Luc

Luc (Evangile selon)

- Le troisième évangile est la première partie d’un ouvrage en deux volumes : Evangile-Actes, dédié à un même personnage, Théophile, en vue de l’affermissement de sa foi et, au travers de lui, aux Gréco-Romains cultivés qui s’intéressaient au christianisme.

- Auteur.

- L’auteur ne se nomme pas dans son ouvrage. Il nous y apparaît comme un homme ayant bénéficié d’une bonne culture scientifique et littéraire, connaissant bien l’A. T. gr. et la litt. gr. classique (Hérodote, Thucydide, Polybe). Il compte parmi ses connaissances un homme de haut rang social (Théophile). D’origine païenne, il est peu intéressé par les questions spécifiquement juives ; l’hébreu, pour lui, c’est "leur langage" #Ac 1.19

Par contre, il manifeste de l’intérêt pour les villes et la mer peu mentionnées dans les écrits juifs.

- L’identité d’auteur entre le 3e évangile et les Actes a été amplement démontrée (vocabulaire, style, thèmes communs), elle est actuellement admise par tous. Or, puisqu’un cert. nombre de passages, du même style que le reste, sont rédigés à la première personne du pluriel (v. Actes des Apôtres), le livre des Actes fait apparaître son auteur comme un compagnon de l’apôtre Paul (v. Actes des Apôtres). Parmi les collaborateurs de l’apôtre, seuls Démas, Tite et Luc ne sont pas nommés dans les Actes. Démas a abandonné l’apôtre. #2Ti 4.10

Tite a accompagné Paul dès son deuxième voyage à Jérusalem. #Ga 2.1-10

S’il avait été l’auteur des Actes, le "nous" apparaîtrait plus tôt. D’autre part, il était plus connu que Luc et, si l’ouvrage avait été de lui, on ne l’aurait pas attribué à un personnage moins célèbre. Par élimination, il ne reste donc que Luc. Il nous est connu par les épîtres de Paul. Dans Col. 4.14, l’apôtre l’appelle "le médecin bien-aimé". D’après le v. 11, c’est un chrét. d’origine païenne. Dans Phm. 24, Paul l’appelle son collaborateur et dans 2 Tim. 4.11, il nous apprend que c’était le seul chrét. resté auprès de lui, lors de sa seconde captivité romaine. D’après les "sections-nous" des Actes, Luc s’est joint à l’équipe apostolique à Troas, il a travaillé avec Paul à Philippes où il est resté jusqu’au troisième voyage missionnaire. C’est là que l’apôtre le reprend lorsqu’il se rend à Jérusalem. Pendant les deux années de sa captivité à Césarée, Luc reste dans la région. Puis il accompagnera Paul jusqu’à Rome.

- Déjà à partir du 2e siècle, la tradition postapostolique de toutes les parties du monde chrét. de ce temps est unanime pour attribuer l’ouvrage à Luc (Fragment de Muratori, Prologue anti-marcionite, Irénée, Tertullien, Origène, Eusèbe, Jérôme). Même remarque que pour Marc : cette attribution était certainement vraie, puisque Luc n’étant ni apôtre, ni témoin oculaire, il n’avait donc aucun titre pour être choisi comme rédacteur d’un livre canonique.

- On a vu une confirmation de cette attribution de l’ouvrage à un médecin dans le choix des mots utilisés. Plusieurs auteurs (W. K. Hobart, Harnack, Zahn) ont comparé le vocabulaire de Luc avec celui des auteurs médicaux grecs (Hippocrate, Galien, Discoride...). Ils ont trouvé 400 termes communs. Bien que leurs résultats aient été partiellement contestés (par H. J. Cadbury), il reste une quarantaine d’expr. médicales spécifiques particulières à Luc, des détails cliniques relevés dans cert. cas de guérisons et non mentionnés par les autres évangélistes (8.26- 36 p. ex.), une indulgence plus grande pour les médecins (cf. 8.43 avec Mt. 5.26) et un intérêt particulier pour les malades (cf. les récits de Lc. 4.38 ; 5.12 ; 6.6 ; 8.43-44 ; 8.55 ; 9.38s. ; 22.44, 50-51 avec les récits parallèles de Mc. 1.30, 40 ; 3.1 ; 5.26, 29, 42 ; 9.17s. ; 14.47).

- D’après le Prologue anti-marcionite datant de 175-180, Luc aurait été originaire d’Antioche. Il manifeste effectivement un intérêt particulier pour cette ville (v. Act. 6.5 ; 11.19-27 ; 13.1-3 ; 14.26-28 ; 15.1, 2, 22, 30-40 ; 18.22, 23).

- Destinataire.

- L’ouvrage est dédié au "très-excellent Théophile," un titre attribué dans Act. 23.26 ; 24.3 et 26.25 aux gouverneurs romains de la Judée, titre donné ailleurs à des personnages très riches et très influents ; selon cert. historiens, ce titre caractérisait primitivement les membres de l’ordre équestre à Rome. Luc écrit à Théophile pour qu’" il puisse constater que les enseignements reçus de vive voix sont entièrement dignes de confiance" (1.4) (littér. : qu’il reconnaisse la certitude des enseignements-ou des renseignements-reçus). Théophile était-il déjà chrétien ? On ne saurait le dire. D’aucuns pensent qu’il a dû se convertir par la lecture de l’évangile, puisque Luc laisse tomber le titre officiel dans son 2e livre, comme c’était toujours le cas lorsqu’on s’adressait à un chrét. De toute manière, Luc visait non seulement le dédicataire de son ouvrage, mais les Grecs et les Romains cultivés auxquels ses livres parviendraient grâce à Théophile. En effet, selon les habitudes de l’époque, la personne qui se voyait dédier un livre en assurait la première diffusion en le faisant recopier par ses esclaves-scribes pour les auditeurs de la première lecture-qui en faisaient autant pour leurs amis. Dans cette perspective, l’oeuvre de Luc visait aussi bien des chrét. nouvellement convertis que ceux qui étaient intéressés par le christianisme et désireux d’être mieux informés.

- Les destinataires étaient en tout cas des païens vivant loin de la Palestine, auxquels il fallait expliquer les moindres détails géographiques de la Terre Sainte (1.26 ; 4.31 ; 8.26 ; 21.37 ; 23.51 ; 24.13), les coutumes juives (22.1), les termes aram. ou hébr. contenus dans les autres évangiles (rabbi, hosanna, Golgotha). On a remarqué également que les citations de l’A. T. se trouvaient surtout dans les paroles de Jésus ou de ses interlocuteurs. Pour permettre à ses lecteurs de situer les événements rapportés, Luc les rattache à l’histoire profane (2.1 ; 3.1).

- Son ouvrage vise donc les mêmes destinataires que l’évangile de Marc, mais à un niveau social et culturel plus élevé.

- Date.

- La date de rédaction de l’évangile est liée à celle des Actes dont elle ne saurait être séparée que de quelques mois, tout au plus d’une ou de deux années. Les citations de Luc-Actes dans des écrits patristiques de la fin du 1er et du début du second siècle interdisent les dates de rédaction tardives proposées par cert. théologiens. D’ailleurs l’exactitude de cert. détails historiques (noms et titres des magistrats romains) ne s’explique que par le fait que l’auteur était contemporain des événements rapportés. L’omission de l’accomplissement de la prophétie concernant la chute de Jérusalem et de l’incendie du Temple #Lu 21.6, 20 serait très étonnante après 70 de la part d’un auteur qui a mentionné l’accomplissement de prophéties bien moins importantes #Ac 11.21-28 ; 21.11

- La fin brusque du livre des Actes, où ne sont mentionnées ni la mort de Paul ni même l’issue de son procès, conduit même bon nombre de théologiens à dater la rédaction des deux ouvrages du début des années 60, en tout cas avant la fin du procès : aucun événement ultérieur n’est mentionné, la prédiction de Paul aux anciens d’Ephèse #Ac 20.25 démentie par les faits (v. Pastorales [Ep.]), n’est atténuée par aucune remarque. De ces silences, on conclut que si l’auteur des Actes n’a rien dit de ce qui s’est passé après les "deux années entières" durant lesquelles Paul a séjourné dans le logement loué à Rome, c’est qu’il n’en savait rien. Cert. pensent même que son ouvrage, adressé à un haut personnage romain, pouvait éventuellement influencer favorablement l’un ou l’autre ami du dédicataire ayant des entrées au tribunal impérial. Ces diff. considérations font dater l’ouvrage entier des années 62-63, l’évangile ayant déjà pu être esquissé ou même rédigé durant la captivité de l’apôtre à Césarée en 58-59.

- Ceux qui font dépendre l’évangile de Luc de celui de Marc reculent généralement la date au moins jusque vers la fin des années 60. Même si cette dépendance était prouvée, un tel intervalle entre les deux écrits ne serait pas nécessaire puisque Luc et Marc se trouvaient ensemble à Rome à la même époque et qu’ils ont pu confronter leurs ébauches.

- Lieu.

- Le lieu de rédaction le plus souvent cité par la tradition est Rome. D’autres le situent à Antioche, Ephèse ou Corinthe. Ce qui est cert. c’est qu’il a été "édicté" hors de la Palestine. Si l’on opte pour une date dans la première moitié des années 60, Rome s’impose.

- Contenu.

- Près de la moitié du contenu de l’évangile ne se trouve ni dans Matthieu, ni dans Marc (6 miracles sur 20, 19 paraboles sur 35, les récits de l’enfance, les sections 6.20-8.3 ; 9.51-18.14). Luc a donc bénéficié de sources d’information supplémentaires à celles des autres évangélistes. Il a pu glaner ses renseignements directement auprès des témoins oculaires des événements résidant encore en Palestine. En effet, durant les deux années de captivité de l’apôtre à Césarée, il était à quelques heures de route de la Galilée comme de la Judée. De plus, il dit lui-même avoir consulté des documents écrits (1.2) : récits isolés ou recueils de paroles du Christ.

- Là où son récit est parallèle aux deux autres évangiles synoptiques, il a marqué de son cachet personnel la tradition qui lui est parvenue : un intérêt plus grand pour les personnes que pour les idées, pour les pauvres (1.53 ; 2.7, 8, 24 ; 4.18 ; 6.20, 21 ; 7.22 ; 16.20, 23) et les femmes en particulier (1.24-56 ; 2.36-38 ; 7.11-18, 36-50 ; 8.1-3 ; 10.38-42 ; 13.10-13 ; 23.27-31 ; 24.1-11), pour la vie domestique (repas : 7.36 ; 10.38-42 ; 11.37 ; 14.1 ; 15.2 ; 19.1-10 ; 24.29-31 ; détails sur la vie courante dans les paraboles : 5.36 ; 10.35 ; 11.5-8 ; 13.21 ; 15.8 ; 17.7-9), pour l’humanité de Jésus dont il retrace la vie à partir de la naissance et de l’enfance, homme parfait partageant la vie sociale de ses contemporains (7.34-36 ; 10.38-42 ; 11.37 ; 14.1-24 ; 19.1-10), n’ayant pas d’endroit où reposer sa tête (9.58), pleurant sur Jérusalem (13.34 ; 19.41), agonisant au point que la sueur coule à terre pareille à des gouttes de sang (22.44).

- Dans les récits, Luc a souligné particulièrement l’intérêt de Jésus pour les malheureux : les pauvres et les affligés (6.20-26 ; 7.11-17 ; 12.32 ; 14.15-24 ; 19.1-10), les méprisés : mendiants (16.19-31), publicains (18.9-14), Samaritains (10.25-37 ; 17.11-19). Les paroles adressées aux riches qui se confient dans leurs richesses (12.21) sont plus dures que dans les autres évangiles (1.52, 53 ; 6.24, 25 ; 12.13-21 ; 14.13-14 ; 16.25...). Pour Luc, la parole d’Esaïe 61.1-2 citée par Jésus dans la synagogue de Nazareth (4.18) est comme le résumé de ses activités : il est venu "annoncer une bonne nouvelle aux pauvres... guérir ceux qui ont le coeur brisé, proclamer aux captifs la délivrance... renvoyer libres les opprimés". Dans sa relation des béatitudes, les heureux ce sont les pauvres, les affamés, les affligés et les persécutés (6.20-23). Pour eux, l’Evangile est un message de joie (1.46-55 ; 67-79 ; 2.14, 29-32 ; 15.5, 9, 25, 32 ; 24. 52-53).

- Soulignons encore les nombr. mentions du Saint-Esprit (1.15, 41, 67 ; 2.25-35 ; 4.1, 14, 18 ; 10.21 ; 12.12) et de la prière (1.10, 46-55 ; 3.21 ; 5.16 ; 6.12 ; 9.18-22, 29 ; 10.17-21 ; 11.1 ; 22.39-46 ; 23.34, 46 ; et les deux paraboles sur la prière particulières à Luc : 18.1-8, 9-14).

- But.

- Luc lui-même nous indique son but principal dans le prologue de l’évangile : présenter l’histoire de Jésus de manière à montrer sa signification et sa fiabilité ; il était vraiment le Sauveur de tous les hommes. Les mots Sauveur et salut reviennent chez lui plus souvent qu’ailleurs (6 fois : 1.47, 69, 71, 77 ; 2.11, 30 contre 2 fois seulement dans Jn) : il est "la lumière des nations" (2.32), "toute l’humanité verra l’oeuvre de salut de Dieu" (3.6 ; cf. 4.24-27 ; 24.47). Ce salut n’est pas seulement pour les Juifs, Luc seul mentionne la parabole du bon Samaritain (10.25-37), la parole de Jésus au sujet de la veuve de Sarepta et de Naaman le Syrien, objets de la grâce divine (4.25-27). Le royaume de Dieu est pour les païens (7.9 ; 10.1 ; 13.29 ; 21.24) aussi bien que pour les Juifs (1.33, 54, 68-79 ; 2.10), pour les publicains et les pécheurs (3.12, 13 ; 5.27-32 ; 7.37-50 ; 15.1-2 ; 18.9-14 ; 19.2-10 ; 23.43) aussi bien que pour les gens respectables (7.36 ; 11.37 ; 14.1). Car "le Fils de l’homme est venu chercher et sauver ce qui était perdu" (19.10). Ce salut s’est accompli par la mort de Jésus sur la croix : dans la section qui lui est propre (9.51-18.14), Luc souligne l’importance de Jérusalem vers laquelle Jésus se dirige volontairement sachant ce qui l’y attendait : il voulait racheter l’humanité en accomplissant les prophéties des Ecritures à ce sujet (24.26s., 44-47).

- Luc devait avoir rencontré beaucoup de Grecs et de Romains cultivés qui aspiraient à une religion universelle, satisfaisant les besoins profonds de l’humanité. Il était lui-même l’un d’eux et il avait trouvé dans la foi prêchée par Paul la réponse à sa recherche. Son désir est maintenant de transmettre ce message dans une forme littéraire acceptable par ce public, donc de les évangéliser (ce terme lui est particulier : 1.19 ; 2.10 et qui caractérise la prédication de Jésus : 4.18, 43 ; 7.22... aussi bien que celle de l’Eglise primitive : Act. 5.42 ; 8.4...). De plus, pour ôter un obstacle éventuel à la foi, il montre que le christianisme n’est ni une superstition ni une religion politiquement subversive : par trois fois, Pilate proclame l’innocence de Jésus (23.4, 14, 22) ; s’il l’a finalement livré pour être crucifié ce fut par concession envers les Juifs. Ce but complémentaire apparaît plus nettement dans son second livre (v. Actes des apôtres).

- S’il veut évangéliser et affermir la foi des nouveaux convertis, Luc veut aussi mettre entre les mains des chrétiens des faits et des arguments pour qu’ils puissent à leur tour transmettre le message libérateur.

- Style.

- L’oeuvre de Luc est écrite dans le meilleur gr. du N. T. Pourtant, dans cert. passages, sa langue est moins élégante que celle de Marc et l’on trouve des tournures rappelant les langues sémitiques. Aurait-il consciemment imité le style de la Septante ou se serait-il laissé influencer par la langue de ses documents-sources ? S’il était natif d’Antioche, il devait comprendre le syriaque. Il n’avait donc aucune peine à lire-ou même à imiter-des écrits aram.

- Plan de l’évangile.

I. Prologue 1.1-4

II. La venue du Sauveur 1.5-2.52

A. Annonces 1.5-56 B. Naissances 1.57-2.20 C. Présentation au Temple 2.21-38 D. Enfance 2.39-52

III. La proclamation du salut 3.1-21.38

A. Ministère en Galilée 3.1-9.50

1. Ministère du Précurseur 3.1-20
2. Préparation du Sauveur 3.21-4.13 (baptême, généalogie, tentation)
3. Proclamation du salut en Galilée 4.14-5.16
4. Controverses avec les autorités juives 5.17-6.11
5. Choix, préparation et envoi des disciples 6.12-9.50

B. En route vers Jérusalem 9.51-19.28

1. Oppositions croissantes 9.51-11.54
2. Les fronts se durcissent 12.1-13.30
3. Le Sauveur et les pharisiens 14.1-16.31
a. Pharisiens, b. Sauveur, c. Pharisiens
4. Combat contre l’incrédulité 17.1-18.30
5. Perspectives d’avenir 18.31-19.28

C. Le Sauveur à Jérusalem 19.29-21.38

1. Entrée solennelle et purification du Temple 19.29-46
2. Tensions croissantes 19.47-20.47
3. Contre-attaque de Jésus 21.1-38

IV. Mort et résurrection du Sauveur 22.1-24.53

A. Les souffrances du Sauveur 22.1-23.56

1. Complot contre le Sauveur 22.1-6
2. Dernière Pâque 22.7-38
3. Le chemin du sacrifice 22.3-6
4. Le Sauveur aux mains des hommes 22.63-23.25
5. Exécution et ensevelissement 23.26-56

B. Le triomphe du Sauveur 24.1-53

1. Résurrection 24.1-12
2. "Il est apparu vivant" 24.13-49
3. Ascension 24.50-53



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