Marc

Marc (Evangile selon)

- Depuis le 19e siècle surtout, cet évangile jouit d’une faveur particulière ; considéré par beaucoup comme le premier en date, il se prête aussi, mieux que les autres, à un premier contact avec l’Ev. et avec la Personne de Christ qu’il dépeint à la fois comme un homme d’action et comme le Fils de Dieu et Sauveur de l’humanité.

- Auteur.

- L’écrit ne porte pas de nom d’auteur mais la tradition unanime l’attribue à Jean Marc (Jean était son nom juif, Marcus, son nom latin), cousin de Barnabas (Col. 4.10), compagnon de Paul #Ac 12.25 ; #2Ti 4.11 et de Pierre. #1Pe 5.13

Ce dernier l’appelle fils dans le même s. que Paul a appliqué ce terme à Timothée.

- Papias, un disciple immédiat des apôtres (70-150) nous dit que Marc est "devenu le secrétaire de Pierre ; il écrivit tout ce dont il se souvint, soit les choses dites, soit les choses faites" en veillant à "ne rien omettre de ce qu’il avait entendu et ne l’altérer en rien" (cité par Eusèbe, H. E., 3.3-9.15). Irénée (Adv. Haer., 3.1.1), le Prologue anti-marcionite (du 2e siècle) et toute la tradition ultérieure confirment ce témoignage.

- Cette attribution n’a jamais été sérieusement mise en doute, car bien que Marc n’ait pas été lui-même apôtre, il a rédigé son évangile sous l’autorité de Pierre. Plusieurs détails le prouvent : des traits qui portent nettement l’estampille du témoin oculaire (1.29-31 ; 4.34b ; 6.13, 52, 56 ; 9.10 ; 10.10 ; 11.20), des expr. aram. prononcées par Jésus et qui ne figurent pas dans les autres évangiles (que Pierre a sans doute rapportées durant sa prédication : 5.41 ; 7.11, 34 ; 14.36), des épisodes pouvant honorer Pierre sont omis (v. Mt. 14.28-33 ; 16.17-19 ; 17.24-27) alors que ceux qui ne sont pas à son avantage sont mentionnés (8.33 ; 9.5-6 ; 14.29-31, 66-72) : preuves de l’humilité de l’apôtre et de la transformation de son caractère.

- Beaucoup d’interprètes voient dans l’histoire du jeune homme qui s’enfuit lors de l’arrestation de Jésus (14.51-52) un souvenir personnel de Marc.

- Destinataires.

- Clément d’Alexandrie dit que Marc a écrit son évangile à Rome à la demande des auditeurs de Pierre. L’apôtre lui-même ne se serait pas opposé à cette demande mais ne l’aurait pas non plus appuyée. L’examen du texte de l’évangile confirme que ses destinataires devaient être des païens convertis : l’auteur trad. pour eux des expr. aram. ou hébr. que des lecteurs juifs auraient comprises (3.17 ; 5.41 ; 7.11, 34 ; 14.36 ; 15.22, 34), il leur donne des explications sur des coutumes juives (2.26 ; 7.3-4 ; 9.43 ; 12.42 ; 14.12 ; 15.22). Par contre, il n’y a qu’une citation de l’A. T., pas de mention de la Loi et de ses relations avec la nouvelle alliance (cf. Mt. 5.17-19 ; 19.9) pas la recommandation de Jésus aux disciples de ne pas aller vers les païens #Mt 10.5 peu d’intérêt pour l’accomplissement des prophéties, pour les discussions avec les scribes.

- La mention des Romains comme premiers destinataires de l’évangile est confirmée par les mots latins mis à la place des termes gr. des autres évangiles (legio 5.9 ; speculator 6.27 ; quadrans 12.42 ; praetorium 15.16 ; centurio 15.39, 44, 45). Les Romains sont présentés sous un aspect neutre (12.17 ; 15.1-10) voire favorable (15.39). Simon de Cyrène est identifié comme "père d’Alexandre et de Rufus" (15.21) ; or, nous savons qu’un Rufus était membre de l’Eglise de Rome. #Ro 16.13

- Pt-être s’agissait-il de chrét. menacés par la persécution, vu l’accent mis sur les souffrances dans cet évangile (v. sous But).

- Lieu.

- Comme nous l’avons vu, Clément d’Alexandrie (confirmé par Irénée et la quasi-unanimité de la tradition) situe le lieu de rédaction à Rome. 1 Pi. 5.13 mentionne la présence de Marc aux côtés de Pierre à "Babylone," mais la plupart des savants pensent que ce nom est un cryptogramme pour Rome, c.-à-d. une désignation symbolique destinée à dérouter les espions impériaux qui auraient pu intercepter la lettre. Si l’évangile a été diffusé depuis Rome, cela explique qu’il se soit si rapidement répandu dans toute la chrétienté d’alors.

- Date.

- Les témoignages patristiques ne sont pas très clairs à ce sujet : les uns situent la rédaction de l’évangile du vivant de Pierre, les autres peu après sa mort. Pierre n’est pas venu à Rome avant 63. Il y est mort martyr en 64. La date de rédaction probable s’échelonne donc entre 64 et
68. Ceux qui proposent une date plus ancienne le font gén. pour ne pas trop retarder la date de rédaction de Matthieu et Luc qu’ils pensent dépendre de Marc ; ceux qui la reculent après 70 estiment que la prophétie si précise concernant la chute de Jérusalem n’a pu être rédigée qu’après l’événement. Ceux qui ne se sentent liés par aucune de ces conjectures n’ont pas de raison de refuser la date traditionnelle (64 à 68).

- Contenu.

- Le début de l’évangile constitue en quelque sorte son programme : "Commencement de l’Evangile de Jésus-Christ, Fils de Dieu". Le dernier témoignage humain du livre y fera écho, c’est l’exclamation d’un Romain : "Cet homme était certainement Fils de Dieu" (15.39). Tout au long de l’ouvrage, la divinité de Jésus est attestée par le Père (1.11 ; 9.7), par lui-même (12.1-11 ; 13.32 ; 14.61-62) et par les démons (1.24 ; 3.11 ; 5.7). Son autorité sur les éléments naturels (4.35-41) aussi bien que sur la maladie et la mort (1.32-34 ; 2.11-12 ; 5.21-43) en est la preuve manifeste.

- Et pourtant, il est aussi pleinement homme, sujet à la fatigue et la faim (4.38 ; 6.31 ; 11.12), à la déception (8.12), la colère (3.5 ; 10.14 ; 11.15-17), la tristesse (14.34), l’étonnement (6.6). Il est plein de compassion pour les foules (1.41 ; 6.34 ; 8.2), d’intérêt pour les enfants (9.36 ; 10.14-16) comme pour la nature (4.1-20, 26-32) et la vie quotidienne de ses compatriotes (2.18-22 ; 4.21). Il a souvent besoin de se retirer dans la solitude pour entretenir sa communion avec le Père (1.35, 46 ; 3.7 ; 6.30-32 ; 7.24 ; 8.27 ; 9.2 ; 11.11, 19). Il est Fils de Dieu et Fils de l’homme (13.26 ; 14.62) venu, non pour être servi mais pour servir et donner sa vie en rançon pour beaucoup (10.45).

- Cette parole constitue une sorte de résumé de tout l’évangile : Jésus est le Serviteur souffrant annoncé par Esaïe 53, venu pour être le Sauveur du monde, payant de sa vie notre libération de l’esclavage du péché. L’ombre de la croix plane dès le départ sur son ministère (2.20) et se profile à diverses reprises (3.6 ; 8.31 ; 9.31 ; 10.33s. ; 12.12 ; 14.1-2 ; 15.10).

- Parce qu’il sait que les espérances messianiques de ses contemporains sont entachées de tant d’idées fausses, il impose le silence aux hommes comme aux démons qui ont reconnu en lui le Messie, du moins durant la première partie de son ministère (1.34, 44 ; 3.12 ; 7.36-37 ; 8.26, 30 ; 9.9). Aussi les réactions qu’il suscite sont-elles très diverses (Marc les note attentivement) : étonnement (1.22, 27, 2.12 ; 3.37 ; 5.20 ; 6.2 ; 7.37), critique (2.7), peur (4.41 ; 5.17), incrédulité (6.6 ; 8.12), haine (14.1), mais aussi : attrait irrésistible (1.37 ; 6.33, 55 ; 8.1 ; 10.1), louange (2.12), admiration "Il fait tout à merveille" (7.37). Ces deux sortes de réactions présagent celles que son message suscitera dans tout l’Empire romain, qu’il soit transmis oralement par Pierre ou dans un écrit par Marc : que le lecteur sache en tirer la leçon et choisir le bon côté !

- Les 12 derniers versets de l’évangile de Marc n’en seraient pas la finale originale, pensent la plupart des commentateurs ; la Sy. les met entre parenthèses. Cert. disent qu’ils ont été ajoutés très tôt, pt-être au début du 2e siècle. Ces 12 versets, qui semblent empruntés en partie aux autres évangiles, reflètent fidèlement les convictions des Eglises primitives sur les points traités. De toute façon le v. 8 du ch. 16 est une conclusion abrupte pour un pareil livre. Cert. pensent donc que la finale originale aurait été perdue très tôt, peu après la rédaction. D’autres supposent que Marc aurait été empêché de terminer son évangile.

- En tout cas, ces 12 derniers versets (9-20) considérés comme une adjonction très ancienne et un épilogue, prouveraient que les autres évangiles faisaient déjà autorité, et que celui de Marc était aussi pleinement accepté.

- But.

- Présenter Jésus comme Sauveur et Seigneur et susciter la foi des lecteurs est le but de tout évangile. S’adressant à des Romains, Marc souligne la portée de ce salut destiné à "toutes les nations" (11.17 ; 13.10). La particularité de cet évangile est d’attirer l’attention davantage sur ce que Jésus a fait que sur ce qu’il a dit : ses oeuvres démontrent qu’il est le Fils de Dieu. Marc rapporte dix-huit miracles (dont deux inédits) et seulement quatre paraboles. Il ne prend pas le temps de retracer la généal. de Jésus, de raconter les événements entourant sa naissance, de résumer ses discours ; il le montre en pleine action, guérissant les malades, chassant les démons, multipliant le pain pour les foules. Il relate même par deux fois, que Jésus était si occupé qu’il n’avait pas le temps de manger (3.20 ; 6.31 ; notations particulières à Marc).

- En même temps, Marc ne manque de présenter aussi Jésus comme un enseignant : trente-neuf fois il lui applique les termes d’enseigner ou enseignant.

- Dans cet enseignement, un aspect ressort plus que d’autres : la souffrance : Jésus fut le Serviteur souffrant, ses disciples devront suivre le même chemin que lui (8.34-35). Le lien entre la qualité de disciple et la souffrance est fortement souligné dans tout l’évangile (1.12-13 ; 3.22, 30 ; 8.34-38 ; 10.30, 33-34, 45 ; 13.8-13). Pourquoi ? Si Marc a écrit dans les années 65-68, à Rome, la raison est évidente : préparer les chrét. à accepter l’idée de la souffrance liée à leur profession de foi en Christ, l’" homme de douleur, habitué à la souffrance". S’il a rédigé son évangile avant la grande persécution de Néron (64), il devait avoir suffisamment d’intuition et d’informations sur ce qui se passait autour de lui et dans le monde pour prévoir la tempête qui se préparait. Pierre n’a-t-il pas écrit ses ép. avant l’an 64, spécialement pour exhorter les chrét. à tenir ferme dans l’épreuve ? A sa façon, l’évangile de Marc complète ces ép., pour que les chrét. ne soient pas "surpris par l’épreuve" comme s’il leur arrivait "quelque chose d’anormal" #1Pe 4.12

"Christ aussi a souffert" (3.18) "vous laissant un exemple afin que vous suiviez ses traces" (2.21). Marc développe cette pensée, exauçant le voeu de son maître pour qu’après son départ ceux qui partagent la même foi #2Pe 1.1 puissent se souvenir de ces choses. #2Pe 1.15

- Plan.

- Dans un style alerte, proche du style parlé, Marc transcrit fidèlement le témoignage que Pierre rendait à son Maître. A travers les phrases courtes, le vocabulaire simple, l’absence de nuances subtiles, les nomb. aussitôt, on découvre le caractère du Pierre des évangiles, toujours aussi direct et carré, et pourtant transformé par la grâce de son Sauveur (v. sous Destinataires). On passe vite d’un épisode à l’autre, le présent historique alterne avec le passé, les et enchaînent les récits sans qu’il faille toujours chercher le lien logique entre eux. Le drame se déroule inexorablement, sans lenteurs, vers l’issue fatale-au point qu’on a pu voir dans tout l’évangile une introduction au récit de la Passion.

- On peut subdiviser le livre d’après les diff. étapes géographiques : Préparation (1.1-13), ministère en Galilée (1.14-9.50), en Pérée (10.1-52), en Judée (11.1-13.37), Passion (14.1-15.47) et résurrection (16.1-20).

- On peut aussi le structurer autour de la Personne du Serviteur :

1. Présentation du Serviteur 1.1-2.12

a. Son précurseur 1.1-8
b. Son baptême 1.9-11
c. Sa tentation 1.12-13
d. Sa mission 1.14-2.12

2. Oppositions au Serviteur 2.13-8.26

a. Opposition initiale 2.13-3.35
b. Paraboles du Serviteur 4.1-34
c. Miracles du Serviteur 4.35-5.43
d. Opposition grandissante 6.1-8.26

3. Les qualifications du Serviteur 8.27-10.52

a. "Tu es le Christ" 8.27-33
b. Ce que cela implique pour ses disciples 8.34-9.1
c. Transfiguration du Serviteur 9.2-13
d. Ministère de délivrance 9.14-29
e. Instruction des disciples du Serviteur 9.30-10.45
f. Ministère de guérison 10.46-52

4. Le rejet du Serviteur 11.1-15.47

a. Le Roi-Serviteur 11.1-19
b. Enseignement sur la prière 11.20-26
c. Opposition des chefs 11.27-12.44
d. L’avenir du Serviteur 13.1-37
e. La Passion du Serviteur 14.1-15.47

5. La destinée finale 16.1-20

a. Résurrection 16.1-8
b. Apparitions du Ressuscité 16.9-18
c. Ascension 16.19-20



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