Matthieu

Matthieu (Evangile selon)

L’évangile de Matthieu a exercé une profonde influence sur la pensée chrét. : il fut le plus cité dans la litt. antique. Pendant de nomb. siècles, presque toutes les lectures dominicales y étaient puisées. C’est aussi lui que l’on utilisait pour l’enseignement catéchétique à cause de sa disposition systématique de l’enseignement de Christ. Sa place à l’entrée du N. T. se justifie par les nomb. rappels des promesses de l’A. T. accomplies maintenant en Christ.

- Auteur.

- Comme tous les évangiles, cet écrit est anonyme, mais la tradition ancienne remontant jusqu’au début du 2e siècle, l’attribue unanimement à Matthieu, le collecteur d’impôts appelé par Jésus (9.9-13) et figurant dans les diff. listes d’apôtres #Mt 10.3 ; Mr 3.18 ; Lu 6.15 ; Ac 1.13

Aussi, à partir du début du 2e siècle, l’évangile portait son nom dans le titre même. Vers l’an 130, Papias dit que Matthieu a écrit un recueil de "logia" (paroles) en "langue hébraïque" (d’après Eusèbe, H. E. 3, 39.16). Ce témoignage, qui contient bien des points obscurs, est précieux car il émane d’un disciple immédiat des apôtres et atteste la rédaction d’un évangile-ou d’une partie d’un évangile-par l’apôtre Matthieu. Celui-ci a-t-il, par la suite, complété le recueil des discours de Jésus par un récit de ses actes ? A-t-il recomposé son évangile en gr. pour les Juifs de la Diaspora (tous les spécialistes s’accordent pour dire que notre évangile de Matthieu n’est pas une traduction) ? Ou bien les matériaux qu’il avait rassemblés auraient-ils été mis en forme par un rédacteur final ? Peu importe ! L’essentiel-largement attesté par Irénée, Justin Martyr, Eusèbe et d’autres-est que le contenu de cet év. remonte à ce compagnon de Jésus, témoin oculaire des événements qu’il rapporte. Beaucoup de théologiens pensent que le rédacteur de l’évangile de Matthieu s’est servi de celui de Marc. Ils en concluent que ce rédacteur ne pouvait pas être Matthieu, car, à leur avis, un apôtre n’aurait pas pu s’inspirer de l’écrit de quelqu’un qui n’était ni apôtre, ni même témoin oculaire direct des événements rapportés. Cette objection n’a pas le poids qu’on lui prête car 1. l’hypothèse d’une dépendance littéraire Matthieu-Marc n’est pas prouvée (v. Evangile). 2. Si même elle était exacte, Marc n’était pas le premier venu. Il a écrit son évangile sous l’autorité de Pierre. En reprenant des formulations de Marc, Matthieu aurait pu signifier par là son accord avec la tradition pétrinienne transcrite par Marc.

- Une tradition très ancienne affirme que Matthieu rédigea son év. d’abord en hébr. (aram.). Papias, évêque d’Hiérapolis, en Phrygie, écrit vers 140 ap. J.-C. : "Matthieu a composé les logia en langue hébr., et chacun les trad. de son mieux" (Eusèbe, Hist. Eccl. III. 39.16). Papias veut prob. dire qu’au début chaque lecteur interprétait aussi fidèlement que possible, pour lui-même, ce texte aram. Les paroles de Papias permettent de penser qu’il ne possédait lui-même cet év. qu’en gr. et il ne semble pas qu’il en ait jamais vu un texte dans une autre langue. C’est pourquoi, cert. exégètes n’admettent pas la tradition d’un original de Matthieu en aram., dont il ne subsiste aucune trace (toutes les citations des Pères sont en gr.). D’autres supposent que le texte gr. est une trad., ou que Matthieu a écrit 2 év., l’un en aram., l’autre en gr. Pour cert. savants modernes enfin, Matthieu n’aurait rassemblé que des discours (logia) de Jésus, écrits en aram. Ces discours auraient été intégrés à la version gr. de son év., avec la matière historique tirée de Marc. Cette théorie rencontre cep. des objections :

1. Les anciens déclarent nettement que la vers. gr. de cet év. est de Matthieu ;

2. Le N. T. #Ac 7.38 ; 1Pe 4.11 ainsi que Philon et les premiers Pères de l’Eglise, emploient le terme "logia" et l’appliquent invariablement à l’ensemble ou à une partie des écrits inspirés #Ro 3.2 ; Heb 5.12

3. Alléguer que Matthieu a puisé dans Marc, c’est émettre une hypothèse dont il n’existe aucune preuve, v. Marc et Evangile ;

4. Il est absolument invraisemblable qu’un év. original n’ait contenu que des discours et aucune matière historique ; qu’on ait rapporté les paroles de Jésus, mais omis ses actes et surtout le récit de la Passion.

- De nomb. spécialistes reviennent actuellement à la tradition orale pour résoudre le "problème synoptique". Pour eux, les similarités entre Matthieu, Marc et Luc n’offrent pas de difficulté insurmontables : l’évangile selon Matthieu reflète la tradition évangélique adaptée aux judéo-chrétiens telle que Matthieu et les autres apôtres "des circoncis" #Ga 2.8 l’ont forgée.

- Destinataires.

- "Matthieu publia l’évangile chez les Juifs" (Irénée, disciple de Polycarpe, le compagnon de Jean). Diff. faits prouvent que l’auteur destinait son évangile en premier lieu à des Juifs convertis :

1. Il trad. cert. expr. sémitiques (1.23 ; 27.33, 46), mais laisse d’autres en hébr. (5.22 ; 6.24) ; il supposait donc chez ses lecteurs une cert. familiarité avec les idiomes sémitiques.

2. Contrairement aux autres évangiles, il n’explique pas cert. usages juifs (5.23 ; 12.5 ; 23.5, 23 ; 26.17, 73).

3. Il fait remonter la généal. de Jésus à Abraham, père de la nation juive.

4. Il recourt souvent à l’A. T. : son livre contient plus de citations qu’aucun autre écrit du N. T. 5. Il appelle souvent Jésus Fils de David (1.1 ; 9.27 ; 12.23 ; 15.22 ; 20.30-31 ; 21.9, 15 ; 22.41-45), un titre auquel seuls les Juifs devaient être sensibles. 6. L’expr. "royaume des cieux" qui lui est particulière tient compte de la sensibilité juive devant l’abus du nom de Dieu.

- Pourtant, il n’oublie pas que l’Ev. a une portée universelle : l’inclusion de deux païennes dans la généal. de Jésus (1.5), la visite des mages (2.1-12), l’avertissement donné par Jésus aux Juifs (8.10-12) et l’annonce que les païens croiront en lui (12.18-21 ; cf. 21.33-43), l’ordre de mission enjoignant aux disciples d’évangéliser "toutes les nations" (28.18-20) en sont des preuves manifestes. Selon les témoignages de plusieurs Pères de l’Eglise, Matthieu a rédigé son évangile pour les croyants palestiniens issus du judaïsme. Cela s’appliquait avec certitude à l’évangile "en langue hébraïque" ; celui qui fut rédigé en gr. s’adressait plutôt aux judéo-chrétiens de la Diaspora qui restaient en contact avec les Juifs et avaient besoin d’affermissement de leur foi et d’arguments pour leurs controverses avec leurs anciens coreligionnaires.

- Lieu.

- En disant que "Matthieu a écrit son évangile chez (ou : parmi) les Juifs," Irénée voulait donner aussi une précision sur le lieu de rédaction de l’évangile puisqu’il oppose cette origine à Rome où Pierre et Paul ont travaillé. Cette assertion implique une origine palestinienne ou syrienne (beaucoup de Juifs vivaient en Syrie). Mt. 4.24 semble supposer de la part des lecteurs une familiarité avec la géographie de la Syrie. La plupart des auteurs suggèrent comme lieu de rédaction Antioche de Syrie, l’un des centres importants de l’Eglise primitive, point de contact entre judéo-chrétiens et pagano-chrétiens, lieu d’origine de la mission vers les païens : ces diff. titres s’accordent bien avec les préoccupations de l’évangile de Matthieu.

- Date.

- Ceux qui pensent que Matthieu a rédigé d’abord son évangile en aram. avant de quitter la Palestine "pour combler le vide qui allait résulter de son absence" (Eusèbe) situent la rédaction de cet évangile vers les années 45. Mais selon Act. 15, les apôtres étaient encore à Jérusalem en 49. Le départ de Matthieu et la rédaction de son évangile hébr. pourraient donc être retardés jusque vers 50-55. Ceux qui font dépendre Matthieu de Marc se voient obligés d’assigner à notre évangile une date plus tardive. Ceux qui, de plus, pensent que les prédictions concernant

la chute de Jérusalem n’ont pu être rédigées qu’après leur accomplissement, sont obligés de reculer la rédaction des trois évangiles synoptiques vers les années 80 ou plus tard. Ils ne sauraient, cep., dépasser la fin du 1er siècle puisque Matthieu est déjà cité par Clément de Rome dans les années 90.

- Il est vrai que l’expr. "jusqu’à ce jour" (27.8 ; 28.15) suppose qu’un cert. temps s’est écoulé depuis les deux événements rapportés jusqu’au moment de la rédaction de l’évangile. Mais là encore, on ne saurait dépasser l’an 70 puisqu’après la destruction de la ville, l’identification de ce champ, comme les épithètes de "ville sainte," "lieu saint," "ville du grand roi" n’auraient plus eu de s. De même l’avertissement aux lecteurs de fuir la ville investie (24.15-17) eût été hors de propos après les événements.

- Ces diff. considérations amènent la plupart des théologiens évangéliques à fixer la date de rédaction aux alentours de l’année 65.

- Contenu.

- Le premier verset de l’évangile en révèle le thème central : Jésus-Christ, fils de David et fils d’Abraham. Montrer l’enracinement de Jésus, le Messie, dans l’A. T. est, en effet, l’un des buts principaux du livre : comment le Christ a accompli les promesses de l’alliance avec Abraham et avec David et les prédictions messianiques des Ecritures. C’est ce que souligne le refrain : "afin que s’accomplisse l’Ecriture". Les principales étapes de sa vie ont toutes été prévues dans l’A. T. : naissance (1.23 ; 2.6), retour d’Egypte (2.15, 19-21), établissement à Nazareth (2.23), ministère du Précurseur (3.3), lieu d’activité (4.15-16), guérisons (8.17), enseignement en paraboles (13.35), arrestation (26.47-56). Il n’y a donc pas rupture, mais continuité avec l’A. T. ; Jésus n’est pas venu abolir, mais accomplir la Loi (5.17).

- Si Jésus est le Fils de David (9 fois dans Matthieu contre 3 dans Marc et Luc, aucune mention dans Jean), il est donc le Roi venu inaugurer son règne (51 mentions). Ce règne est "proche" (4.17), il est spirituel (12.28), mais un jour il se manifestera physiquement lorsque le Roi montera sur "le trône de sa gloire" (19.28 ; 25.31, expr. unique à Matthieu) et qu’il viendra pour juger tous les hommes (19.28 ; 24.29-31 ; 25.31-46 ; 26.64).

- Si Matthieu s’adresse en premier lieu aux Juifs, il n’oublie pas l’antagonisme qui a opposé Jésus au judaïsme officiel de son temps (5.21-48 ; 6.5-18 ; 9.10-17 ; 12.1-13, 34 ; 15.1-20 ; 16.1-12 ; 19.3-9 ; 21.12-16...). Les chefs juifs ont rejeté leur Messie, mais c’étaient des chefs indignes (ch. 23), c’est pourquoi Jésus a prédit que le Royaume passerait aux mains des païens. Matthieu est seul à reproduire la parole de Jésus concluant la parabole des vignerons : "le royaume de Dieu vous sera enlevé et sera donné à une nation qui en rendra les fruits" (21.43). Il est aussi le seul qui parle de l’Eglise (16.18 ; 18.17) destinée à prendre le relais du judaïsme défaillant.

- Les lois morales et spirituelles du royaume ainsi que sa destinée future ont été définies par Jésus dans les cinq grandes "instructions" autour desquelles Matthieu a bâti son évangile (ch. 5-7 ; 10 ; 13 ; 18 ; 23-25).

- But.

- Les Juifs du 1er siècle se posaient avant tout la question : Jésus était-il le Messie promis par les Ecritures ? Matthieu le leur démontre par de nomb. citations-preuves (9 de plus que les autres évangiles). Pour lui, l’histoire du peuple de Dieu de l’A. T. se trouve récapitulée dans cert. aspects de la vie de Jésus (p. ex. : 2.15 citant Os. 11.1). Son but est donc le même que celui de tout évangéliste : amener les lecteurs à croire que Jésus est le Messie, le Fils de Dieu et que par cette foi, ils accèdent à la Vie. #Joh 20.31

- On estime qu’en Palestine et en Syrie, plusieurs dizaines de milliers de Juifs se sont convertis au christianisme entre les années 30 et 50. Beaucoup d’entre eux ont dû être troublés par les persécutions tenaces, par l’opposition persistante des chefs du judaïsme, par leurs arguments et leur mépris pour Jésus. Les apôtres ont tous quitté Jérusalem. Ces judéo-chrétiens avaient donc besoin d’être rassurés, encouragés et fortifiés dans leur foi par une évocation autorisée de la personne, de l’oeuvre et de l’enseignement de Jésus : il fallait leur montrer que ses miracles et l’accomplissement des prophéties de l’A. T. en lui témoignent de sa messianité, combien son enseignement était supérieur à celui des scribes et des pharisiens.

- Deux aspects de sa vie étaient des points névralgiques pour les Juifs : sa naissance, que l’on disait illégitime, et le scandale de sa mort sur la croix. C’est pourquoi, Matthieu s’arrête davantage sur ces deux épisodes et montre que 6 prophéties de l’A. T. se sont accomplies par eux.

- Jésus a été incompris et rejeté ? Moïse aussi a provoqué des murmures et la révolte du peuple. Le repos que le Messie a offert (11.28) n’a été saisi que par un petit nombre ? Josué, de même n’avait eu que peu de réponses à son offre de repos. Le Messie se situe donc bien sur la même ligne que les grands hommes de Dieu de l’ancienne alliance, sur celle du Serviteur souffrant prédit par Esaïe. #Mt 8.17

- Ces arguments apologétiques, Matthieu ne les donne pas seulement aux judéo-chrétiens pour leur affermissement personnel, il veut aussi leur fournir des éléments de réponse (dans le s. de 1 Pi. 3.15) et de contre-attaque pour évangéliser leurs anciens coreligionnaires.

- Plan.

- Matthieu suit en gros le même cadre chronol. et géographique que les deux autres évangiles synoptiques mais il présente les récits et les instructions dans un ordre diff. Les discours, les paraboles et les paroles isolées sont regroupés en 5 ou 6 sections (5-7 ; 10 ; 13 ; 18 ; 23 ; 24-25) introduites et conclues par des formules-transition semblables (7.28 ; 11.1 ; 13.53 ; 19.1 ; 26.1). Cert. guérisons et d’autres miracles sont également rassemblés (8.1-17 ; 8.23-9.8 ; 9.18-34). L’alternance récits-instructions témoigne du souci de composition de l’auteur. On a aussi relevé l’analogie entre le début et la fin de l’évangile (récits, Dieu avec nous : 1.23 ; Jésus avec nous : 28.20), la première et la dernière section d’enseignement (deux longues séries de discours couvrant 3 ch. : 5-7 ; 23-25), la deuxième et la quatrième (ch. 10 et 18 : instructions aux disciples). La troisième (ch. 13 : paraboles du royaume) constitue le pivot central. Tout l’évangile serait donc construit sur le plan du chiasme, la forme de l’esprit sémitique (A, B, C, B, A).

- Comme Matthieu destinait aussi son évangile à l’enseignement catéchétique, il utilise des procédés destinés à aider la mémorisation (3 fois 14 ancêtres dans la généal., 7 paraboles, parallélismes : 7.24-27 ; 13.53-58 ; 16.26 ; répétition de formules caractéristiques : 8.12 ; 22.13 ; 25.30-8.12 ; 13.42-50 ; 22.1-3 ; 24.51 ; 25.30 ; rythme : 12.22-32). Son style est bref et clair.

- Plan.

Jésus, le Roi messianique

1). L’arrivée du Roi 1.1-4.11

a. Généalogie du Roi 1.1-17
b. Naissance du Roi 1.18-2.23
c. Inauguration de son ministère 3.1-4.11

2). Proclamation du Royaume messianique 4.17-16.20

a. Premières activités 4.12-25
b. Le manifeste du Royaume : 1er discours 5.1-7.29

1. Les citoyens du Royaume 5.1-20
2. Les lois du Royaume 5.21-7.12
3. Les critères du Royaume 7.13-27

c. Manifestations de l’autorité messianique 8.1-9.34 Guérisons et miracles

d. Délégation de son autorité à ses envoyés : 2e discours 9.35-11.1

1. Préparation des collaborateurs 9.35-10.4
2. Mission 10.5-15
3. Avertissements aux collaborateurs 10.16-11.1

e. Le rejet du Roi 11.2-16.12

1. Perplexités et oppositions 11.2-12.50
2. Les conséquences du rejet ; 3e discours : les paraboles du Royaume 13.1- 53
3. Manifestations du rejet du Roi 13.53-14.12

a) A Nazareth 13.54-58
b) Réaction d’Hérode : Mort de Jean-Baptiste 14.1-12

4. Activités du Roi rejeté 14.13-36

5. L’hostilité grandit 15.1-20

3). Préparation des disciples du Roi rejeté 16.13-20.28

a. Confession de Pierre et annonce de l’Eglise 16.13-28
b. Transfiguration 17.1-13
c. Guérison d’un lunatique 17.14-23
d. Instruction pour la vie dans le Royaume 17.24-20.28 (4e discours : 18.1-35)

4). La Passion du Roi 20.28-27.66

a. Reconnu par deux aveugles 20.29-34
b. Entrée royale à Jérusalem 21.1-22
c. Le Roi est attaqué par divers groupes 21.23-22.46
d. Contre-attaque du Roi 23.1-39
e. La seconde venue du Roi : 5e discours 24.1-25.46
f. La passion et la mort du Roi 26.1.27.66

5). La glorification du Roi 28.1-20

a. Le tombeau vide ; le Roi apparaît aux femmes 28.1-10
b. Réaction des ennemis 28.11-15
c. Ordre de mission du Roi 28.16-20



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