La vie de Jésus

Jésus-Christ (1)

(S., F., J., T.). Notre Seigneur fut appelé Jésus, selon les instructions que l’ange transmit à Joseph #Mt 1.21 et Marie #Lu 1.31

Donné à des enfants quelconques, ce nom pouvait exprimer la foi des parents en Dieu, Sauveur de son peuple, ou aussi leur certitude du salut futur d’Israël. Décerné à l’enfant de Marie, le nom devait révéler les fonctions particulières que remplirait celui qui le portait. "Tu lui donneras le nom de Jésus ; car c’est lui qui sauvera son peuple de ses péchés". #Mt 1.21

Le titre de Christ vient du gr. Christos (oint) trad. de l’aram. mechiHa’, de l’hébr. machiaH (oint, Messie). Jésus était donc le nom personnel de notre Seigneur, et Christ était son titre. Mais ce second nom s’employa de bonne heure comme nom propre également, soit seul, soit avec le nom de Jésus, de même que nous le faisons maintenant. Nous nous proposons d’esquisser les étapes de la vie terrestre de notre Seigneur, pour en présenter les principaux événements dans l’ordre prob. et selon leurs rapports mutuels.

- Chronologie.

- Si l’on ne peut pas préciser absolument les dates de la naissance, du baptême, et de la mort de Jésus, la plupart des savants s’accordent maintenant à les délimiter strictement. Notre calendrier ordinaire a pour auteur Denys le Petit, abbé romain qui mourut avant 550 ap. J.-C. Il choisit l’année de l’incarnation comme point de repère permettant de situer les dates antérieures et postérieures à la venue du Christ ; ayant assimilé l’année 754 de Rome à la date de sa naissance, il put ainsi déterminer l’an 1 de l’ère chrét. Mais les déclarations de Josèphe révèlent qu’Hérode le Grand, qui décéda peu après la naissance de Jésus #Mt 2.19-22 mourut en réalité quelques années avant l’an 754 de Rome. Hérode décéda 37 ans après avoir été proclamé roi par les Romains, proclamation qui eut lieu en 714 de Rome. La date de sa mort est donc 751, ou 750 (nous ne savons pas si Josèphe a, ou n’a pas compté les fractions d’années pour des années entières). La date de 750 paraît plaus., car Josèphe rapporte que, peu avant son décès, Hérode fit mettre à mort 2 rabbins juifs et qu’une éclipse de lune se produisit la nuit de leur exécution. Les calculs astronomiques prouvent qu’en 750 il y eut une éclipse partielle de lune, la nuit du 12 au 13 mars : or, en 751, aucune éclipse ne survint. Josèphe dit aussi qu’ Hérode mourut peu avant la Pâque, laquelle commença le 12 avril 750. Situer le décès d’Hérode vers le 1er avril de l’année 750 de Rome, autrement dit de l’an 4 av. J.-C., c’est donc assigner à cette date une base solide. Les événements rapportés dans les Evangiles entre la naissance de Jésus et la mort d’Hérode, doivent se placer avant cette date, et se répartissent prob. sur 2 ou 3 mois. Il faut donc mettre la naissance de Christ à la fin de l’an 5 av. J.-C. ou au commencement de l’an 4. La célébration de Noël le 25 décembre n’apparaît qu’au IVe s. et il n’y a pas moyen de démontrer que cette date est exacte. On peut cep. l’admettre comme approximativement juste, et fixer la naissance de Christ vers le 25 décembre de l’an 5 av. J.-C. Cette fête se situe ainsi 5 ans plus tôt que dans le calendrier de Dionysius, qui l’a placée au 25 décembre de l’an 1 de l’ère chrét.

- La date à laquelle notre Seigneur commença son ministère public se détermine surtout d’après Lc. 3.23 : "Jésus avait env. 30 ans lorsqu’il commença son ministère." Si Jésus est né le 25 décembre de l’an 5 av. J.-C., il avait 30 ans le 25 décembre de l’an 26 ap. J.-C. et son baptême a pu avoir lieu au début de l’an 27. Dans une certaine mesure, les Juifs ont aussi confirmé cette date en déclarant #Joh 2.20 peu après le baptême de Jésus : "Il a fallu 46 ans pour bâtir ce Temple."

Hérode commença à reconstruire le Temple entre 20 et 19 av. J.-C., nous en avons la preuve. En présumant que les 46 ans étaient déjà écoulés lorsque les Juifs firent cette remarque, nous arrivons de nouveau à l’an 27 ap. J.-C. pour le début du ministère de Jésus. Enfin, si la 15e année de règne de Tibère #Lu 3.1 où Jean-Baptiste commença son ministère, est comptée comme il se doit dès le moment où Tibère fut associé à Auguste dans le gouvernement de l’empire (11 à 12 ap. J.-C.), cette année correspond aussi à l’an 26 ap. J.-C., et à nos autres calculs. Il est vrai que l’on peut avoir des raisons de différer d’opinion sur cert. points de cette argumentation ; toutefois, les dates que nous avons avancées sont les plus probantes, les plus concordantes.

- La durée du ministère de Christ, et par conséquent l’année de sa mort, se déterminent d’après le nombre de fêtes de Pâque que mentionne l’Evangile de Jean. Si nous n’avions que les év. synoptiques (v. Evangile), nous pourrions supposer que le ministère de Jésus ne dura qu’un an ; c’était une opinion assez courante autrefois. Mais l’év. de Jean parle d’au moins 3 célébrations de la Pâque (2.13 ; 6.4 ; 13.1), et il est fort prob. que la fête mentionnée dans Jn. 5.1 était aussi la Pâque. Si c’est le cas, le ministère de Christ a inclus 4 fêtes de Pâque, dont la dernière a coïncidé avec sa mort. Si Jésus a été baptisé au début de 27 ap. J.-C., il eut sa 1re Pâque en avril de cette année-là, et mourut en 30, année où la célébration de la Pâque commença le 7 avril. Certains exégètes, qui pensent que Jn. 5.1 ne se rapporte pas à une Pâque, placent la mort de Christ en l’année 29.

- II. Circonstances politiques des Juifs. Quand Jésus naquit, Hérode le Grand était roi des Juifs. Ce souverain habile, mais cruel, régnait à la fois sur la Samarie, la Galilée et la Judée. Bien que d’origine iduméenne, Hérode professait la religion juive. Antipater, son père, avait été établi gouverneur de Judée par Jules César ; Hérode lui-même, après une carrière mouvementée, avait été proclamé roi des Juifs par les Romains, en 40 av. J.-C. Monarque indépendant à maints égards, Hérode ne régnait toutefois que grâce aux Romains ; il dépendait d’eux, qui étaient effectivement maîtres du monde alors connu. En l’an 4 av. J.-C., à la mort d’Hérode, son royaume fut partagé entre ses fils. Archelaüs reçut la Judée et la Samarie ; Hérode Antipas eut la Galilée et la Pérée ; Hérode Philippe le territoire situé au N.-E. du lac de Galilée. #Lu 3.1

La 10e année de son règne, en 6 ap. J.-C. Archelaüs fut destitué par Auguste. A partir de cette date, des gouverneurs romains, portant le titre de procurateurs, administrèrent la Judée et la Samarie, jusqu’à la destruction de Jérusalem, à l’exception toutefois des années 41-44 durant lesquelles Hérode Agrippa I exerça la souveraineté. #Ac 12.1

Pendant le ministère du Christ, la Galilée et la Pérée, où il passa la majeure partie de son temps, étaient donc soumises à Hérode Antipas #Mt 14.3 ; Mr 6.14 ; Lu 3.1, 19 ; 9.7 ; 13.31 ; 23.8-12 tandis que les Romains gouvernaient directement la Samarie et la Judée par leur procurateur qui, à cette époque-là, était Ponce Pilate. Le joug direct ou indirect des Romains irrita les Juifs au plus haut point. Du vivant du Christ, le pays fut presque sans cesse en état d’effervescence politique. D’un côté, les Romains cherchaient à accorder à la nation autant d’autonomie que possible, de sorte que le sanhédrin (tribunal suprême) exerçait la juridiction dans un très grand nombre de cas. Les conquérants avaient aussi octroyé aux Juifs de nomb. privilèges concernant surtout les pratiques relig. Mais malgré cela, le peuple rongeait son frein sous une domination étrangère qui savait à l’occasion, se faire lourdement sentir ; l’occupant, en effet, ne se proposait nullement de redonner aux Juifs la liberté qu’ils avaient eue à une époque antérieure. Néanmoins l’aristocratie juive, comprenant la plupart des sadducéens, n’était pas hostile aux Romains. Les pharisiens, auxquels se rattachaient les adeptes de la piété la plus rigide, voulaient conserver à tout prix le judaïsme, mais éludaient les complications politiques. Les écrits du temps parlent aussi des hérodiens, qui soutenaient les prétentions de la famille d’Hérode à la couronne. Selon Josèphe, un parti de patriotes se souleva à diverses reprises, mais en vain, pour secouer le joug de Rome. Dans de telles circonstances, tout homme se présentant comme le Messie risquait d’être facilement entraîné dans des conflits politiques. Afin de pouvoir proclamer sur le plan spirituel le véritable Royaume de Dieu, Jésus, nous le verrons, évita, avec soin de se laisser prendre dans un tel engrenage.

- III. Condition relig. des Juifs. Il est évident que les circonstances politiques influèrent beaucoup sur cette condition. Les milieux juifs officiels avaient à peu près oublié les promesses spirituelles de l’A.T. ; avec le peuple en gén., ils attendaient surtout un royaume terrestre qui leur rendrait leur indépendance et leur grandeur. Les Evangiles nous présentent 2 partis dirigeants : Les pharisiens et les sadducéens. Les pharisiens étaient religieux et avaient davantage d’influence sur le peuple que les sadducéens ; mais ils mettaient leur tradition théologique, les cérémonies, et les subtilités de la casuistique, à la place de la Parole de Dieu. Ils avaient souvent transformé la religion de Moïse et des prophètes en un formalisme étroit, stérile, dépourvu de spiritualité. Les pharisiens, cela va sans dire, s’opposèrent à l’enseignement de Jésus, à sa religion spirituelle contraire aux usages, et surtout ils n’admirent point qu’il en appelât à l’Ecriture en face de la tradition. Les sadducéens, eux, étaient les représentants de l’aristocratie. Les familles des grands prêtres se rattachaient à leur parti. Férus de culture païenne, les sadducéens rejetaient les traditions des pharisiens et s’intéressaient davantage à la politique qu’à la religion. Ils finirent par s’opposer à Jésus, car ils craignaient que sa réussite ne dérangeât le statu quo politique. #Joh 11.48

On continuait alors à faire de somptueuses cérémonies dans le Temple de Jérusalem. De grandes foules fréquentaient fidèlement les fêtes relig. La ferveur de la nation, jalouse de ses privilèges relig. et de ses traditions, n’avait jamais été plus grande. De temps en temps, une explosion de patriotisme, mêlé de fanatisme, ravivait les espoirs du peuple. Toutefois, il y avait encore des Israélites qui avaient gardé l’esprit et la foi d’une religion sans compromis. La plupart, mais pas tous, appartenaient aux classes inférieures de la population. L’attente d’un Sauveur, d’un Libérateur du péché, avait subsisté parmi eux. Jésus vint de l’un de ces milieux riches en piété. A l’époque de Christ, le peuple juif était donc encore un peuple relig., connaissant l’A.T., qu’on lisait dans les synagogues et que l’on enseignait aux enfants. La nation manifestait de l’intérêt pour la religion, et s’agitait sur le plan politique. Ces faits expliquent l’effervescence populaire suscitée par les prédications de Jean-Baptiste et de Jésus, l’hostilité que tous deux essuyèrent de la part des classes dirigeantes, les succès de la méthode que Jésus employa en prêchant sa Bonne Nouvelle, le sort tragique qu’il avait dès le début prévu comme inévitable, même sur le plan humain. (Voir Suite.)

Jésus-Christ (2)

- IV. Vie de Jésus.

- 1. Famille, naissance, enfance.

Les circonstances de la naissance de Jésus rapportées par les Ev. concordent avec la grandeur du Christ et avec les prophéties messianiques. Ces circonstances s’harmonisent en même temps avec l’humble apparence que le Sauveur devait avoir sur la terre. Malachie (ch. 3.1 et 3.23, 24) ayant prophétisé qu’un héraut, doué de l’esprit et de la puissance d’Elie, précéderait la venue du Seigneur, Luc nous relate d’abord la naissance de Jean-Baptiste, précurseur du Christ. Zacharie, sacrificateur sincèrement pieux, privé de descendance et très âgé, était occupé dans le Temple à remplir les devoirs de sa charge. Le sort le désigna (d’après la coutume établie parmi les sacrificateurs) pour offrir sur l’autel, dans le lieu saint, l’encens, symbole des prières d’Israël. L’ange Gabriel apparut à Zacharie et lui annonça qu’il serait le père du Précurseur annoncé. Cette apparition eut prob. lieu en l’an 6 av. J.-C. Aussitôt après, Zacharie et Elisabeth, sa femme, regagnèrent leur maison, située dans un village de la contrée montagneuse de Juda. #Lu 1.39-40

Ils attendirent l’accomplissement de la promesse. Six mois plus tard, l’ange apparut à Marie, vierge de la famille de David ; cette habitante de Nazareth était fiancée à un homme appelé Joseph, qui, incontestablement descendait de David, le grand souverain d’Israël. #Mt 1.1-16 ; Lu 1.27

V. Généalogie, Marie 2.

Joseph, Israélite pieux et d’humble condition en dépit de sa noble ascendance, était charpentier de son état. L’ange annonça à Marie que, par la puissance de l’Esprit Saint, elle deviendrait la mère du Messie #Lu 1.28-38 l’enfant, dont le nom devait être Jésus, hériterait le trône de David, son ancêtre. L’ange dit en même temps à Marie qu’ Elisabeth sa parente, était aussi enceinte. Quand l’ange l’eut quittée, Marie se hâta de se rendre chez Elisabeth. Lorsqu’elles se rencontrèrent, l’Esprit de prophétie les saisit. Elisabeth, saluant Marie, l’appela la mère de son Seigneur ; Marie, à l’instar d’Anne autrefois #1Sa 2.1-10 entonna un cantique de louanges, célébrant la libération future d’Israël, et l’honneur qui lui était fait. Au temps où Elisabeth devait enfanter, Marie retourna à Nazareth. Dieu lui-même intervint pour lui épargner toute honte. Joseph, voyant l’état de Marie, voulait rompre secrètement avec elle sans l’accuser publiquement. Mais Dieu l’empêcha d’agir ainsi. Un ange lui révéla en songe pourquoi Marie était enceinte ; il lui dit que l’enfant serait le Messie et qu’il devait naître d’une vierge, comme Esaïe l’avait prophétisé. Joseph le crut, car sa foi était aussi profonde que celle de Marie, qu’il n’abandonna point. L’enfant naquit donc de la vierge Marie, mais légalement il eut en même temps un père humain, dont l’amour et l’honorabilité protégèrent Marie ; c’est cert. elle qui fit connaître ces faits plus tard.

- Ni Christ ni ses autres apôtres ne recourent à la conception miraculeuse pour prouver que Jésus est le Messie. Ce silence ne permet nullement de contester la véracité du récit. Le fait de la naissance miraculeuse ne pouvait pas être facilement allégué en public. Mais ces récits relatifs à la manière dont le Christ s’est incarné s’accordent admirablement avec ce que nous savons de la grandeur du Messie et de sa mission terrestre. Le Messie devait être la fleur parfaite de la spiritualité d’Israël, et Jésus naquit dans une famille pieuse, pratiquant dans sa pureté la religion de l’A.T. Le Messie devait se présenter dans l’abaissement : Jésus vint du foyer d’un charpentier de Nazareth. Il fallait que le Messie fût fils de David : or Joseph son père légal descendait de David, de même, croyons-nous, que Marie, sa mère. Le Messie devant être l’incarnation (v. ce mot) de Dieu, unissait en sa personne le divin et l’humain : Jésus est né d’une femme, ayant été conçu miraculeusement par la puissance de l’Esprit-Saint.

- Luc relate la naissance de Jean-Baptiste et cite le cantique prophétique qui jaillit des lèvres longtemps scellées de Zacharie, son père, à propos du Précurseur (1.57-79). Puis il explique pourquoi c’est à Bethléhem que naquit Jésus (2.1-6).

- Auguste avait ordonné le recensement de tous les sujets de l’empire, et son décret englobait la Palestine, quoiqu’elle fût sous la juridiction d’Hérode. Mais le dénombrement des Juifs se fit évidemment selon la méthode juive : ce ne fut donc pas au lieu de domicile que l’on enregistra chaque chef de famille, mais dans son lieu d’origine. Joseph dut aller à Bethléhem, berceau de la maison de David, et Marie l’accompagna. L’hôtellerie (kan) où les étrangers avaient la permission de s’arrêter, était déjà comble lorsque Joseph et Marie y arrivèrent. Ils ne trouvèrent d’abri que dans une étable, qui était pt-être une grotte à proximité de Bethléhem, comme l’affirme la tradition la plus ancienne. Dans les parages de Bethléhem, de telles grottes servaient souvent d’écuries. Le récit ne dit pas que la grotte en question abritât du bétail ; pt-être était-elle alors inutilisée. Contrairement à ce que nous pensons, loger occasionnellement dans une étable n’offusquait pas les gens de ce pays ; mais le Messie vint au monde en un bien humble endroit. C’est à cela qu’il était destiné, et Marie le coucha dans une crèche. #Lu 2.7

Malgré cet abaissement, sa venue fut solennellement attestée. Des anges apparurent aux bergers qui passaient la nuit dans les champs, près de Bethléhem. Ils leur révélèrent la naissance du Messie, le lieu où était l’enfant, et entonnèrent l’hymne céleste : "Gloire à Dieu dans les cieux très hauts, et paix sur la terre parmi les hommes qu’il agrée" #Lu 2.14

Les bergers se hâtèrent d’aller à Bethléhem, trouvèrent l’enfant, racontèrent ce qu’ils avaient vu et entendu, puis revinrent à leurs troupeaux. Tous ces faits concordaient aussi de manière frappante avec la mission du Messie ; notons cep. qu’ils survinrent dans un milieu de petits paysans, et passèrent inaperçus dans le monde. Joseph et Marie séjournèrent quelque temps à Bethléhem. Le 8e jour, l’enfant fut circoncis #Lu 2.21 et reçut le nom de Jésus, selon l’ordre reçu. 40 jours après sa naissance, Joseph et Marie portèrent l’enfant au Temple, conformément à la Loi. (Lv. 12)

Marie fit ses offrandes de purification et "présenta l’enfant au Seigneur". Cette expr. signif. ceci : tout premier-né israélite devait être racheté au prix de 5 sicles d’argent #Nu 18.15-16

En outre, la mère devait offrir un holocauste en sacrifice d’actions de grâces. Luc fait remarquer que Marie apporta l’offrande des pauvres, "2 tourterelles, ou 2 jeunes pigeons". #Le 12.8

Les circonstances modestes de la famille sont donc à nouveau certifiées. Mais le Messie, malgré son humilité, ne devait pas quitter le Temple incognito. Siméon, vieillard très pieux, se rendit au sanctuaire et, à la vue de l’enfant, fut saisi par l’Esprit. Dieu lui avait promis qu’il ne mourrait pas avant d’avoir vu le Messie. Prenant le nouveau-né dans ses bras, Siméon rendit grâces et prophétisa que sa vie serait glorieuse et tragique. #Lu 2.25-35

Anne, prophétesse âgée qui restait continuellement dans le Temple, témoigna de même que le Christ était venu #Lu 2.36-38

Puis il y eut une attestation plus frappante encore du caractère réel du petit enfant. Peu après l’arrivée de Joseph et de Marie à Bethléhem, des mages d’Orient arrivèrent à Jérusalem, demandant où se trouvait le roi des Juifs nouvellement né. Ces hommes avaient sans doute appris des Juifs, dispersés en Orient, qu’ils attendaient un roi, lequel devait apparaître en Judée et délivrer l’humanité. Dieu leur avait donné comme signe une étoile (v. Etoile 2), apparue à l’E., leur annonçant quelque temps à l’avance #Mt 2.2 la naissance de ce libérateur. La nature divine de l’enfant avait dû leur être aussi révélée, puisqu’ils déclarèrent sans ambages qu’ils venaient "pour l’adorer". Leurs paroles intriguèrent Hérode, qui convoqua les scribes pour leur demander où le Messie devait naître. Apprenant que c’était à Bethléhem, Hérode y envoya les mages, mais leur fit promettre de lui faire savoir s’ils avaient découvert l’enfant. En chemin, les savants virent de nouveau l’étoile, qui s’arrêta sur Bethléhem. Ayant trouvé Jésus, ils lui offrirent de précieux présents : de l’encens, de l’or et de la myrrhe. On a cru voir dans l’encens l’offrande qui convient à Dieu, dans l’or l’image du tribut dû au Roi, et dans la myrrhe la prophétie des souffrances du Messie #Joh 19.39 ; Mt 26.12 ; Lu 24.1

Nous pouvons nous figurer quels sentiments d’effroi et d’admiration Joseph et Marie éprouvèrent à nouveau en recevant ces étranges visiteurs. Leur présence était un signe réitéré de la haute destinée réservée à l’enfant et de l’oeuvre qu’il accomplirait en faveur des nations les plus lointaines. Après cela, Dieu avertit les mages de ne pas retourner auprès d’Hérode : cet homme pervers voulait se servir de leurs renseignements pour faire mourir le nouveau-né. Ils regagnèrent donc leur pays par un autre chemin.

V. Mages.

Un ange prévint Joseph et lui dit d’emmener Marie et l’enfant en Egypte, afin de les soustraire à Hérode. Il était temps ! Ce monarque cruel, dont Josèphe rapporte qu’il n’hésita pas à mettre à mort ses propres fils, envoya des soldats à Bethléhem pour tuer tous les petits garçons de 2 ans et au-dessous. Hérode espérait faire aboutir le dessein que les mages avaient déjoué en partant sans lui dire où se trouvait le nouveau-né. Les bourreaux ne tuèrent pt-être pas un grand nombre d’enfants, car Bethléhem était une petite bourgade ; mais le massacre fut horriblement cruel. Jésus y avait échappé. Nous ne connaissons pas la durée de son séjour en Egypte ; ce ne furent prob. que quelques mois puisque Hérode mourut en l’an 4 av. J.-C. De nomb. Juifs demeuraient dans ce pays, où Joseph trouva facilement asile. Le moment venu, l’ange informa Joseph de la disparition du tyran et lui dit de retourner en Israël. Joseph se proposa d’abord, app., d’élever l’enfant à Bethléhem, la cité de David ; mais, par crainte d’Archélaüs fils d’Hérode, il hésita et, sur un nouvel avertissement de Dieu, il regagna avec les siens Nazareth en Galilée. Quand Jésus commença son ministère public, on l’appela donc le "prophète de Nazareth" ou "le Nazaréen". Tels sont les quelques indices transmis par les Ev. au sujet de la naissance de Jésus. S’ils nous sont précieux, ils ne furent guère remarqués à leur époque. Les quelques personnes que cela concernait oublièrent ces événements ou ne les divulguèrent pas. C’est Marie, sans doute, qui les raconta lors de la fondation de l’Eglise. Matthieu et Luc nous les ont relatés tout à fait indépendamment l’un de l’autre ; Matthieu pour démontrer que Jésus est le Roi, le Messie, en qui s’accomplissent les prophéties ; Luc, pour exposer quelle est l’origine de Jésus et le début de son histoire.

- 2. Enfance et jeunesse.

Après le retour à Nazareth, il ne nous est rien dit de la vie de Jésus, sauf l’incident de la visite au Temple où, âgé de 12 ans, il accompagna ses parents. #Lu 2.41-51

Cet épisode significatif révèle la piété profonde de Joseph et de Marie, qui s’efforcèrent d’élever pieusement l’enfant ; il montre aussi le développement spirituel précoce de Jésus, qui s’intéressait principalement aux problèmes relig. traités par les rabbins juifs dans leurs leçons, au point d’en oublier ses parents pendant 3 jours. Tous étaient frappés de son intelligence, de ses questions et de ses réponses. Ce fragment de Luc illustre aussi l’aspect humain de la vie de Jésus : "Il croissait en sagesse, en stature et en grâce, devant Dieu et devant les hommes" (v. 52). Joseph et Marie ne divulguèrent prob. pas les faits étonnants de sa première enfance. Ni les camarades de Jésus, ni les membres de sa famille ne le considérèrent comme un être surnaturel ; mais il dut leur paraître remarquable par sa vigueur intellectuelle et sa pureté morale.

- En rapprochant d’autres faits que les Ev. mentionnent incidemment, nous pouvons nous représenter quelque peu les circonstances de l’enfance et de la jeunesse de Jésus. Il faisait partie d’une famille et avait 4 frères et des soeurs #Mr 6.3 * etc.

Cert. exégètes ont supposé qu’il s’agissait des enfants d’un 1er mariage de Joseph, d’autres ont prétendu que c’étaient les cousins de Christ. Il nous paraît plus naturel et plus conforme aux données des Ecritures, de croire que c’étaient les enfants de Joseph et Marie, nés après Jésus ; v. Frères du Seigneur, Jacques 3. En tout cas, Jésus a grandi dans une famille, dont il connut les joies et la discipline. Devenu charpentier, comme Joseph #Mr 6.3 il était accoutumé au travail manuel ; en même temps, une cert. formation intellectuelle ne manquait pas dans son milieu. Les enfants juifs recevaient un enseignement scripturaire fort poussé. De toute façon les citations que notre Seigneur tire des Ecritures montrent qu’il les connaissait parfaitement (cf. Jn. 7.15). Ses paraboles le montrent sensible à ce qu’enseigne la nature, et toujours à nouveau ravi de voir la pensée de Dieu révélée dans ses oeuvres. Nazareth se trouvait à la lisière de la partie la plus active du monde juif, non loin des lieux où s’étaient déroulés quelques-uns des événements les plus fameux en Israël. Du haut de la falaise proche de la ville, on apercevait plusieurs de ces endroits historiques. Non loin de Nazareth, s’étendait le lac de Galilée, autour duquel se concentraient en miniature les divers aspects de la vie. C’était comme nous l’avons vu, une période de grande effervescence politique. La rumeur d’événements sensationnels pénétrait souvent dans les foyers juifs. Il n’y a aucune raison de supposer que Jésus ait grandi dans l’isolement ; il fut plutôt, croyons-nous, fort sensible à l’évolution des événements palestiniens. Jésus parlait l’aram., langue qui avait remplacé l’hébr. ancien chez les Juifs de l’époque tardive ; mais il dut entendre souvent le gr., qu’il comprenait pt-être. Les évangélistes passent sous silence toute cette période de sa vie, leurs écrits ne se proposant pas de donner des biographies de Jésus, mais de relater son ministère public. Ce que nous savons nous permet de nous représenter notre Seigneur sous son aspect humain, et nous montre le milieu où il se prépara à sa future activité. Les quelques traits des évangélistes révèlent la beauté de son caractère et le développement graduel de sa nature humaine, tendue vers l’heure où il se présenterait à son peuple comme le Messie envoyé de Dieu. (Voir Suite).

Jésus-Christ (3)

- 3. Le baptême.

Cette heure importante sonna (pt-être en été de l’an 26 ap. J.-C.) lorsque Jean, fils de Zacharie (Lc.1.80) reçut de Dieu la mission d’appeler la nation à la repentance, parce que le Messie allait paraître. Jean quitta le désert où il avait vécu en ascète, et se mit à longer le Jourdain en baptisant de lieu en lieu ceux qui recevaient son message. Il parlait comme les anciens prophètes, Elie en part., sommait le peuple et les individus de se repentir, annonçant la venue prochaine du Messie, dont les jugements purifieraient Israël et la mort expierait les péchés du monde. #Mt 3.1-12 ; Mr 1.1-8 ; Lu 3.1-18 ; Joh 1.19-36

Le ministère de Jean eut une portée immense et profonde. Les gens accouraient pour l’entendre, même de la Galilée. Le sanhédrin lui délégua des pharisiens, pour lui demander de quel droit il s’arrogeait pareille autorité. Les classes dirigeantes ne répondirent pas à l’appel de Jean #Mt 21.25 mais le peuple l’écouta, l’admira et s’émut. La prédication purement relig. de Jean-Baptiste convainquit les âmes vraiment pieuses que le Messie attendu depuis si longtemps allait enfin venir. Quand Jean eut exercé son ministère pendant quelque temps, 6 mois pt-être ou davantage, Jésus parut dans la foule et demanda au prophète de le baptiser. Le prophète comprit, sous l’inspiration de l’Esprit, que Jésus n’avait pas besoin de repentance, et il discerna en lui le Messie. "C’est moi qui ai besoin d’être baptisé par toi, et tu viens à moi !" lui dit-il #Mt 3.14

Assurément, Jésus était d’emblée pleinement conscient d’être le Messie. Sa réponse le prouve : "Laisse faire maintenant, car il est convenable que nous accomplissions ainsi tout ce qui est juste." Le baptême de Jésus signif. qu’il se vouait à l’oeuvre annoncée par Jean, et qu’il se chargeait volontairement des péchés du peuple qu’il venait sauver. -Au sortir de l’eau

#Mr 1.10 ; Joh 1.33-34 Jean vit le ciel s’ouvrir et l’Esprit de Dieu, comme une colombe, descendre et s’arrêter sur Jésus ; une voix fit entendre des cieux ces paroles : "Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui j’ai mis toute mon affection". #Mt 3.17

La puissance de l’Esprit fut donc pleinement conférée à la nature humaine de notre Seigneur, en vue de son ministère (cf. Lc. 4.1, 14). En l’exerçant, il se montra immédiatement vrai homme et vrai Dieu.

- 4. La tentation.

Jésus ne devait pas aborder son ministère avant d’y avoir été suffisamment préparé. Sachant quelle était sa vocation, il suivit l’inspiration de l’Esprit, qui le mena au désert, sans doute pour s’y livrer à la méditation. Satan se présenta alors à lui et chercha à le détourner de son but, à le faire agir par égoïsme et par ambition. Les disciples ont dû apprendre ces faits de Jésus lui-même. Nous n’avons pas à douter de l’intervention personnelle du Tentateur, ni de la réalité de la scène qui nous est décrite #Mt 4.1-11 ; Lu 4.1-13 notons toutefois que la puissance de la tentation résidait dans la subtilité avec laquelle le monde était présenté à Jésus comme bien plus séduisant qu’une vie d’austère obéissance à Dieu, dont sûrement l’issue serait tragique. L’épreuve dura 40 jours ; pleinement consacré à la destinée d’abaissement et de souffrance qu’il savait être la volonté de Dieu pour le Messie, Jésus retourna dans la vallée du Jourdain.

- 5. Vocation des disciples.

Jésus commença son oeuvre sans bruyante proclamation. Jean-Baptiste dirigea quelques-uns de ses propres disciples vers celui qu’il désignait comme l’Agneau de Dieu. #Joh 1.29, 36

Deux d’entre eux, André et prob. Jean, suivirent le nouveau maître (v. 35-42). Simon les rejoignit bientôt (v. 35-42) ; le lendemain, Jésus appela Philippe et Nathanaël (v. 43-51). Ce petit groupe se rendit avec Jésus en Galilée. A Cana, le Maître accomplit son 1er miracle : les disciples y virent les 1ers signes de sa gloire future (2.1-11). Remarquons que Jésus n’entreprit pas de grande manifestation publique. Le nouveau mouvement commença par la foi de quelques Galiléens inconnus. Mais, d’après le récit de Jean, Jésus savait parfaitement bien qui il était et quelle était sa mission. Pour se manifester à Israël comme le Messie, il attendait le moment favorable.

- 6. Début du ministère en Judée.

Cette occasion se présenta aux approches de la Pâque, en avril de l’an
27. De Capernaüm, où il était allé avec sa famille et ses disciples #Joh 2.12

Jésus monta à Jérusalem. Il chassa les trafiquants qui profanaient le Temple. Réprimer les abus et réformer le service divin, c’étaient là des gestes de prophète ; mais les paroles de Christ : "Ne faites pas de la maison de mon père une maison de trafic" prouvent qu’il affirmait être plus qu’un prophète (v. 16). Cette apostrophe équivalait à une sommation publique adressée à Israël, pour l’inviter à le suivre dans son oeuvre de redressement relig. Il savait pourtant que la nation ne le suivrait pas, et qu’il ne constituerait le nouveau peuple de Dieu, l’Eglise de l’avenir, qu’après avoir été rejeté par les Juifs. La prédiction, à peine voilée, de sa mort par leurs mains, prouve combien il s’attendait à cette réjection (v. 19). Lors de l’entretien avec Nicodème, Jésus proclama la nécessité de la nouvelle naissance, et de sa propre passion (3.1-21), qui rendrait accessible aux hommes le Royaume que l’amour de Dieu l’avait envoyé fonder. C’est Jean qui nous raconte les débuts du ministère de Jésus en Judée (2.13 à 4.3), qui durèrent app. 9 mois. Après la Pâque, Jésus quitta Jérusalem et se retira dans la campagne de Judée. La nation se montrant peu disposée à le suivre, il se mit à prêcher la nécessité de la repentance, comme Jean-Baptiste le faisait encore. Pendant un certain temps, tous 2 travaillèrent côte à côte. Jésus ne voulut pas commencer une oeuvre indépendante avant que la mission providentielle de Jean ne fût manifestement achevée. Leur action commune visait au réveil spirituel de la nation. Jésus finissant par attirer davantage de disciples que Jean, il se décida à quitter la Judée, car il ne voulait pas passer pour le rival de Jean (4.1-3).

- 7. Le ministère en Galilée.

En traversant la Samarie, Jésus rencontra près du puits de Jacob, une femme avec laquelle il eut une conversation mémorable. #Joh 4.4-42

Puis il se hâta de gagner le N. du pays. A son arrivée en Galilée, il découvrit que sa renommée l’avait précédé (v. 43-45). Un officier royal vint de Capernaüm à Cana, où séjournait Jésus, et obtint de lui la guérison de son fils (v. 46-54). C’était évidemment en Galilée que Jésus devait travailler, car les champs y blanchissaient déjà pour la moisson (v. 35). Une circonstance tragique indiqua que l’heure était arrivée où, selon la volonté divine, Jésus devait entreprendre sa mission personnelle : on apprit qu’Hérode Antipas avait fait emprisonner Jean-Baptiste. Le ministère du Précurseur était terminé ; il avait appelé les Juifs à la repentance et au réveil, mais en vain. Jésus commença donc immédiatement en Galilée à prêcher le Royaume de Dieu, à exposer les principes fondamentaux de la nouvelle dispensation, et à grouper autour de lui ceux qui constitueraient le noyau de l’Eglise future.

- Le grand ministère galiléen de Jésus dura env. 16 mois. Le Maître prit pour centre Capernaüm, ville commerçante très active. En Galilée, Jésus se trouvait au milieu d’une population essentiellement juive, mais dans une région où les autorités relig. de la nation n’intervenaient guère à cause de la distance. Il se proposait, évidemment, d’annoncer le Royaume spirituel du Seigneur et de révéler au peuple par des oeuvres puissantes quelles étaient à la fois son autorité personnelle et la nature de ce royaume. Jésus demandait que l’on crût en lui. Il révélait le véritable caractère de Dieu et ses exigences à l’égard des hommes. Jésus ne se donna guère le nom de Messie (sauf dans Jn. 4.25-26), car des auditeurs à l’esprit charnel auraient aisément mal interprété ce terme (nous avons vu cep. que le mot Christ en était l’équivalent en gr.). Il s’appela en gén. "Fils de l’homme". Tout d’abord, le Maître ne fit pas allusion à sa mort, car les gens n’étaient pas prêts à en entendre parler. Il leur enseigna les principes de la véritable religion, et les interpréta avec autorité. Ses miracles extraordinaires suscitèrent le plus grand enthousiasme. C’est ainsi qu’il attira l’attention jusqu’à ce que le pays tout entier fût avide de le voir et de l’entendre. Mais, comme il l’avait prévu, les gens furent déçus de ses idées, qu’ils estimèrent en dehors de la réalité. Seul un petit groupe le suivait fidèlement ; et ce furent ces quelques-uns qui propagèrent dans le monde après sa mort, les vérités que le Maître leur avait enseignées.

- Pour l’ordre des événements dans le 1er ministère galiléen, v. l’harmonie des Ev. dans l’art. Evangile. Nous n’en rappellerons ici que les phases principales.

- La 1re étape, coïncidant avec le début de l’oeuvre, se signale par des miracles saisissants, par les exhortations à croire en l’Evangile, et par l’éveil chez les Galiléens d’un intérêt plein d’enthousiasme. Englobant les événements mentionnés dans l’harmonie, cette phase commence lors de la 1re réjection, à Nazareth, et se termine par la fête offerte par Lévi. A la fin de cette période de 4 mois pt-être, Jésus, point de mire de toute la Galilée, était accompagné d’une petite bande de disciples dévoués. Jusque-là, nous ne savons pas grand-chose de son enseignement ; d’après le récit et les miracles significatifs que Jésus accomplit alors (guérisons du démoniaque, Mc. 1.23-27 ; du lépreux, v. 40-45 ; du paralytique, 2.1-12 ; pêche miraculeuse, Lc. 5.1-11) il est évident que le fond de son message correspondait à sa proclamation de Nazareth (4.18-21) : "L’Esprit du Seigneur est sur moi, parce qu’il m’a oint pour annoncer une bonne nouvelle aux pauvres ; il m’a envoyé pour guérir ceux qui ont le coeur brisé, pour proclamer aux captifs la délivrance, et aux aveugles le recouvrement de la vue, pour renvoyer libres les opprimés, pour publier une année de grâce du Seigneur."

- 2e étape du ministère galiléen. Les choses prirent bientôt une autre tournure, car les pharisiens suscitèrent de l’opposition. Jésus se rendit à Jérusalem et y guérit un paralytique le jour du sabbat. #Joh 5.5-10 Les autorités et les rabbins passèrent immédiatement à l’attaque. Il semble cep. que Jésus ait voulu provoquer ce conflit, pour faire ressortir la différence entre l’esprit de son enseignement et celui du judaïsme courant. Dès lors nous voyons en Jésus l’interprète idéal de l’A.T., dont il révèle le s. véritable (ch. 5). Ce faisant, il en appelle expressément à sa propre autorité de Fils de Dieu et de Maître, chargé par Dieu d’instruire les hommes. Dans cette phase se situe outre l’épisode de Jn. 5, la cueillette des épis et la guérison de l’homme à la main sèche. #Mt 12.1-15

V. Evangile.

- Le conflit avec les pharisiens et l’intensité croissante de l’intérêt populaire amenèrent Jésus à organiser le groupe de ses disciples. Ce fut la 3e phase du ministère galiléen. Le Maître désigna 12 apôtres et prononça le Sermon sur la Montagne, description de ce que doivent être le caractère et les actes des véritables membres du Royaume de Dieu. C’est un exposé sublime de la vie relig. authentique, du joyeux acquiescement à la volonté du Père céleste, de la consécration à son service pour le salut du monde, et de la réelle mise en pratique de la Loi ancienne. Cet enseignement nouveau s’opposait absolument au formalisme et à la religion superficielle des pharisiens ; c’était un idéal de confiance en Dieu et de communion avec lui. Jésus ne se proposait nullement d’enseigner par le Sermon sur la Montagne quel est le chemin du salut, ni d’y exposer la totalité de son Evangile. Avant de se présenter comme le Sauveur indispensable, la victime expiatoire qui ôte nos fautes et réclame toute notre foi, Jésus voulait par le Sermon convaincre de péché ses auditeurs : si les exigences de Dieu sont si absolues, tout homme sincère se sent condamné. Une loi aussi spirituelle devient "le pédagogue qui le conduit à Christ". #Ga 3.22-24

D’autre part, le croyant justifié et régénéré par l’Esprit Saint trouvera son bonheur dans l’accomplissement des principes spirituels du Sermon. #Ro 8.2-4

Enfin, ces pages sont la charte du Royaume à venir, la loi d’amour dont l’application parfaite caractérisera le règne glorieux du Messie (cf. Ps. 72.2-4 ; 12-14 ; Es. 11.1-5).

- Au cours de la 4e phase, nous voyons Jésus, accompagné de ses apôtres, faire miracle sur miracle et étendre son influence par de nombreux voyages à travers la basse Galilée. Dans l’harmonie des Ev., cette phase va de la fin du Sermon sur la Montagne à l’époque où Hérode s’enquit du nouveau Maître. Pendant ces mois-là, l’intérêt populaire à l’égard de Jésus s’accrût en proportion de l’hostilité des pharisiens. Cette période est surtout caractérisée par les paraboles, qui sont des chefs-d’oeuvre inégalés dans l’art de l’enseignement. Ces allégories visaient à communiquer la vérité aux esprits réceptifs, tout en évitant de fournir des arguments aux ennemis. L’emploi des paraboles à ce moment-là prouve que le danger augmentait, nécessitant une certaine réserve de la part du Christ. #Mt 13.10-17

Avec une habileté incomparable, il cacha dans ces récits très simples les vérités les plus profondes sur l’origine, le développement, les risques, les destinées du Royaume spirituel qu’il établissait dans le monde. En même temps, une crise se déclarait en Galilée. Le tétrarque Hérode Antipas s’était mis à s’enquérir de Jésus ; celui-ci discerna dans ce fait un signe avertisseur de complications possibles, analogues à celles qui avaient abouti récemment à l’emprisonnement et au meurtre de Jean. Au reste, le peuple avait eu suffisamment d’occasions de prendre position à l’égard de l’enseignement du Maître. Un événement trancha la question : Jésus avait essayé de se retirer momentanément avec les 12, mais la foule le rejoignit en un lieu désert, sur la rive N.-E. du lac de Galilée. Emu de compassion pour ces affamés, Jésus les nourrit miraculeusement, en multipliant 5 pains et 2 poissons. La multitude comptait env. 5000 hommes, outre les femmes et les enfants. Transportés d’enthousiasme, les Galiléens voulurent enlever Jésus pour le faire roi #Joh 6.15 ce qui prouva qu’ils se méprenaient totalement quant au s. de sa mission. Il était temps que Jésus terminât son ministère parmi eux. Dès le début, le Maître avait donné à entendre qu’il était venu pour mourir, que seule sa mort ferait de lui le Sauveur (3.14, 15). Il fallait dès lors préparer ce sacrifice. Le lendemain de la multiplication des pains, Jésus prononça à Capernaüm le discours où il se proclamait le pain de vie et insistait sur la nécessité de manger sa chair et de boire son sang. #Joh 6.22-65

Puis, ayant réfuté quelques interprétations tendancieuses des Pharisiens à propos des pratiques rituelles #Mr 7.1-23 il mit fin à son ministère public de Galilée en quittant la région avec ses disciples.

- Ministère aux confins de la Galilée. (V. l’harmonie des év. dans "Evangile"). Ce ministère dura env. 6 mois. Jésus gagna alors pour l’unique fois en sa vie, le territoire des gentils, c.-à-d. la région de Tyr et Sidon. Ensuite, ayant sans doute passé au S., longé la rive orientale du haut Jourdain et le lac de Galilée, il alla dans la Décapole. Puis il retourna à l’extrême N. de la Galilée, et finit par revenir à Capernaüm. Pendant cette période, Jésus s’efforça surtout de préparer ses disciples à sa mort, et à leur tâche future de répandre l’Evangile parmi tous les peuples. Il ne prononça que peu d’allocutions et s’adressa principalement aux gentils ou aux populations à demi païennes, habitant au S. et à l’E. du lac de Galilée. Enfin, près de Césarée de Philippe, au pied de l’Hermon, Jésus obtint la profession de foi de Pierre et des autres disciples, affirmant qu’il était le Messie. Jésus saisit l’occasion de leur annoncer clairement l’imminence de sa mort et de sa résurrection, affirmant qu’il fallait que chacun de ses disciples fût disposé à porter aussi sa propre croix. #Mr 8.27-38

Peu après cet entretien se produisit la transfiguration où 3 des apôtres contemplèrent la gloire du Christ. Il semble que, lors de cette scène, Jésus se voua définitivement, en une sublime élévation d’esprit, à l’immolation que la Loi et les prophètes avaient annoncée et que Moïse et Elie lui rappelèrent. #Mr 9.2-13 ; Mt 17.1-8 ; Lu 9.28-36

Il répéta ensuite à ses disciples la prédiction de sa mort prochaine. De retour à Capernaüm, il continua à leur enseigner (Mt. 18) que le service de Dieu implique l’humilité, le sacrifice de soi-même, et l’amour. Sa propre immolation devait en être l’exemple permanent. C’était prob. en l’an 29, au début de l’automne. Quittant définitivement Capernaüm, Jésus "prit résolument le chemin de Jérusalem". #Lu 9.51 (Voir Suite).

Jésus-Christ (4)

- 8. Voyages en direction de Jérusalem, et ministère en Pérée. Il est impossible d’établir exactement la succession des déplacements du Seigneur, car le récit de Luc, principale source de renseignements pour cette période, ne suit pas un ordre chronol. précis.

- Mais les faits essentiels sont bien connus. Jésus cherche désormais à attirer l’attention du pays tout entier, y compris de la Judée ; il envoie 70 disciples annoncer sa venue ; il se rend à Jérusalem pendant la fête des Tabernacles (Jn. 7) puis, de nouveau, lors de la fête de la Dédicace (10.22-23). En ces 2 occasions, il se présente au peuple à maintes reprises. Il déclare être la Lumière du monde, le Bon Berger du troupeau de Dieu, et combat avec audace les chefs qui s’opposent à son enseignement. Il parcourt aussi la Judée et la Pérée, expliquant au peuple, de façon plus belle et plus concrète que jamais, en quoi consiste la vie spirituelle authentique, et quelle conception nous devons avoir de Dieu et de son service. Ici, se placent les paraboles du bon Samaritain #Lu 10.25-37 des conviés au festin de noces (Lc. 14), de la brebis égarée, de la drachme perdue, de l’enfant prodigue (Lc. 15) de l’économe infidèle, de Lazare et du mauvais riche (Lc. 16) de la veuve importunant le juge inique, du pharisien et du péager. #Lu 18.1-14

Tandis que s’intensifie l’hostilité furieuse des chefs, le Maître proclame l’Evangile de manière toujours plus complète. Un fait imprévu porte l’agitation à son paroxysme. Jésus apprend que son ami Lazare de Béthanie est très malade. Lorsque le Maître arrive auprès de lui, il y a déjà 4 jours que Lazare est mort. Jésus le ressuscite, miracle surpassant tous ceux qu’il a accomplis auparavant. #Joh 11.1-46

Cet événement prodigieux, qui se produisit tout près de Jérusalem, bouleversa la capitale. A l’instigation de Caïphe, souv. sacrificateur cette année-là, le sanhédrin estima que seule la mort du perturbateur pourrait anéantir son influence (v. 47-53). Jésus se retira alors tout de suite (v. 54) ; il avait décidé, évidemment, de ne pas mourir avant la Pâque. Comme la date de la fête approchait, il se remit en route pour Jérusalem, traversa la Pérée #Mt 19.1 ; 20.17, 29 ; Mr 10.1 (Lu 18.31 à 19.28) enseignant, et prédisant de nouveau l’imminence de sa mort et de sa résurrection ; il atteignit Béthanie 6 jours avant la Pâque. #Joh 12.1

- 9. La dernière semaine.

A Béthanie, Marie, soeur de Lazare, oignit la tête et les pieds de Jésus, pendant le souper. Le Maître vit dans ce geste le signe prophétique de son prochain ensevelissement. Le jour suivant il fit à Jérusalem une entrée triomphale, monté sur un ânon. Ce faisant, il provoquait la colère des chefs, se présentait publiquement comme le Messie, et concrétisait le caractère pacifique du Royaume qu’il était venu fonder. Le lendemain, en retournant en ville, il maudit un figuier qui était dépourvu de fruits, bien que d’aspect florissant : symbole frappant du judaïsme présomptueux, mais stérile. Puis comme 3 ans auparavant, il chassa du Temple les trafiquants qui profanaient les parvis : le geste de Jésus était un nouvel appel à la nation israélite, sommée de se purifier. #Mr 11.15-17

Malgré la multitude des pèlerins qui l’avaient acclamé comme le Messie, lors de son entrée triomphale, et continuaient à se presser au tour de lui, les chefs maintinrent résolument leur attitude hostile. Le jour suivant (mardi), Jésus était de nouveau dans la cité. Quand il arriva au Temple, des délégués du sanhédrin lui demandèrent en vertu de quelle autorité il agissait. Sachant qu’ils avaient déjà résolu sa mort, le Maître refusa de leur répondre, mais prononça les paraboles des 2 fils, des méchants vignerons et des noces du fils du roi (Mt 21.23 à 22.14) ces allégories décrivent la désobéissance des chefs aux commandements divins, leur galvaudage du dépôt sacré confié à la nation, la catastrophe qui frappera bientôt leur communauté et leur ville. On s’efforça de lui tendre des pièges pour découvrir dans ses paroles un motif d’accusation ou de dénigrement. Les pharisiens et les hérodiens voulurent qu’il dise s’il était légal de payer l’impôt à César. Les sadducéens l’interrogèrent à propos de la résurrection. Un docteur de la Loi s’enquit du plus grand commandement. Les ayant tour à tour réduits au silence, Jésus les déconcerta en leur demandant le s. des paroles de David s’adressant au Messie comme à son Seigneur. En effet, le Ps. 110 implique clairement que Jésus ne blasphémait pas en se disant Fils de Dieu et égal à Dieu. Tout ce jour-là, le conflit fit rage, et Jésus stigmatisa les dirigeants indignes #Mt 23.1-39

La démarche de certains Grecs désireux de le voir lui parut présager que les Juifs le regretteraient, que les païens le suivraient, et que sa fin était imminente. #Joh 12.20-50

En quittant le Temple, il annonça tristement à ses disciples l’anéantissement prochain de ce magnifique édifice ; puis, dans un entretien avec 4 des siens, il parla plus en détail de la destruction de Jérusalem, de la diffusion de l’Evangile, des souffrances futures de ses disciples et de sa seconde venue. (Mc. 13) Cette déclaration prouve qu’au milieu de l’hostilité déchaînée, Jésus avait gardé sa vision parfaitement claire ; il allait au devant de la tragédie en sachant qu’elle le mènerait finalement à la victoire.

- Le plan de l’attentat fut prob. dressé cette nuit-là. Judas, l’un des 12, s’était sans doute détaché depuis longtemps de l’idéal spirituel du Maître. L’Iscariot s’affligeait de ce que Christ ne voulût point établir un royaume terrestre. Jean dit de Judas qu’il était cupide. Au cours du souper de Béthanie, l’avare se rendit enfin compte de son antipathie irréductible à l’égard de Jésus. Enrageant de constater la faillite de ses espoirs, il décida de livrer le Maître aux chefs. Sa trahison changea leurs plans. Les adversaires avaient résolu d’attendre que la Pâque fût terminée et que les foules fussent dispersées. Ne sachant de quoi inculper Jésus, ils accueillirent avec soulagement la proposition de Judas. Il semble que le lendemain, qui était le mercredi, Jésus s’isola, sans doute à Béthanie. Le jeudi après-midi, on devait tuer les agneaux pour la Pâque ; le souper commémoratif, auquel devaient participer tous les Israélites pieux, se célébrait après le coucher du soleil. C’était le début de la fête des pains sans levain, laquelle durait 7 jours. Ce jour-là, Jésus envoya Pierre et Jean préparer la Pâque en ville, pour les 12 et pour lui. Il leur dit assurément de se rendre dans la maison d’un disciple ou d’un ami. #Mt 26.18

En leur enjoignant de suivre, à l’entrée de la ville, un homme portant une cruche d’eau, Jésus parvint à garder secret le lieu du repas, évidemment pour empêcher Judas de le révéler aux chefs, ce qui aurait pu interrompre l’ultime et précieux entretien avec les apôtres. Le jeudi soir, Jésus célébra avec les siens le souper pascal. Pour l’ordre des événements de cette soirée, v. l’harmonie, dans l’art. Evangile. Selon certains exégètes, qui se fondent sur l’Ev. de Jean (13.1, 29 ; 18.28 ; 19.31), Jésus aurait été crucifié le 14 Nisan, jour de la mise à mort de l’agneau pascal, et il n’aurait pas mangé la Pâque au moment habituel, mais un jour plus tôt. Cette opinion s’accorde difficilement avec ce que disent Matthieu (26.17-19), Marc (14.12-16) et Luc (22.7-13, 15). Les expressions qu’emploie Jean dans les passages en question peuvent s’expliquer par l’hypothèse que nous exposons ci-dessous.

- [Note : Jn. 13.1 ne signif. pas que tous les faits du ch. 13 soient survenus "avant la fête de la Pâque" ; cette phrase sert d’introduction, montrant l’esprit d’amour qui animait Jésus au début de cette Pâque tragique. Le v. 29 du ch. 13 : "Achète ce dont nous avons besoin pour la fête," a pt-être trait aux achats nécessaires pour le lendemain, jour où le peuple présentait ses offrandes volontaires. Jn. 18.28 : "afin... de pouvoir manger la Pâque" peut signif. simplement "observer le rituel pascal". Dans 19.31 le mot "préparation" n’implique pas la préparation de la Pâque, mais celle du sabbat.]

- Selon toute probabilité, Judas se retira avant l’institution de la sainte cène et Jésus prédit 2 fois la chute de Pierre ; il l’annonça d’abord dans la chambre haute, puis à nouveau sur le chemin de Gethsémané. L’Ev. de Jean ne rapporte pas l’institution de la cène, mais les derniers entretiens avec les apôtres. Jésus les prépara à sa mort, et leur révéla que, grâce à l’oeuvre de l’Esprit Saint, leur communion spirituelle serait maintenue et rendue fructueuse. #Joh 14-16

Jean nous rapporte aussi la sublime prière sacerdotale (ch. 17). Sur le chemin de Gethsémané, Jésus avertit les disciples qu’ils allaient être dispersés, et il leur fixa un rendez-vous après sa résurrection, en Galilée. L’agonie du jardin marqua l’abandon total et définitif de sa personne pour le sacrifice suprême. Judas survint tout à coup, accompagné de la cohorte, détachée de la garnison logeant à proximité du Temple, sous prétexte qu’il fallait arrêter un dangereux révolutionnaire #Joh 18.3, 12

Il y avait avec ces hommes quelques Lévites de la garde et des serviteurs des principaux sacrificateurs. Judas savait que Jésus avait l’habitude de fréquenter Gethsémané. Cert. exégètes supposent que le traître se rendit d’abord dans la chambre haute, et que, n’y trouvant pas Jésus, il alla au pied du mont des Oliviers, où s’étendait le jardin. Après quelques brèves paroles de protestation, Jésus se laissa arrêter ; les disciples s’enfuirent.

- Les gardes le menèrent d’abord devant Anne #Joh 18.13 beau-père de Caïphe. Jésus subit un interrogatoire préliminaire de la part d’Anne, tandis que l’on convoquait le sanhédrin (v. 13-14, 19-24). Il est possible qu’Anne et Caïphe aient occupé la même demeure, car le récit dit que les reniements de Pierre furent proférés dans la cour du palais, pendant qu’avaient lieu les interrogatoires devant Anne, puis devant Caïphe. Jésus refusa d’abord de répondre aux questions et demanda la comparution des témoins à charge. Anne l’envoya lié à la résidence de Caïphe, où le sanhédrin s’était réuni en toute hâte. Les dépositions concernant le blasphème, crime que l’on cherchait à lui imputer, étaient contradictoires. Aucune preuve ne put être avancée. Finalement, le grand prêtre adjura solennellement l’accusé de dire s’il était le Messie. Jésus l’affirma, de la façon la plus nette. Le tribunal, furieux, le condamna à mort pour blasphème. Les juges, abandonnant le condamné à d’ignobles moqueries, révélèrent par là dans quel esprit inique ils avaient prononcé la sentence. #Mr 14.53-65

Mais la Loi exigeait que le sanhédrin promulguât de jour ses décrets. Le tribunal siégea donc de nouveau, le matin très tôt, et refit la même procédure. #Lu 22.66-71

Comme les Juifs n’avaient pas le droit d’exécuter un criminel sans l’assentiment du procurateur romain, le sanhédrin s’empressa d’envoyer Jésus à Pilate. La hâte éhontée de toute cette procédure prouve que le tribunal craignait l’intervention du peuple, susceptible d’empêcher l’exécution. Pilate résidait prob. dans le palais d’Hérode, sur la colline de Sion, pas très loin de la maison du grand prêtre. Encore de bonne heure, les membres du sanhédrin se rendirent au prétoire pour exiger que le procurateur vînt entendre leur requête. Les Juifs voulaient que Pilate leur permît d’exécuter le condamné, sans qu’il le jugeât, mais le Romain s’y refusa #Joh 18.29-32

Ils accusèrent alors Jésus en disant "qu’il soulevait la nation et empêchait de payer le tribut à César, se disant lui-même Christ, Roi". #Lu 23.2

Quand Jésus eut admis sa royauté devant le procurateur #Lu 23.3 celui-ci l’interrogea en part. #Joh 18.33-38 et découvrit rapidement le caractère non politique et inoffensif de ses prétentions. Pilate déclara que Jésus était innocent, et qu’il voulait le libérer. Mais en réalité, le procurateur n’osait pas s’opposer à ses administrés intraitables. Lorsqu’ils lui demandèrent, avec acharnement, la crucifixion de Jésus, Pilate eut recours à de misérables expédients, pour dégager sa responsabilité. Apprenant que Jésus était Galiléen, il l’envoya à Hérode Antipas #Lu 23.7-11 qui se trouvait alors à Jérusalem, mais Hérode refusa de le juger. Cep., la foule ne cessait d’augmenter. La coutume étant que l’on relâchât un prisonnier à la fête de la Pâque, le gouverneur demanda à la foule lequel il fallait libérer. Il espérait, évidemment, que la popularité de Jésus le ferait échapper aux chefs des prêtres. Mais ceux-ci persuadèrent la populace de demander Barabbas. Le message de la femme de Pilate attestant l’innocence du Galiléen augmenta encore son désir de le sauver. Malgré ses interventions répétées en faveur de Jésus, la foule se montra implacable et avide de sang. Le procurateur, effrayé, n’eut pas le courage d’agir selon sa conviction personnelle et se laissa arracher l’arrêt d’exécution. Tandis que, dans la cour intérieure du palais, Jésus subissait le supplice de la flagellation, qui précédait toujours la mise en croix, Pilate était perplexe. En leur présentant le supplicié sanglant et couronné d’épines, il chercha de nouveau à satisfaire les Juifs, qui enhardis par ce qu’ils avaient déjà obtenu, s’écrièrent : "Il doit mourir, parce qu’il s’est fait Fils de Dieu". #Joh 19.1-7

Cette parole redoubla la crainte superstitieuse de Pilate. Une fois encore, il interrogea Jésus en privé et chercha de nouveau à le délivrer (v. 8-12a). Les Juifs, connaissant l’ambition politique du gouverneur, l’accusèrent de soutenir un rival de l’empereur et d’être déloyal à César. Cette calomnie l’emporta sur les hésitations de Pilate. Il eut la sombre joie d’entendre les Juifs proclamer leur entière soumission à Tibère (v. 12b-15), et il livra le Nazaréen à ses ennemis. Bien qu’innocent, Jésus avait donc été condamné, et sans procédure légale. Sa mort fut vraiment un assassinat juridique (v. Procès de Jésus). 4 soldats l’exécutèrent (Jn. 19.23) sous la surveillance d’un centurion. 2 brigands furent menés au supplice en même temps que Jésus. D’ordinaire, les condamnés portaient eux-mêmes les 2 pièces de leur croix, ou seulement la partie transversale. Au début, Jésus porta, semble-t-il, la croix entière #Joh 19.17 puis on contraignit Simon de Cyrène à s’en charger #Mt 27.32 ; Mr 15.21 ; Lu 23.26

Le lieu de crucifixion se trouvait hors des remparts, à peu de distance de la ville. V. Calvaire. Le condamné était d’habitude cloué à terre sur les poutres, puis on plantait la croix dans le trou creusé à l’avance. Le crime du coupable était indiqué sur une tablette, fixée au-dessus de la tête. Pour Jésus, l’inscription était en hébr. (aram.), en gr. et en lat. C’est Jean qui la donne sous sa forme la plus longue : "Jésus de Nazareth, roi des Juifs" (19.19). Marc relate que "c’était environ la 3e heure" #Mr 15.25 c.-à-d. 9 heures du matin. Si nous nous souvenons que le sanhédrin l’avait fait comparaître au point du jour #Lu 22.66 il est poss. que la mise en croix ait eu lieu vers 9 heures, ce qui concorde avec la hâte des Juifs dès le début du drame.

- En rapport avec la crucifixion, les Ev. rapportent des épisodes dans le détail desquels nous ne pouvons entrer. Cert. suppliciés restaient vivants plusieurs jours sur la croix, mais le corps déjà épuisé de Jésus n’endura pas une si longue agonie. A la 9e heure (donc à 3 h. de l’après-midi) après que le pays eut été plongé durant 3 heures dans l’obscurité, le Christ expira en poussant un grand cri. Les paroles prononcées du haut de la croix prouvent qu’il fut conscient jusqu’à la fin, et qu’il savait parfaitement la signif. de tout ce qui arrivait. Un très petit nombre de personnes assista à ses derniers instants. La foule, qui avait d’abord suivi le cortège, était rentrée en ville. Les prêtres sarcastiques s’étaient aussi retirés. Quelques disciples et les soldats sont les seuls dont les Ev. attestent la présence jusqu’à la fin. Les dirigeants ne furent donc pas informés de la mort du Christ. Pour que les corps ne restent pas suspendus aux croix pendant le sabbat, les Juifs demandèrent à Pilate qu’on rompît les jambes des suppliciés. Mais quand les soldats s’approchèrent de Jésus pour le faire, ils s’aperçurent qu’il avait déjà expiré. Voulant s’en assurer, l’un des soldats lui perça le côté avec sa lance. Jean, qui était présent, vit du sang et de l’eau sortir de la blessure. #Joh 19.34-35

La mort de Jésus paraît avoir été provoquée par la rupture du coeur. Joseph d’Arimathée, disciple secret malgré sa condition d’homme riche et de membre du sanhédrin, n’avait pas acquiescé à la condamnation du Maître. #Lu 23.51

Il réclama le corps de Jésus. Accompagné de quelques personnes, Joseph s’en fut le déposer en un tombeau neuf qu’il s’était fait tailler dans le roc de son jardin. (Voir Suite).

Jésus-Christ (5)

- 10. Résurrection et Ascension.

Il est cert. que l’arrestation et la fin soudaines de leur Seigneur déconcertèrent et accablèrent ses disciples. Les Ev. mentionnent qu’au moins en 3 occasions solennelles il leur avait prédit sa mort et sa résurrection le 3e jour ; malgré cela, les disciples étaient trop écrasés par leur chagrin pour garder aucun espoir. Ceux qui ont connu l’abattement et l’amertume d’une totale désolation, ne s’étonnent point du comportement des disciples ni ne doutent du récit évangélique. Les Ev. ne prétendent pas donner une relation complète des faits, ni un catalogue de preuves de la résurrection. Ils en attestent la réalité par le témoignage des apôtres, auxquels Christ apparut tant de fois. #1Co 15.3-8

Les Ev. ont retenu les faits présentant un intérêt intrinsèque ou susceptibles d’édifier les croyants.

- L’ordre des apparitions du Ressuscité fut prob. le suivant : De grand matin, le 1er jour de la semaine, 2 groupes de ferventes Galiléennes allèrent au tombeau pour y oindre le corps de Jésus, en vue de son ensevelissement définitif. Les 1res étaient Marie de Magdala, Marie mère de Jacques, et Salomé. #Mr 16.1

Jeanne et d’autres femmes anonymes se trouvaient sans doute dans le 2e groupe ; le passage de Lc. 24.10 mentionne le récit fait par toutes les femmes à la fois.

- Le 1re groupe vit la pierre roulée loin du sépulcre ; Marie de Magdala pensa que le corps avait été enlevé et courut le dire à Pierre et à Jean #Joh 20.1, 2

En entrant dans le sépulcre, les autres femmes virent un ange qui leur annonça la résurrection de Jésus et les chargea d’en porter la nouvelle aux disciples. #Mt 28.1-7 ; Mr 16.1-7

Nous présumons qu’en se hâtant d’aller les rejoindre, elles rencontrèrent l’autre groupe de femmes et revinrent avec celles-ci au tombeau, où 2 anges leur répétèrent solennellement que Jésus n’était plus parmi les morts, mais parmi les vivants. #Lu 24.1-8

Quittant le sépulcre, elles coururent vers Jérusalem pour y annoncer ces nouvelles. En chemin, Jésus lui-même se présenta à ces femmes. #Mt 28.9, 10

Pendant ce temps, Marie de Magdala avait informé Pierre et Jean que le tombeau était vide ; les 2 disciples s’y précipitèrent et le trouvèrent tel. #Joh 20.3-10

Marie de Magdala les avait suivis. Ils quittèrent le jardin, mais elle y resta et Jésus lui apparut à elle aussi (v. 11-18). Finalement, toutes les femmes rejoignirent les disciples et leur rapportèrent la merveilleuse nouvelle. Mais la foi des disciples en la résurrection de Jésus ne devait pas se fonder seulement sur le témoignage de ces femmes. En ce 1er jour de la semaine, le Seigneur apparut à Simon Pierre #Lu 24.34 ; 1Co 15.5 puis à 2 disciples se rendant au village d’Emmaüs #Lu 24.13-35 le même soir, Jésus se présenta aux apôtres, en l’absence de Thomas #Lu 24.36-43 ; Joh 20.19-24

Cette fois, il mangea devant eux, pour leur prouver la réalité de sa résurrection corporelle. Les disciples restèrent encore à Jérusalem, tandis que Thomas persistait à ne pas croire. Le dimanche suivant, Jésus leur apparut de nouveau et donna la preuve de sa résurrection à l’apôtre incrédule. #Joh 20.24-29

C’est alors, semble-t-il, que les apôtres se rendirent en Galilée. L’Ev. parle de 7 d’entre eux qui pêchaient dans la mer de Tibériade, lorsque le Seigneur leur apparut. (Jn. 21) Il leur avait aussi donné rendez-vous sur une montagne de Galilée ; c’est là qu’il leur confia leur grande mission, leur promit sa puissance et les assura de sa présence perpétuelle #Mt 28.16-20

Les 500 disciples dont parle 1Cor. 15.6 assistèrent très prob. à cette solennelle délégation d’autorité. Plus tard, le Seigneur apparut aussi à Jacques (v. 7), mais nous ne savons pas où. Enfin, Jésus ramena les apôtres à Jérusalem, et les conduisit sur le mont des Oliviers à un endroit d’où l’on apercevait Béthanie #Lu 24.50, 51 de là, il fut enlevé au ciel et une nuée le déroba à leurs yeux. #Ac 1.9-12

Le N.T. mentionne donc 10 apparitions du Sauveur ressuscité, auxquelles Paul ajoute celle qu’il eut sur le chemin de Damas (1Cor. 15.8). Mais d’autres apparitions sans doute n’ont pas été rapportées. Selon Act. 1.3, "après qu’il eut souffert, il leur apparut vivant, et leur en donna plusieurs preuves, se montrant à eux pendant 40 jours". Cep., il n’était plus constamment en contact avec ses disciples comme auparavant ; il se manifestait à eux en cert. occasions. #Joh 21.1

Les 40 jours entre la résurrection et l’ascension furent une période de transition, destinée à former les disciples en vue de leur ministère futur. Il fallait que Jésus démontrât clairement, à maintes reprises et de diverses manières, qu’il était bien ressuscité. Ces preuves, il les a amplement données, nous venons de le constater. Le Seigneur devait compléter son enseignement sur la nécessité de sa mort et le caractère de l’Eglise qu’il allait établir grâce à leur ministère. Il devait aussi montrer aux disciples combien son oeuvre accomplissait les Ecritures ; c’était le seul moyen de leur faire comprendre que la nouvelle dispensation était la continuation même de l’ancienne. Avant la mort de Jésus, les siens n’étaient pas prêts à recevoir un tel enseignement ; il leur fut donné durant ces 40 jours, ainsi que les textes le mentionnent plusieurs fois #Lu 24.44-48 ; Joh 20.21-23 ; Ac 1.3-8

Enfin, les expériences de ces quelques semaines habituèrent les disciples à penser que leur Maître absent était pourtant vivant, et très proche d’eux, bien qu’invisible ; qu’il était parvenu à une vie nouvelle et avait un corps rappelant celui qu’ils avaient aimé et qui cep., était désormais glorifié. Malgré son élévation, les siens le reconnurent et furent dès lors prêts à proclamer partout la divinité du Fils unique, véritable Roi d’Israël, mais aussi Homme de Nazareth et Agneau de Dieu qui ôte le péché du monde.

- Sur ces entrefaites, les Juifs déclarèrent que les disciples avaient enlevé le cadavre. Le jour de la crucifixion les chefs avaient demandé à Pilate de faire garder le tombeau par des soldats, de peur que l’on ne dérobât le corps. Quand la résurrection se produisit, accompagnée de la descente d’un ange qui roula la pierre du sépulcre #Mt 28.1-7 les gardes furent terrifiés, puis ils s’enfuirent. Païens et superstitieux, ils ne furent sans doute guère plus touchés par ce qu’ils avaient vu que ne le sont d’ordinaire des gens ignorants qui pensent apercevoir des fantômes. Les chefs des Juifs affectèrent de croire à une supercherie de la part des disciples, et expliquèrent de cette façon l’assertion des soldats, qu’ils soudoyèrent pour les réduire au silence sur la résurrection de Jésus. Ainsi se répandit le bruit que le corps avait été soustrait pendant le sommeil de la garde. #Mt 28.11-15

Le jour de la Pentecôte, les apôtres commencèrent à témoigner de la résurrection de Jésus ; le nombre des croyants augmenta rapidement. (Act.
2) Les chefs des prêtres s’efforcèrent alors, non par des arguments, mais par la violence, de faire taire ce témoignage et d’écraser la secte naissante #Ac 4.1-31

Pourtant, 2 faits demeurent partic. inébranlables.

1. Jamais personne ne fut capable de produire le cadavre de Jésus. Les Juifs y auraient eu le plus grand avantage, car ils auraient ainsi fermé définitivement la bouche des disciples. Si les chrét. d’autre part avaient été en possession du corps, ils n’auraient pu s’empêcher de l’embaumer, et de l’entourer d’un véritable culte. Rien de pareil ne s’est produit.

2. Si les disciples avaient faussement affirmé la résurrection de leur Maître, ils n’auraient jamais été par milliers jusqu’au martyre pour soutenir une consciente imposture. L’Eglise primitive a été totalement convaincue du fait de la résurrection. Toute la transformation des apôtres et le dynamisme inouï des premiers chrét. ne peut s’expliquer psychologiquement-et spirituellement-que de cette manière.

- Cet article n’a pas cherché à exposer l’enseignement de Jésus, mais à présenter le cadre extérieur et l’esquisse historique de son existence terrestre. Les Ev. nous révèlent graduellement la physionomie de Jésus, et son message. Cette révélation même constitue l’une des preuves les plus solides de la véracité des récits qui sont à la base de notre information. Par son humanité, Christ se situe sur le plan historique, et dans un milieu particulier. Sa vie se déroule tout naturellement, sans arrêt, jusqu’à un but précis. Cette existence authentiquement humaine appartient à l’histoire, mais Jésus déclare clairement qu’il est plus qu’un homme (cf. p. ex. Mt. 11.27 ; Jn. 5.17-38 ; 10.30 ; 17.5, etc.) ; il s’est révélé peu à peu à ses disciples, qui furent frappés de sa dignité souveraine. #Mt 16.16 ; Joh 20.28

Puis, à la clarté de l’Esprit, la réflexion et l’expérience leur dévoilèrent toujours plus sa divinité. Celui des apôtres qui survécut le dernier devint le 4e Evangéliste. Retraçant la carrière terrestre de son Seigneur, il le présenta comme l’incarnation de celui qui est la Parole de Dieu. Mais Jean n’a jamais négligé ni dissimulé l’aspect humain de Jésus. Il nous fait, de ce Maître incomparable, un portrait parfaitement exact. "Au commencement était la Parole, et la Parole était avec Dieu, et la Parole était Dieu". #Joh 1.1

"La Parole a été faite chair et elle a habité parmi nous, pleine de grâce et de vérité ; et nous avons contemplé sa gloire, une gloire comme la gloire du Fils unique venu du Père" (v. 14).

- "Ces choses ont été écrites, afin que vous croyiez que Jésus est le Christ, le Fils de Dieu, et qu’en croyant vous ayez la vie en son nom" #Joh 20.31



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