Michée

Michée (Livre de)

- Auteur.

- Michée (= qui est comme l’Eternel ?) est originaire de Morécheth-Gath, non loin de la ville philistine de Gath. Il vécut à la campagne, près de la frontière avec la Philistie, à une trentaine de km de Jérusalem. Comme le nom de son père n’est pas cité, on pense qu’il était d’origine humble. C’est pt-être ce qui explique son intérêt pour les classes inférieures exploitées par les riches propriétaires.

- C’est un homme de courage et de foi qui souffre de son isolement (7.6-7), mais puise son énergie pour sa tâche difficile dans les promesses divines.

- L’authenticité du livre a été contestée. Cert. critiques n’accordent à Michée que les 3 premiers ch. Mais G. A. Smith, après avoir dit que "nul autre livre de la Bible n’a engendré autant de discussions quant à la date de ses diff. parties," conclut en affirmant que l’ensemble de l’ouvrage remonte à l’époque de Michée (cf. G. T. Manley, Le nouv. Manuel de la Bible, p. 252). D’autre part, la répétition de l’expr. : "Ecoutez..." est une indication de l’unité de style et d’auteur (1.2 ; 3.1 ; 6.1 ; cf. 5.14). Le fait que le livre résume divers messages, délivrés en diverses circonstances et pendant un temps assez long, suffit pour expliquer son manque de déroulement strictement logique. On peut relever dans ce texte un bon nombre de passages parallèles aux écrits des autres prophètes vivant plus ou moins à cette époque-là. Voici p. ex. quelques points communs avec Esaïe #Mic 1.9 ; Isa 10.28-32 #Mic 2.2 ; Isa 11.11 #Mic 7.11 ; Isa 5.5

Comme Amos, Osée et Esaïe, le prophète Michée parle de la grandeur de Dieu (1.2-4), de sa sainteté (6.8), du péché du peuple infidèle (6.3-4), des injustices sociales (v. 10-15), du sacerdoce dégénéré (3.5). L’opinion des critiques est viciée par la théorie de l’évolution (très en vogue à l’époque de Wellhausen) faussement appliquée aux notions relig. des prophètes et des auteurs sacrés. Selon cette opinion, cert. idées théologiques de Michée (d’Esaïe, etc.) n’avaient pas pu connaître un cert. développement avant une date tardive. Or ceci est une pure supposition, qu’on croyait plaus. il y a 100 ans, et qui ne l’est plus du tout. Remarquons tout d’abord que Michée connaît le Pentateuque et qu’on retrouve chez lui le cadre deutéronomique (3.5-7 ; cf. Dt. 18.15-22), avec ses défenses (5.11 ; Dt. 18.10) et ses châtiments (6.15 ; Dt. 28.38). Le prophète mentionne la sortie d’Egypte (6.4 ; 7.15), la conquête (6.5), et cite les grandes figures d’Abraham, Jacob, Moïse et Aaron (7.20 ; 6.4). Ce que Michée dit de l’asservissement aux puissances étrangères et de la déportation (1.15-16 ; 2.3-5, 10) est dans la ligne de Dt. 28.31-37, 47-53 (cf. Es. 1.19-20 ; 5.13 ; 6.11-13 ; 7.3). Michée 4.10 annonce que le lieu de l’exil sera Babylone, tout comme Es. 39.6-7 (cf. 11.11, Chinéar). Les éléments messianiques aussi sont en parfait accord avec les révélations antérieures ou contemporaines : rassemblement d’Israël, qui triomphe grâce à son roi #Mic 2.12-13 paix et prospérité de Sion, salut des Gentils (4.1-8) ; la personne du Messie, sa naissance et son règne (5.1-8). Il est incontestable que ces vérités étaient connues à l’époque de Michée (cf. Es. 2.2-4 ; 4.2-6 ; 8.23-9.6 ; 10.20-22 ; 11.1-10 ; Am. 9.11-15 ; Os. 11.8-11). Enfin, il en est de même de la notion universaliste du salut #Mic 4.1-3 (cf. Gn. 18.18, 25 ; Ps. 72.8-11 ; Es. 49.6 ; 55.5) et de l’idée eschatologique d’une attaque de toutes les nations contre Sion enfin restaurée #Mic 4.11-13 (cf. Joël 4.2, 12 [3. 2, 12] V. encore Zach. 12.3, 9 ; 14.2).

- Le passage de Mich. 5.1-3, cité par Mt. 2.5-6, est particulièrement cher au coeur du chrét., et dans Mich. 6 et 7 se trouvent quelques-uns des plus beaux versets de l’Ecriture.

- Date.

- Il a vécu au temps de Yotam, d’Ahaz et d’Ezéchias, rois de Juda, c.-à-d. de 745 à 715, pt-être plus longtemps. Il commence à prophétiser lorsque la menace assyrienne est encore éloignée (5.5 ; 7.12) et Babylone à peine connue. Samarie et le royaume du nord existent encore (ch. 6) donc nous sommes avant 722. La description de la corruption et de l’immoralité convient bien au règne d’Ahaz (735-715). Jérémie (26.18-19) confirme que Michée a aussi prêché sous le roi Ezéchias. 7.14 fait pt-être allusion à la déportation des habitants du Basan par Tiglath-Piléser. Son ministère s’est donc étendu sur une longue période et les discours rassemblés dans son livre ont dû être prononcés à des moments diff. Comme Ezéchias a fait disparaître l’idolâtrie, Michée a prophétisé seulement au début du règne de ce dernier roi. Il fut le contemporain d’Esaïe et d’Osée.

- Lieu.

- Michée est le seul prophète qui adresse ses messages à la fois à Israël et à Juda. Il parle surtout aux habitants des villes. Peut-être s’était-il réfugié à Jérusalem devant l’avance des armées assyriennes.

- But.

- La situation morale, sociale et spirituelle des deux royaumes est déplorable : mensonges (6.10-12), infidélités (7.5), dissensions familiales (7.6), immoralité, injustices sociales, oppressions, violences (2.2, 8-9 ; 7.2) ; les riches sont insatiables, ils s’emparent des maisons des pauvres et chassent les femmes de leur foyer (2.1, 9), les chefs se font donner des pots-de-vin (3.1-11), les prêtres et les prophètes sont tout aussi corrompus, ils enseignent pour de l’argent (3.5-8, 11), l’idolâtrie règne à Samarie (1.2-8).

- Michée dénonce courageusement ces péchés, il rappelle les bontés de Dieu dans le passé pour amener le peuple à la repentance et le prévenir du danger qui le menace. En même temps, il veut encourager les pauvres et les opprimés à regarder à Dieu : le Seigneur est juste et ne laissera pas les injustices se perpétuer impunément ; un jour, il délivrera son peuple de l’humiliation et fera régner la justice et la paix (4.1-8).

- Contenu.

- Le message de Michée tient dans son nom : Qui est comme l’Eternel ? Auprès de lui, les autres dieux sont des néants (= idoles). Dieu est juste et saint. Il hait le mal, l’injustice, la malhonnêteté, le formalisme et l’hypocrisie. Il défend les faibles. Il veut que son peuple obéisse aux directives qu’il lui a données. Une foi véritable se traduit pas des actes, elle amène nécessairement des réformes sociales et morales.

- Mais l’Eternel est aussi un Dieu miséricordieux, prêt à pardonner à son peuple. Il lui réserve un avenir glorieux au-delà du jugement proche.

- Michée a été appelé : le prophète de la justice, de la religion pratique (comme Jacques dans le N. T.). Ses thèmes dominants sont les mêmes que ceux d’Esaïe : jugement imminent-gloire future.

- Plan.

- On reconnaît gén. trois parties dans son livre :

1. Péché et châtiment (ch. 1-3) :

Jugement de Dieu sur deux royaumes idolâtres (ch. 1).

Jugement des classes supérieures (ch. 2-3).

2. Triomphe de la grâce : le salut messianique (ch. 4-5).

3. Le chemin vers le salut : le procès de Dieu avec son peuple (ch. 6-7).

- Style puissant et véhément, rude et plein de tempérament, émaillé de nomb. images empruntées à la vie champêtre (1.6 ; 3.2, 3, 6...). Michée pose beaucoup de questions (1.5 ; 2.7 ; 4.9 ; 6.3, 6, 7...). Il manie l’ironie, les jeux de mots, les contrastes brusques. Il est violemment non conformiste (3.5-7). Ses menaces touchent Ezéchias, interpellent les chefs et provoquent un réveil (2 Ch. 30.2, 6, 8-27 ; Jr. 26.16-19).

- Son influence s’est étendue bien au-delà de son temps. Son livre est celui que le N. T. cite le plus souvent, surtout sa prophétie concernant la naissance du Messie (5.1).



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