Livres des Rois

Rois (Livres des)

- Nom et présentation.

- Les deux livres des Rois n’en formaient primitivement qu’un seul. Les LXX l’ont divisé en deux et rattaché aux livres de Samuel ; ils les ont appelés 3e et 4e livres des Rois. Leur division fut suivie par la Vulgate, puis par la bible hébr. (1448) qui classe ces livres parmi les prophètes antérieurs. Le nom actuel se justifie par l’importance prééminente donnée aux rois d’Israël et de Juda : leur attitude envers Dieu détermine celle de leur peuple et la prospérité gén. de la nation.

- L’auteur.

- La tradition juive attribue la rédaction de ces livres à Jérémie à cause d’une parenté de vocabulaire et de style, parce que des événements contemporains du prophète sont racontés en détail, qu’il n’est lui-même pas mentionné (contrairement à huit autres prophètes) et que Jr. 52 figure presque textuellement dans 2 R. 24.18-25.30. Jérémie, il est vrai, fut entraîné en Egypte après la chute de Jérusalem #Jer 43.1-8 mais selon des traditions rabbiniques, Neboukadnetsar l’y a récupéré après sa conquête de l’Egypte (568) et amené à Babylone où il serait mort nonagénaire. Cette vue trouve encore quelques adeptes. La plupart des auteurs modernes, cep., attribuent le livre à un Judéen anonyme, pt-être un prophète vivant en exil en Babylonie. D’autres avancent le nom d’Esdras comme auteur possible. Il est intéressant de noter que, bien qu’issu de Juda, l’auteur garde toujours en vue la perspective de tout Israël-même un siècle et demi après la chute du royaume du nord.

- Date.

- Le livre couvre une période d’env. quatre siècles (970-568). Son dernier ch. va jusqu’à la 37e année de la captivité de Yehoyakîn #2Ki 25.27

Il fut sans doute achevé avant la fin de l’exil. Cep., le retour fréquent de la formule jusqu’à ce jour #1Ki 8.8 ; 9.20-21 ; 12.19 ; 2Ki 8.22 se rapportant à des habitudes ou des monuments existant encore au moment de la rédaction dans la Palestine d’avant l’exil, a fait penser à d’autres solutions ou bien une première édition parue avant la chute de Jérusalem (586) a été complétée par un auteur postérieur qui a ajouté le dernier ch., ou bien l’auteur définitif a conservé cette formule trouvée dans ses sources. La comparaison de 2 Chr. 5.9 (cert. postexilique) avec 1 R. 8.8 fait pencher vers cette dernière solution.

- La chronol. des diff. rois a soulevé passablement de problèmes : en additionnant simplement la durée des règnes, la concordance entre eux ne coïncide plus. La difficulté a été résolue par le fait que l’ancien et le nouveau roi régnaient souvent ensemble pendant une cert. période #1Ki 1.33-34 ; 2Ki 15.5 comptée à chacun pour la durée totale de son règne. Ces corégences ont dû avoir lieu au moins sept fois en Israël et en Juda.

- Les documents égypt., assyriens et babyloniens, les références astronomiques (éclipse solaire mentionnée en Assyrie) ont permis d’établir quelques points sûrs (mort d’Achab en 853, début du règne de Jéhu en 841, chute de Samarie : 722, de Jérusalem : 586) entre lesquels on peut tisser une chronol. relativement fiable.

- Lieu.

- Le récit nous entraîne alternativement du royaume du nord à celui du sud, de Samarie à Jérusalem. L’auteur final résidait parmi les exilés à Babylone.

- Contenu.

- Le contenu de ces livres est d’abord une histoire : celle de 22 rois de Juda (si l’on y inclut David et Salomon) s’étendant sur 345 ans, du début du règne de Salomon à la fin de celui de Yehoyakîn, et celle de 19 rois d’Israël de 9 dynasties, s’étendant sur 210 ans, du schisme à la fin du royaume du nord (722).

- C’est un temps d’instabilité politique à l’intérieur des états hébr. comme dans tout le Moyen-Orient : la prépondérance passait rapidement de la Syrie à l’Assyrie, puis à la Babylonie.

- L’auteur des Rois nous raconte aussi l’histoire des deux grands prophètes qui ont marqué ce temps : Elie et Elisée, ainsi que celle de six autres mentionnés plus brièvement. Pour décrire cette histoire, il a utilisé des sources qu’il cite à diff. reprises : les Actes de Salomon #1Ki 11.41 les Chroniques des rois d’Israël (17 fois) et celles des rois de Juda (15 fois) réunies sans doute plus tard en un volume unique #2Ch 16.11

Comme il y réfère le lecteur, il est peu probable qu’il se soit agi d’annales royales officielles rédigées par les secrétaires des rois #1Ki 4.3

C’étaient plutôt des livres écrits par des prophètes, comme ceux que cite l’auteur des Chroniques #1Ch 29.29 ; 2Ch 9.29 ; 12.15 ; 20.34 ; 26.22 (etc.)

- La véracité des faits rapportés est confirmée par Osée, Amos, Esaïe et Jérémie, par les écrivains du N. T. #Mt 12.42 ; Lu 4.25-27 ; #Ro 11.2 ; Jas 5.17-18 et par des découvertes archéol. (inscription du Temple d’Amôn à Karnak, obélisque de Salmanasar, stèle de Mécha...).

- Cep., l’auteur n’a cert. pas voulu composer une histoire dans le s. moderne de ce mot, même pas une histoire relativement complète selon la conception de ses contemporains. La preuve, c’est qu’il renvoie constamment le lecteur à d’autres livres pour des détails supplémentaires #1Ki 14.19, 29 ; 15.7, 31 ; 16.5, 14, 20, 27

Cert. règnes importants du point de vue politique (Omri, Jéroboam II) sont résumés en quelques versets, d’autres, qui n’ont guère laissé de trace dans l’histoire mondiale profane, sont décrits avec beaucoup de détails. Ce n’est certes pas par hasard que ces livres furent rangés par les Juifs parmi les prophètes. Quel était donc le but de l’auteur ?

- But.

- La sélection des matériaux de ces livres fait apparaître un cert. nombre d’idées dominantes :

- 1. Presque chaque roi est apprécié par une formule lapidaire : il fit ce qui est droit-ou : ce qui est mal-aux yeux de l’Eternel. Cette dernière formule revient 34 fois. Quand est-ce qu’un roi reçoit une appréciation favorable ? Quand il garde les ordonnances de l’Eternel, qu’il gouverne son peuple avec sagesse et justice, qu’il le sert #1Ki 12.7 et qu’il favorise le culte du Dieu unique dans la ville choisie par l’Eternel et dans le Temple édifié en son honneur.

- Le roi est condamné lorsqu’il sert les idoles et favorise les hauts lieux où se maintient un culte mitigé, lorsqu’il opprime le peuple, persécute les prophètes et s’engage dans des actions militaires sans s’enquérir de la volonté de Dieu.

- Les bons rois suivent les traces de David, les mauvais celles de Jéroboam qui a entraîné les gens du nord dans l’idolâtrie.

- 2. L’obéissance à la Loi mène à la prospérité, la désobéissance aux malheurs, aux défaites et finalement à la captivité. Les exilés de Babylone devaient se demander pourquoi ils étaient là, ce qui leur avait valu cette infortune. Le livre répond à leur question : la chute du royaume du nord, puis celui du sud était la conséquence inévitable d’une longue suite d’infidélités entraînant la déchéance progressive des deux royaumes. Les rois ont donné le mauvais exemple et tous leurs sujets-ou presque-les ont suivis. Cert. monarques ont bien essayé de redresser la situation (Ezéchias, Josias), mais leurs réformes sont restées sans lendemain, la maladie dont souffrait le peuple était déjà trop avancée pour qu’un sursaut momentané puisse en enrayer le cours.

- 3. Malgré les désobéissances et les infidélités nomb. du peuple, Dieu est resté fidèle à son alliance avec lui et avec la dynastie de David. Sans se lasser, il a envoyé des prophètes qui exhortaient et avertissaient de sa part Israël aussi bien que Juda. Il reste le Maître de l’histoire. Son plan et ses promesses se réalisent infailliblement. Ses porte-parole, les prophètes, interviennent d’ailleurs aussi bien sur le plan politique #1Ki 1.11-17 ; 12.22-24 ; 14.1-11 ; 21.21-24 #2Ki 8.11-13 ; 9.1-3 ; 20.14-19 et militaire #1Ki 20.13-14 ; #1Ki 22.19-28 ; 2Ki 3.9-19 ; 6.8-7.20 que sur le plan relig. et moral. L’attitude des rois à leur égard est un autre élément déterminant pour juger de leur valeur.

- 4. Dans ce tableau à dominantes sombres, l’auteur ne manque pas de relever les points lumineux : la gloire du règne de Salomon qui a construit le Temple, la prospérité d’Ezéchias, de Josias et de Joas qui l’ont restauré, le pardon accordé même à Achab #1Ki 21.27-29 qui s’est humilié, la fidélité des prophètes et des 7000 hommes qui n’ont pas fléchi les genoux devant Baal... : autant d’exemples positifs donnés aux exilés-et à nous-pour encourager à la repentance et à la confiance en Dieu, un Dieu qui tient toujours ses promesses : onze fois au moins, l’auteur note l’accomplissement de prophéties antérieures (cf. 2 S. 7.13 avec 1 R. 8.20 ; 1 R. 11.29-30 avec 12.15 ; 1 R. 13 avec 2 R. 23.16-18...).

Dans ce dernier ch., le roi davidique est relâché de sa prison et admis à la table royale : le livre se termine donc sur une lueur d’espoir. La voie est déjà tracée dans la prière de Salomon au moment de la dédicace du Temple : si les Israélites rentrent en eux-mêmes dans le pays où ils seront captifs, s’ils reviennent à toi... s’ils disent : Nous avons péché... s’ils te prient... tu écouteras leurs prières et tu leur feras droit. #1Ki 8.47-49

- Ces livres sont donc des livres d’histoire, mais c’est de l’histoire avec un message, et tous les événements relatés sont choisis en fonction de ce message. Ils constituent une réflexion théologique sur l’histoire d’Israël.

- Plan.

- Ces livres se divisent en trois grandes sections :

- 1. Histoire de Salomon (1Rois 1-11)

établissement (1-2), ascension (3-8) et déclin (9-11).

- 2. Histoire synchronique de Juda et d’Israël jusqu’à la chute de Samarie (1Ki 12-2Ki 17)

- 3. Histoire de Juda jusqu’à l’exil. (2Ki 18-25)

- A partir du schisme, l’auteur raconte d’abord l’histoire du royaume d’Israël. A la mort de Jéroboam, il passe à la période écoulée dans le royaume de Juda, puis il revient à Israël et ainsi de suite jusqu’à la disparition du royaume du nord.



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