Malachie

Malachie (Livre de)

- Auteur.

- Nous ne savons pratiquement rien sur le dernier des "Douze," sauf son nom qui signif. "Mon messager" -et encore ne sommes-nous pas cert. qu’il ne s’agisse pas d’un "nom de plume" ou d’un titre donné au "prophète anonyme". C’était en tout cas l’opinion des LXX qui ont trad. l’A. T. en gr. Une paraphrase juive aram. des livres prophétiques (le Targum de Jonathan) attribue même notre livre au scribe Esdras. Cette opinion fut suivie par Jérôme et Calvin, mais si Esdras avait été l’auteur de cet ouvrage, on ne voit pas pourquoi les Juifs l’auraient laissé anonyme ou l’auraient attribué à un inconnu, puisque les autres livres du "Recueil des Douze" portent tous le nom de leurs auteurs. Il n’y a donc pas de raison majeure pour supposer que Malachie n’était pas le véritable nom du prophète.

- C’était, en tout cas, un homme animé d’un profond amour pour son peuple et pour le service du Temple, et un prophète parlant avec autorité. Il insiste sur le culte public et les rites comme étant des expr. de la foi. Son ministère fut important pour l’époque de Néhémie autant que celui des prophètes Aggée et Zacharie pour le temps de Zorobabel.

- L’unité et l’authenticité de cet ouvrage sont reconnues même par les critiques. Le N. T. atteste pleinement l’autorité canonique et doctrinale de Malachie (cf. Mal. 3.23-24 [4.5-6] et Mt. 11.10, 14 ; 17.11-12 ; Mc. 9.11-12 ; Lc. 1.17 ; cf. Mal. 3.1 et Mt. 11.10 ; Mc. 1.2 ; cf. Mal. 1.2-3 et Rom. 9.13).

- Date.

- Tous les exégètes sont d’accord pour situer Malachie au milieu du 5e s. av. J.-C., après l’exil, à cause du mot persan péhâh désignant le gouverneur (1.8). C’est le même mot qu’utilisent Aggée (1.1) pour Zorobabel, et Néhémie pour sa propre fonction (5.14). La présence de ce mot situe donc l’écrit dans la période où l’empire perse dominait tout le Proche-Orient (536-332).

- D’autres détails permettent de préciser la date :

- 1. Le Temple est reconstruit et les sacrifices y sont régulièrement offerts (1.7, 10 ; 3.1). Nous sommes donc après 516.

- 2. Le rituel mosaïque fonctionne à nouveau depuis un cert. temps : il est bien établi et l’enthousiasme initial est déjà loin, les prêtres sont lassés de leur travail (1.13), le culte est devenu formaliste (1.18) ; plusieurs dizaines d’années ont dû s’écouler depuis l’inauguration du Temple de Zorobabel.

- 3. Les péchés que dénonce Malachie sont identiques à ceux que Néhémie doit combattre durant son second mandat : relâchement des prêtres #Mal 1.6 ; 2.8 ; Ne 13.4-9, 29 mariages mixtes (2.10-16 ; Néh. 13. 23-28), négligence dans le don des dîmes (3.7-12 ; Néh. 13.10-13) Les deux hommes ont donc prob. vécu à la même époque.

- 4. Esdras (ch. 9-10) et Néhémie (13.23-30) ont pris des mesures contre les mariages avec des femmes étrangères. Les avertissements de Malachie à ce sujet (2.10-16) ont sans doute été donnés avant leur intervention. D’autre part, Malachie n’est jamais nommé dans les livres d’Esdras et de Néhémie. Il a donc prob. exercé son ministère prophétique avant l’arrivée de Néhémie à Jérusalem, c.-à-d. avant 445, ou pendant son absence entre ses deux séjours, après 433 (c’est au cours de son 2e séjour que Néhémie a légiféré au sujet des mariages mixtes). Les deux dates entre lesquelles se partagent les exégètes sont effectivement : 460 à 450, ou après 433.

- Le temps de Malachie est une époque calme, sans événement marquant. Dieu semblait avoir oublié son peuple. Le Temple était reconstruit, mais rien n’y indiquait la présence de la gloire de Dieu prophétisée par Ezéchiel (43.4). Les "devoirs relig." étaient accomplis de manière routinière. A ses contemporains déçus et sceptiques, Malachie montre le chemin du renouveau de la foi. Il sera la dernière voix prophétique de l’ancienne alliance. Plus de quatre siècles de silence le séparent de Jean-Baptiste, le prédécesseur du Messie : une longue période où, comme le dit l’auteur des Maccabées, "les prophètes ont cessé d’apparaître parmi nous" (1 Macc. 9.27).

- Lieu.

- La connaissance intime du rituel mosaïque et des abus qui ont lieu au Temple pointe de manière évidente vers Jérusalem comme lieu des prophéties.

- But.

- Le décret de Cyrus de 516 permit aux Juifs de retourner dans leur pays. Mais tous ne profitèrent pas de cette autorisation : ceux qui s’étaient enrichis vivaient confortablement à Babylone. Pourquoi affronter les rigueurs d’une vie de pionniers ? Ceux qui revinrent à Jérusalem durent faire face à bien des difficultés : il fallait tout reconstruire, défricher les terrains abandonnés, lutter contre les habitants du pays, endurer la sécheresse et la famine (v. Néh. 4.1-10 ; 5.3). De plus, cert. Juifs fortunés prêtaient de l’argent à leurs compatriotes pauvres et leur réclamaient des taux usuraires. #Ne 5.4-8

- "La vie est dure à Jérusalem," gémissaient les rapatriés. Est-ce qu’elle correspond à l’accomplissement des promesses de Dieu ? Beaucoup se mettent à douter de sa bonté. #Mal 1.2 et même de sa justice (2.17).

Qu’est-ce que l’on gagne à le servir (3.14s.) ? Résultat : le culte devient superficiel et formaliste, les prêtres eux-mêmes négligent leur service (1.6, 13), on offre à Dieu des bêtes défectueuses (1.8), le scepticisme et l’indifférence gagnent le peuple, on vole Dieu de ce qui lui revient (3.7-12). La moralité s’abaisse : les adultères, les parjures, la fraude et l’oppression sont à l’ordre du jour (3.5), on abandonne "la femme de sa jeunesse" (2.15) pour épouser des étrangères.

- Contenu.

- 1. L’amour que Dieu manifeste à Israël en choisissant Jacob plutôt qu’Esaü (1.2-5) n’est pas payé de retour :

a) Les sacrificateurs et le peuple déshonorent Dieu en fraudant lors des offrandes (v. 6-14) ; menace de châtiment contre les sacrificateurs qui enfreignent la Loi de Dieu, observée autrefois (2.1-9).

b) Dénonciation de la perfidie, des mariages avec les païennes, de la répudiation des épouses légitimes, de la violence (2.10-17).

- 2. Imminence du jugement, de la venue du précurseur, et du Seigneur lui-même, messager de l’Alliance, lequel purifiera les Lévites et punira les impies (3.1-6 ; cf. Ex. 23.20-23 ; Mt. 11.10).

- 3. Appel à la repentance, car le Seigneur viendra pour bénir, pour juger, pour annihiler les arguments fallacieux des incrédules qui disent : "C’est en vain qu’on sert Dieu." Ceux qui, se détournant du péché, auront suivi l’Eternel seront son trésor le plus précieux ; les méchants seront consumés (3.7-21 [4.3]). Exhortation à se souvenir de la Loi de Moïse ; annonce de la venue d’Elie, qui préparera le terrible jour du Seigneur (3.22-24 ; [4.4-6] ; Mt. 17.10-13 ; Lc. 1.17).

- Lorsque la prophétie de Malachie fut énoncée, les Juifs n’avaient pas de roi, mais un gouverneur #Mal 1.8 sans doute nommé par le roi de Perse. #Ne 5.14

Le temple de Zorobabel existait, des holocaustes étaient offerts sur l’autel, comme aux temps anciens. #Mal 1.7-10

Malachie est donc postérieur à Aggée et à Zacharie. Après le retour de Babylone, il y eut un sursaut de vie relig., mais il n’aboutit qu’à la reconstruction du Temple et des murailles de Jérusalem. La corruption des prêtres et des laïques caractérise l’époque de Néhémie. #Ne 13.1

Ce dernier livre de l’A. T. s’achève par une recommandation d’observer la Loi de Moïse (Mal 3.22) une référence aux prophètes (représentés par Elie, 3.23 [4.5]) et l’annonce claire d’un Messie, qui jugera le peuple selon la loi divine et sauvera ceux qui craignent l’Eternel (3.1-3, 19-20, 24 [4.1-2, 6]). Le N. T. commence où finit l’Ancien. Le précurseur apparaît dans la personne de Jean-Baptiste (3.1 ; Mc. 1.2 ; Lc. 1.76), la véritable lumière brille et apporte la guérison dans ses rayons #Joh 8.12 ; 9.5 ; 1Jo 2.8 (Mal 3.20)

Sur la montagne de la Transfiguration, Moïse et Elie viennent attester que la vieille dispensation est accomplie sur la croix du Calvaire #Lu 9.30-31

La prophétie de Malachie aura encore un dernier accomplissement : Elie lui-même, semble-t-il sera le précurseur de la 2e venue du Messie, lorsque celui-ci viendra pour le jour terrible et glorieux de l’Eternel. (Mal 3.2-5 ; 3.19, 23-24) #Mr 9.12

- Si les Israélites sont éprouvés par diverses calamités, c’est parce qu’ils ont péché et méprisé Dieu (1.6 ; 3.10-11). Qu’ils reviennent à Dieu qui les bénira (3.7, 10) et interviendra pour eux (3.2, 19). Le Messie purifiera son peuple et le guérira (3.20-21).

- Dernier prophète de l’ancienne alliance, Malachie constitue une sorte de chaînon intermédiaire entre l’Ancien et le N. T., qui s’ouvre par le ministère de l’" Elie" annoncé dans les derniers versets de nos Bibles (Mal 3.23-cf. Mt. 17.10)

- Plan.

- Malachie utilise systématiquement une méthode d’enseignement par questions et réponses, pratiquée occasionnellement par d’autres prophètes #Am 5.18-20 ; Mic 2.6-11 ; Jer 2.23-25, 29 ; Isa 40.27-28 ; Eze 12.21-28 Chaque section principale est introduite par :

a. une déclaration #Mal 1.2 "Je vous ai aimés, dit l’Eternel"

b. une objection élevée par le peuple ("En quoi nous as-tu aimés ?") ;

c. la réponse de Dieu : "Cependant, j’ai aimé Jacob...".

- Les objections n’ont pas nécessairement été formulées par les contemporains de Malachie : le prophète, en les énonçant, leur montre qu’il pénètre les pensées qui s’expriment dans leur attitude.

- L’ensemble tient plus du style oral que de l’écrit bien policé et structuré. Les divers messages sont accolés un peu comme les thèmes dans l’ép. de Jacques : L’amour et la haine de Dieu (1.2-5) Les péchés des prêtres (1.6-2.9) Les péchés du peuple (2.10-16) Le problème de la justice de Dieu (2.17-3.6) La bénédiction de la dîme (3.7-12) Promesses de salut (3.13-21) Conclusion : retour d’Elie (3.22-24)



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