Nahoum

Nahoum (Livre de)

- Nous ne savons rien de lui sauf son nom qui signif. : Celui qui console, qui a compassion. C’est cet aspect de Dieu que son message reflétera.

- Lieu.

- Il venait d’Elkoch (1.1), mais nous ne savons pas où se trouvait ce village. Jérôme l’identifiait à Elkesi, au N. de la Galilée, d’autres le situent en Assyrie, cert. pensent que c’est l’ancien nom de Capernaüm (village de Nahoum rebaptisé en son honneur) ou un village du territoire de Juda (Elcesi). Peu importe, il a en tout cas prophétisé dans le royaume de Juda, puisque les dix tribus étaient déjà dispersées ; pt-être même a-t-il tenu ses discours dans le Temple de Jérusalem.

- Date.

- Deux événements encadrent chronologiquement sa prophétie : la chute de Thèbes à laquelle il fait allusion comme à un fait passé (3.8-10) et la destruction imminente de Ninive. Toutes les dates entre 663 et 612 av. J.-C. conviennent donc. Cert. exégètes situent la prophétie assez tôt, dans les années 650, vers la fin du règne de Manassé, lorsque la destruction de Thèbes était encore dans toutes les mémoires et que l’empire assyrien rayonnait dans toute sa gloire ; d’autres la placent plus près de la chute de Ninive (vers 630, avant l’invasion scythe), ou même entre 621 et 612, peu après la réforme de Josias qui a réintroduit les diff. cérémonies religieuses dans le Temple (2.1).

- Nahoum fut donc plus ou moins contemporain de Sophonie et de Jérémie.

- But.

- La prophétie de Nahoum est tout entière concentrée sur l’annonce de la chute de Ninive, la fière capitale de l’empire assyrien, qui imposait sa domination à tout le monde antique au 7e s. av. J.-C. Quelque 150 ans plus tôt, Jonas avait été envoyé à Ninive pour avertir ses habitants de la destruction imminente de leur ville. Les Ninivites s’étaient repentis #Jon 3.5 et Dieu était revenu sur sa décision. #Jon 3.10

Mais, depuis lors, Ninive s’était "repentie de sa repentance" (Campbell Morgan), elle avait multiplié ses actes d’injustice et de violence. Sa cruauté terrorisait tout le monde antique. Ses armées laissaient derrière elles des monceaux de cadavres empalés, des pyramides de têtes coupées et d’autres horreurs innommables. Le produit des rapines entretenait dans la ville un luxe inouï. Ses constantes victoires et ses défenses solides (une double muraille de 30 m de haut, flanquée de 1500 tours) semblaient la mettre à l’abri de tout danger et faisaient l’orgueil de ses souverains (v. Es. 36.18-20 ; 37.10-13). Humainement vu, rien ne pouvait entamer sa suprématie ni adoucir le sort des peuples soumis à sa tyrannie.

- Son influence corruptrice gagnait tous les peuples soumis. Manassé introduisit en Juda les pratiques idolâtres assyriennes avec leurs rites immoraux. #2Ki 21.1-18 ; 23.8-9 ; 2Ch 33.3

- Contenu.

- Dans cette situation désespérée, Dieu annonce au peuple de Juda qui gémit sous la férule assyrienne la chute irrémédiable de la ville orgueilleuse. Celui qui tient les rênes du gouvernement mondial en main, c’est Dieu. Il est lent à la colère (1.3), mais sa patience a un terme : si les hommes rejettent sa grâce, sa justice intervient contre eux. "Ce que l’homme sème, il le moissonnera". #Ga 6.7

La sainteté de Dieu ne sera pas à toujours bafouée : Ninive sera détruite.

- Cette prédiction, apportée au moment où rien ne laissait prévoir la probabilité de sa réalisation, s’est accomplie à la lettre. Diodore a décrit au 5e s. la chute de Ninive. Son récit confirme point par point la prophétie de Nahoum : l’inondation (1.8 ; 2.7) qui emporta une partie des murailles (2.7 ; 3.14), l’incendie de la ville (1.10 ; 3.15), le massacre des habitants (3.3) et le pillage des maisons (1.14 ; 2.10-14). La destruction de la ville fut si totale que, pendant des siècles, on ignora même son emplacement.

- Le prophète prononce quelques affirmations doctrinales concernant l’Eternel. La première vérité fondamentale est que Dieu, s’il est lent à la colère, tire pourtant vengeance de ses ennemis (1.2-3). Le prophète montre ensuite la puissance majestueuse de Dieu dans la nature : il est présent au milieu du tourbillon, dans la tempête ; les nuées sont la poussière de ses pieds (v. 3). A sa menace les eaux tarissent, la végétation se flétrit (v. 4) ; montagnes et collines tremblent devant lui (v. 5) ; personne ne saurait résister à sa colère (v. 6). La bonté de l’Eternel est grande envers son peuple, qu’il connaît bien (v. 7) ; mais il saura détruire le mal et poursuivre ses ennemis (v. 8).

- Le prophète base sa prédication sur les vérités qu’il vient d’exposer. Il répète qu’il est vain de résister à l’Eternel. Il le dit d’abord sous forme de question (v. 9), puis il répète la conclusion du v. 8. Nahoum prédit ensuite la destruction des ennemis de l’Eternel (v. 10-13). Vient ensuite la prédiction de la délivrance du peuple de Dieu (v. 14). Enfin, dans la ligne de ce qui précède, le prophète exhorte Juda à continuer de célébrer le culte de l’Eternel (2.1 ; Sy. et D. ; 1.15). Ce v. 1 (ou 15) sert de transition entre les 2 parties.

- Par delà l’accomplissement historique de ses prédictions, Nahoum nous apporte des messages permanents valables aussi pour notre temps : la vision d’un Dieu saint, puissant et juste, maître de l’Histoire, irrité par la méchanceté des hommes quels qu’ils soient. Ce Dieu dénonce le péché du pouvoir tyrannique, du commerce malhonnête, de la jouissance sans scrupule des plaisirs, du luxe et des vices. Devant l’immoralité et la malhonnêteté, Nahoum fait entendre "le cri d’une conscience outragée" : trop c’est trop. L’excès de méchanceté appelle immanquablement l’intervention de la justice divine. Dieu n’oublie ni son peuple ni ses promesses, il a compassion des opprimés et il les délivrera de leurs oppresseurs.

- L’Assyrie du temps de Nahoum représente toute puissance du monde qui s’oppose à Dieu (cf. Ap. 17.1-2, 15-18 ; 18.23). La chute de Ninive, comme celle de Babylone plus tard, préfigure la défaite finale de tout pouvoir hostile à Dieu : l’Eternel aura le dernier mot. En notre temps, où une civilisation orgueilleuse, fondée sur la jouissance, la domination des forts et la malhonnêteté, veut gommer toute trace de Dieu, le message de Nahoum garde son actualité.

- Plan.

- Dans un style clair, riche, original et plein de force, Nahoum décrit le siège de la ville et sa destruction. Le rythme de ses vers "martèle et roule, rebondit et étincelle comme les chariots et les cavaliers qu’il décrit" (Smith). Dans des accents tour à tour poétiques, vengeurs et ironiques, il peint et explique la chute de la puissance opprimante.

- Son livre se divise en trois parties :

1. L’annonce du jugement (ch. 1) :

a. Le juge,
b. La sentence.

2. La description du jugement (ch. 2) :

a. Siège de la ville,
b. Conquête et pillage,
c. Ruine.

3. Les raisons du jugement (ch. 3) :

a. Les péchés de Ninive,
b. La comparaison avec Thèbes,
c. Le pouvoir et le luxe,
d. L’effondrement irrémédiable.

- La première partie (1.2-2.1) est une sorte de poème alphabétique. Mais ce n’est point un psaume acrostiche ordinaire (comme p. ex. le Ps. 119) où chaque strophe commence par une lettre, suivant l’ordre de l’alphabet. Nahoum se sert d’une suite phonétique pour introduire des thèmes au lieu de strophes. Les sons se succèdent, séparément, ou en groupes, et ajoutent à la majesté du discours. En hébr., l’oreille repère avec plaisir cert. sonorités.

- Nahoum est le seul prophète dont le livre ne se termine pas sur une parole de consolation ou une vision d’espérance. Mais l’annonce même de la destruction totale de Ninive est un gage d’espérance pour le peuple de Dieu (cf. 1.7 ; 2.1-3).



^^ Revenir en haut ^^