relevé de sa chute (11.25-32)

Conclusion : Louange (11.33-36).

II. -La vie par la foi (12.1-15.13)

A. Recommandations générales (12.1-13.14)

1) Une relation nouvelle envers Dieu et nous-mêmes (12.1-2),

2) envers les autres (12.3-21)

- exercer son don dans l’humilité (12.3-8) -aimer les membres du même corps (12.9-13) -aimer tous les hommes (12.14-21)

3) envers l’Etat et la société (13.1-10)

- le croyant face à l’Etat (13.1-7) -face à ces concitoyens (13.8-10) -Une nouvelle perspective (13.11-14)

B. Recommandations particulières aux Romains (14.1-15.13)

1) Ni juger ni mépriser (14.1-12) L’attitude envers le frère faible
2) Ne pas blesser la conscience d’autrui (14.13-23)
3) Suivre l’exemple de Christ (15.1-13)

Conclusion (15.14-16.27)

1) Pourquoi Paul leur a écrit (15.14-21)
2) Ses projets (15.22-33)
3) Salutations (16.1-16)
4) Avertissement (16.17-20)
5) Salutations personnelles et louange (16.21-27).



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