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Livre de Néhémie

Néhémie (Livre de)

- Auteur.

- Néh. 1.1 : "Paroles de Néhémie, fils de Hakalia". Le livre est écrit à la première personne, ce qui est unique dans l’A. T. venant d’un homme d’Etat, sauf lorsque Néhémie cite des documents d’Etat et des registres (10.1 ; 12.26), qu’il se cite lui-même parmi d’autres hommes (8.9) ou qu’il mentionne son époque (12.47). 1.1-7.5 ; 11.1-2 ; 12.27-43 ; 13.4-31 sont des extraits de ses mémoires.

- Les auteurs critiques attribuent le livre, comme ceux d’Esdras et des Chroniques, à un auteur anonyme du 4e siècle qui aurait utilisé des documents anciens. Ici, sa contribution se limiterait à quelques versets (12.44-47 p. ex.). Mais c’est une supposition sans preuve. Il est beaucoup plus sûr de situer la rédaction de Néhémie vers la seconde moitié du 5e s. av. J.-C. Les critiques discutent aussi pour savoir si le livre d’Esdras a précédé celui de Néhémie ou inversement. Puisque la tradition juive et le titre du livre reconnaissent Néhémie comme auteur, on peut admettre que la section 1.1 à 7.5 (écrite à la première personne) est un extrait de ses mémoires ; il a été placé là app. sans changement. D’autre fragments de ces mêmes mémoires se trouvent dans 11.1-2 ; 12.27-43 ; 13.4-31. L’ouvrage comprend aussi des documents antérieurs qui ont été incorporés dans le texte de l’auteur (p. ex. 7.6-73a). Le reste du livre est basé sur des sources historiques. Le titre de Tirshatha donné à Néhémie (8.9 ; 10.2 [10.1]) est l’exact mot perse pour "gouverneur". V. Chroniques, Esdras.

- Date.

- Le livre couvre une douzaine à une quinzaine d’années (444-432 ou 431). L’un des arguments invoqués contre une composition du livre au 5e siècle est la mention de Yaddoua dans la liste des sacrificateurs (12.11, 22). Or, Josèphe raconte (Ant. 11.8.4) que le souverain sacrificateur du temps d’Alexandre le Grand (330) se nommait Yaddoua. Cette mention dans une liste peut avoir été complétée par un copiste, mais il n’est pas impossible qu’elle date du temps de Néhémie qui peut avoir connu ce Yaddoua dans sa jeunesse (il n’est pas présenté comme sacrificateur dans Néhémie) puisqu’il connaissait un autre petit-fils d’Eliachib (13.28), marié à son époque.

- La mention de Darius le Perse (12.22) n’est pas plus déterminante pour dater la composition du 4e siècle puisque des recherches récentes ont prouvé que ce titre était couramment utilisé dans les documents officiels durant la période perse pour six souverains diff.

- "Aux jours de Néhémie" ne prouve pas davantage qu’il s’agit d’un passé lointain puisque la formule "au temps de..." est utilisée pour d’autres personnes (12.26, 47).

- Pour l’antériorité éventuelle de Néhémie par rapport à Esdras

v. Nouveau Commentaire Biblique, p. 408-409.

- Contenu.

- Le livre constitue à la fois la suite et le complément d’Esdras : il reprend le récit quelques années après l’arrivée d’Esdras et présente l’aspect civil et politique de la reconstruction de la communauté des rapatriés, alors que le prêtre Esdras en a relevé plutôt l’aspect religieux et culturel. Esdras a fait reconstruire le Temple, Néhémie est dans la ligne des tandems Moïse et Aaron, Ezéchias et Esaïe, Zorobabel et Zacharie. Néhémie, équipé pour la tâche à la cour du roi Artaxerxès, reste un modèle accompli du chef courageux et entreprenant qui ne se laisse pas décourager par les oppositions.

- A côté des ch. historiques, le livre contient une demi-douzaine de listes : constructeurs de la muraille (ch. 3), rapatriés (7.6-73a ; Esd. 2 ; pour prouver l’origine israélite des habitants de Jérusalem), signataires d’une pétition (10.1-28), habitants de Jérusalem et des environs (ch. 11), sacrificateurs et Lévites (12.1-26). Ces listes, de lecture fastidieuse, soulignent la valeur de la personne aux yeux de Dieu : "Je te connais par ton nom". #Ex 33.17 (cf. Es. 45.4)

- But.

- Néhémie devait être habitué à rendre compte au roi des missions qui lui étaient confiées. Il transpose cette habitude sur le plan spirituel : son rapport s’adresse tout d’abord à Dieu (13.29, 31 en font foi). Ensuite, il écrit afin de consigner pour la postérité l’histoire d’une époque cruciale de l’époque juive ; il veut faire un rapport fidèle des événements qui ont marqué la réinstallation du peuple dans le pays de la promesse. Ce faisant, il veut rendre témoignage à la fidélité de Dieu qui a accompli son dessein en utilisant des rois païens (Cyrus, Darius, Artaxerxès) et des conducteurs juifs (Esdras, Aggée, Zacharie, Zorobabel, Josué...). Ses bénédictions ont soutenu le peuple après le retour, face aux attaques dont il fut l’objet. Consciemment ou non, il nous donne, par son exemple, un modèle de chef spirituel agissant sous la direction de Dieu pour le bien du peuple. Constamment, il recourt à la prière pour recevoir les directives divines (1.5-11 ; 2.4 ; 4.3 ; 6.9-14). Et Dieu lui donne la sagacité et la ténacité nécessaires pour déjouer les ruses de l’ennemi.

- L’histoire d’Esdras est insérée aux ch. 8-10 pour montrer que la restauration de l’obéissance à la Loi dans le coeur des croyants est aussi importante que celle des remparts de la ville. Le livre suit donc un mouvement rigoureusement parallèle à celui d’Esdras.

- Le premier séjour de Néhémie s’achève sur le tableau du culte restauré sous la conduite d’hommes choisis par Dieu (12.44-47). Le peuple rétabli dans sa ville (12.27-43) accomplit la mission spécifique qui est la sienne : louer et adorer son Dieu. Même sans roi, il répond donc à sa vocation première. #Ex 19.6

- Note archéologique.

- L’archéol. nous fournit quelques détails qui complètent les informations bibl. au sujet des trois ennemis de Néhémie : Sanballat, le Horonite ; Tobiya, le serviteur ammonite ; Guéchem, l’Arabe. Ils nous font mieux comprendre la position difficile de Néhémie.

- Sanballat, le Horonite. Les papyrus d’Eléphantine (v. Papyrus), parlent de Sanballat comme gouverneur de la Samarie en 407 av. J.-C. Il avait deux fils, Delayahou et Chélémiahou. La signification de ces noms ainsi que le mariage de sa fille avec le souv. sacrificateur juif, montrent l’attachement de Sanballat au judaïsme. #Ne 13.28

Mais Sanballat était Horonite, donc de l’ancien royaume d’Israël. Aussi était-il prob. soit un descendant des Israélites non déportés par Sargon II après la chute de Samarie, soit un descendant des gens déportés de Babylone par les Assyriens, donc d’origine païenne. #2Ki 17.24 (etc.)

Dans l’un ou l’autre cas, Sanballat représentait une religion syncrétiste abhorrée par Néhémie. Le nom de Sanballat veut dire "Sin (le dieu lunaire) a donné la vie" -nom de mauvais augure pour quelqu’un comme Néhémie.

- Tobiya, le serviteur ammonite. Les papyrus de Zenon, du 3e s. av. J.-C., parlent d’un dénommé Tubias de Palestine. A Iraq el-Emir (à identifier prob. avec Ramath-Mitspa de Jos. 13.26), au pays d’Ammon en Transjordanie, il existe un centre "tobiade" -des descendants de Tobiya. Même si Iraq el-Emir n’a pas été occupé du 11e s. au 2e s. av. J.-C., il semble que ce lieu ait fait partie des terres de Tobiya, l’Ammonite, puisqu’à 500 m. au S.-O. se situe "Qusr el-Abd" (= la forteresse du serviteur), une référence, croit-on, à Tobiya, le serviteur ammonite #Ne 2.10

Deux inscriptions portant le nom de Tobiya ornent la façade des deux salles les plus grandes de cette forteresse ou de ce mausolée. L’une d’elles est datée, selon cert., d’avant le temps de Néhémie. Déjà dans Esd. 4.7 est mentionné un Tabeel qui pourrait être un Tobiya, car Tabeel, un nom aram., signif. la même chose que Tobiya en hébr., c.-à-d. : "Dieu est bon". Tabeel serait-il un ascendant du Tobiya du livre de Néhémie ? Si dans tout ceci nous n’avons aucune preuve de l’existence de Tobiya, l’archéol. nous apprend plusieurs choses au sujet de la famille de cet homme et nous aide à mieux comprendre la puissance de cet adversaire de Néhémie.

- Guéchem, l’Arabe. Le nom de Guéchem a été retrouvé dans deux inscriptions lors de fouilles en Arabie. La première, sur un mémorial à Dedân, est "datée" ainsi : "Aux jours de Jasm..." (Jasm = Guéchem, en dialecte). Cela montre l’importance de l’homme. La deuxième inscription, sur un bol d’argent, se traduit de l’aram. : "Ce qu’amena (comme offrande) Qaynu, fils de Guéchem, roi de Qédar, à la déesse Han-’Ilit". Guéchem était donc roi, et avec Sanballat le gouverneur ou futur gouverneur de Samarie et Tobiya l’Ammonite, ils constituaient un vrai danger pour les Juifs et pour le judaïsme du temps de Néhémie.

- Plan.

1. Reconstruction de la muraille : (ch. 1-7)

a. Préparation (ch. 1-2)

- Intercession (1)

- Enquête (2)

b. Reconstruction (ch. 3-7)

- Début (3)

- Interruption (4-5)

- Achèvement (6-7)

2. Réveil des habitants : (ch. 8-13)

a. Renouvellement de l’alliance (ch. 8-10)

- Lecture et interprétation de la Loi (8)

- Confession des péchés (9)

- Réaffirmation de l’alliance (10)

b. Obéissance à l’alliance (ch. 11-13)

- Villes reconquises (11-12)

- Réformes (13)



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