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Livre d’ Esther

Esther (Livre d’)

- Titre et place dans le canon.

- Le livre porte le nom de sa principale héroïne. Ce nom lui fut donné par le roi à cause de sa beauté. Ce nom vient probablement du perse stareh, étoile, qui vient pt-être de l’akkadien ishtar. Belle jeune fille dont le père s’appelait Abichaïl, prob. de la tribu de Benjamin #Es 2.5, 7, 15

Son nom hébr. était Adassa (myrte). Orpheline très jeune, elle fut amenée à Suse métropole perse, par Mardochée, son cousin, qui l’adopta. Assuérus, roi de Perse identifié avec Xerxès, ordonna, étant ivre, que la reine Vasthi parût dans la salle de fête et montrât sa beauté aux convives. Courroucé de son refus, le roi suivit le conseil de ses courtisans : il ordonna la réclusion de Vasthi et, pour la remplacer, il fit chercher dans le royaume une jeune fille de grande beauté. La 7e année du règne de Xerxès, Esther fut choisie et installée au palais en qualité de reine ; à cette époque, on ne savait pas qu’elle était juive. Elle accéda au trône en un temps fort critique. Haman était alors le favori du roi. Cinq ans après l’élévation d’Esther #Es 2.16 ; 3.7

Haman, vexé du dédain de Mardochée, voulut se venger en massacrant non seulement Mardochée, mais tous les Juifs disséminés à travers l’empire. En promettant au trésor beaucoup d’or et en alléguant l’attachement opiniâtre des Juifs à leurs lois et coutumes particulières, Haman obtint le consentement du roi. En vue du massacre, il chercha à s’assurer sa cupidité (2.5 à 3.15). Mardochée exhorta Esther à intervenir pour sauver son peuple. La reine était épouvantée ; mais, après avoir ouï les paroles solennelles de son parent, elle jeûna, pria, et risqua sa vie en se présentant devant le souverain sans y être invitée. Avec beaucoup de prudence et de tact, elle créa une occasion favorable, afin de révéler au roi le complot d’Haman qui atteignait le palais et la personne de la reine. L’édit de destruction ne pouvant être abrogé, Esther obtint pour les Juifs la permission de se défendre, et même de prendre l’offensive contre leurs ennemis. Le récit s’achève sans nous dire à quelle époque Esther mourut, ni comment.

- Ce livre qui, dans nos Bibles, se trouve à la fin des livres historiques, était classé par les Juifs avec les livres poétiques, les Rouleaux (Méguilloth) lus aux principales fêtes. Esther était lu lors de la fête des Pourim avec interventions (acclamations ou réprobations) des assistants. C’est pourquoi c’était le livre le plus connu des Juifs ; c’est aussi celui dont il existe le plus de manuscrits et de commentaires juifs.

- Auteur.

- L’auteur est un Juif anonyme ayant vécu en Perse. C’est un fervent patriote connaissant bien les moeurs de son pays d’exil (il ne s’y trouve aucune allusion à la Palestine ou à Jérusalem), les habitudes de la cour, le fonctionnement du gouvernement. Il a eu accès, en plus des traditions orales, au récit laissé par Mardochée (9.20, 23) et aux annales officielles perses (2.23 ; 10.2). La tradition juive dont Josèphe se fait l’écho ( Ant. 11.6, 1) l’attribue à Mardochée lui-même, mais 10.3 en parle au passé.

- Date.

- L’histoire s’est passée sous le règne d’Assuérus, que les Grecs nommaient Xerxès (486—465), le successeur de Darius. Elle s’insère entre le premier (536) et le second retour (458) de la captivité, c.-à-d. entre Esd. 6 et 7. Elle commence la 3e année du règne de Xerxès par le renvoi de la reine Vasthi. La 7e année, Esther devient reine à sa place. Pourquoi ce délai ? Dans l’intervalle se situe la campagne contre la Grèce (Hérod. 7.8) qui s’est soldée par la défaite de Mycale (480-479). Xerxès rentre humilié et, nous dit Hérod. (9.108), va se consoler dans son harem.

- La rédaction du livre a dû se situer peu après les événements rapportés. La connaissance détaillée des coutumes perses, l’emploi de mots perses, l’absence de mots gr., la similitude avec la langue et le style d’Esdras, de Néhémie et de Chroniques le fait dater d’avant la destruction de l’empire perse par Alexandre (331). Les détails qu’il donne (dates, noms des ministres, des fils d’Haman, généal. de Mardochée) devaient encore signifier quelque chose pour les lecteurs auxquels l’auteur destinait son ouvrage. D’autre part, Assuérus est un roi du passé (1.1 ; 10.2), la fête des Pourim est instituée et observée depuis quelque temps (9.19, 23). Nous pouvons donc situer la rédaction grosso modo entre 450 et 400, probablement sous le règne d’Artaxerxès Longue-Main (464-425), le successeur de Xerxès.

- Lieu.

- A Suse en Perse.

- Contenu.

- Le livre raconte dans quelles circonstances la race juive a été préservée de la destruction totale décidée contre elle. Vu l’étendue de l’empire perse, l’exécution du décret de Haman aurait signifié pratiquement l’extinction de tout le "reste" d’Israël. Sans Esther, pas de Néhémie, pas de reconstruction de Jérusalem, pas de Juifs en Palestine au 1er s., pas de Sauveur.

- L’historicité des faits a été attaquée par les critiques pour diverses raisons :

- 1. On a relevé le fait que les noms de Vasthi, d’Esther et de Mardochée ne figurent pas dans les annales du règne de Xerxès 1er (485 à 465 av. J.-C.) qui semble bien être l’Assuérus de la Bible. La seule reine que l’histoire connaisse à ses côtés s’appelait Amestris, fille ou petite-fille d’Otanès (Hérod. 9.109 ; cf. 7.61) ; mais il est clair que si Salomon à la tête d’un petit royaume a pu avoir tant de femmes #1Ki 11.3 le chef du grand empire perse pouvait en épouser plus d’une ! D’ailleurs, les détails manquent sur le règne de Xerxès, et les annales perses mentionnées dans Esther ont été malheureusement perdues.

- 2. Le roi, dit-on, n’avait le droit d’épouser qu’une fille de l’une des 7 plus grandes familles du pays. Pourtant, on sait qu’à l’encontre de cette loi, Cambyse a épousé sa propre soeur, et que d’autres rois ont épousé des femmes de rang inférieur auxquelles ils ont finalement accordé des honneurs royaux.

- 3. On a prétendu que Mardochée lui-même avait vu la déportation sous Yehoyakîn (597 av. J.-C.) et que dans ce cas, la 7e année de Xerxès, Esther n’aurait plus été une jeune fille. Mais selon Esth. 2.5-6, c’est Qich, le grand-père de Mardochée qui a été déporté.

- 4. Une étrange supposition des critiques faisait de la fête des Pourim #Es 9.17-26 une transposition de la mythologie babylonienne ; Mardochée étant le dieu Mardouk et Esther la déesse Ishtar ! Elle n’a guère été retenue.

- 5. Enfin, le point sur lequel notre livre a de plus en plus réduit au silence ses adversaires, est sa merveilleuse exactitude à propos des institutions et coutumes perses, ainsi que de la vie et des moeurs de la cour (1.5, 10, 14 ; 2.9, 21, 23 ; 3.7, 12-13 ; 4.6, 11 ; 5.4 ; 8.8, etc.). Le luxe déployé, le vin versé à flots selon Esth. 1.7, sont des faits historiquement prouvés, de même que la mention répétée du chiffre 7 si souvent utilisé en Perse. Les résultats des fouilles du palais royal de Suse correspondent aux descriptions d’Esth. dans tous leurs détails. Les historiens gr. ont confirmé la manière de faire d’Esth. 2.14ss, ainsi que l’organisation des courriers porteurs de lettres. D’autre part, les témoignages profanes donnent le même tableau du caractère de Xerxès, égoïste, et facilement influencé par ses femmes et ses favoris. Le récit bibl. lui-même se donne pour historique et cite les annales perses qui relatent les mêmes événements. #Es 2.23 ; 6.1 ; 10.2

- L’ authenticité du livre est confirmée par la litt. antique (Hérod. 7 et 8). Même la décision de massacrer tous les Juifs, mise en doute par cert. critiques, trouve son parallèle dans le massacre des Scythes peu avant Xerxès.

- La plupart des faits ont d’ailleurs été consignés parallèlement dans les annales officielles (2.23 ; 6.1 ; 10.2) qui pouvaient encore être consultées au moment de la rédaction de l’ouvrage. L’auteur avait donc tout intérêt à se tenir à la stricte vérité historique.

- Les Bibles catholiques et la TOB donnent du livre d’Esther, un texte plus long de 6 chap. (107 v.). Elles ajoutent au texte hébr. celui de "l’Esther grec" composé au 2e s. av. J.-C. Ces adjonctions deutérocanoniques (songe et prière de Mardochée, prière d’Esther...) veulent corriger le caractère jugé trop peu relig. du livre. La traduction gr. de la version des LXX ne les contient pas, mais Jérôme les a intégrées à la Vulgate d’où elles ont passé dans les versions catholiques.

- But.

- L’auteur écrit d’abord pour rappeler et pour fixer le souvenir des événements par lesquels le peuple juif a été préservé de l’extermination. Il explique donc à ses compatriotes dispersés dans l’empire perse, comme à ceux qui sont retournés en Palestine, l’origine de la fête des Pourim célébrée les 14 et 15 du mois d’Adar (mars). Ces événements ont été guidés par Dieu ; sa Providence veille sur les croyants, elle dirige la destinée des individus et des empires. Dieu reste fidèle à sa promesse #Ge 12.3 il n’a pas abandonné son peuple dispersé dans les terres d’exil. La parole inspirée à Esaïe : "Toute arme forgée contre toi sera sans effet" (54.17) garde sa valeur, même pour ceux qui ont attiré sur eux le châtiment de la captivité. Israël reste le peuple élu, celui au sein duquel doit naître le Libérateur du monde. Sa survie a donc une importance universelle.

- Haman, l’ennemi des Juifs, est un descendant des Amalécites (3.1) qui furent, depuis l’Exode, les adversaires jurés d’Israël #Ex 17.8-16 ; #De 25.17-19 et le resteront tout au long de son histoire (#1Sa 15 ; 1Ch 4.43), symbolisant toute puissance terrestre opposée au peuple de Dieu. #Nu 24.20 ; 1Sa 15.1-3 ; 28.18

Dans le conflit qui oppose Haman à Mardochée se cristallise l’opposition du prince de ce monde contre le peuple de Dieu : il s’en est fallu de peu qu’il n’ait la victoire. Mais Dieu veillait ; et il reste le Maître de l’histoire. Cette leçon reste valable pour nous.

- L’un des "pourquoi" qui a le plus intrigué les interprètes d’Esther est l’absence du nom de Dieu dans le livre. L’auteur avait-il peur d’indisposer les Perses, adorateurs d’Anuramazda, en mentionnant le nom de Yahvé ? Ou bien pensait-il qu’en intégrant son écrit aux annales officielles les copistes y auraient substitué le nom de leur dieu et voulait-il éviter cette profanation (Ezra) ? Sans doute faut-il y voir des raisons plus profondes. Le peuple de Dieu est en exil, Dieu semble absent. Il a prédit qu’en cas d’infidélité de son peuple, il cacherait sa face. #De 31.18

Cep., sa main est manifeste à travers les événements. C’est lui qui dirige toutes choses. Le verset central (4.14) implique son intervention souveraine. Les coïncidences apparentes (comme 6.2, 4 ; 7.9) sont gouvernées par le "Dieu qui se cache". #Isa 45.15

Le jeûne (4.16) et la prière implicite dans 9.31 n’auraient pas de s. autrement. Et même, d’après le Talmud, ce nom, que seul le grand prêtre prononçait une seule fois par an en murmurant, se trouverait sous forme d’acrostiche aux quatre points cruciaux de l’histoire (1.20 ; 5.4 ; 5.13 ; 7.7).

- Plan.

- Le livre a été regroupé autour de trois fêtes : celle de Xerxès (1-2.8), d’Esther (2.9-7.10) et des Pourim (8-10). On peut aussi le cristalliser autour de deux pôles : les dangers qui menacent les Juifs (1-4) et la délivrance (5-10).

- La première partie se subdiviserait comme suit :

1. Les vices d’Assuérus (1) ;

2. Les vertus d’Esther (2) ;

3. L’attaque contre les Juifs (3) ;

4. Le plan de Mardochée (4) ;

La seconde relate :
1. La victoire de Mardochée sur Haman (5-7) ;
2. La victoire d’Israël sur ses ennemis (8-10) ;

- Parmi les caractéristiques littéraires du livre, on a relevé le procédé de la duplication : beaucoup d’événements vont par deux : rassemblements des femmes (2.8, 19), jeûnes (4.3, 16), consultations de Haman avec sa femme et ses amis (5.14 ; 6.13), deux fois, Esther a caché son identité au roi (2.10, 20), se rend chez lui sans y avoir été mandée (5.2 ; 8.3), Mardochée est investi (6.7-11 ; 8.15), Haman doit se couvrir la face (6.12 ; 7.8), Harbona apparaît (1.10 ; 7.9) ; des listes des décrets, des personnes ou des faits sont mentionnés deux fois : les serviteurs (1.10, 14), les fils de Haman (5.11 ; 9.6-10, 13-14), les édits royaux (3.12-14 ; 8.1-13), l’irrévocabilité des édits perses (1.19 ; 8.8), la colère du roi (2.1 ; 7.10). Le récit se termine par deux jours de vengeance des Juifs et les deux lettres instituant la fête des Pourim (9.20-32).



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