Jude

Jude (Epître de)

- "Une fois pour toutes," le Christ a paru pour abolir le péché par son sacrifice #Heb 9.26 et "il est entré dans le lieu très saint, ayant obtenu une rédemption éternelle". #Heb 9.12

"Une fois pour toutes, il a souffert pour les péchés". #1Pe 3.18

"Nous sommes sanctifiés par l’offrande du corps de Jésus-Christ une fois pour toutes". #Heb 10.10

Tel est le contenu essentiel de la foi qui, elle aussi, "a été transmise aux saints une fois pour toutes". (Jd. 3)

- Mais cette foi a été, depuis le commencement, l’objet d’attaques de la part de ceux qui veulent bien de la grâce de Dieu, mais refusent les renoncements auxquels elle conduit #Tit 2.12 ils la "changent en dérèglement". (Jd. 4)

- En voyant les progrès de ces fauteurs de désordres et de divisions (v. 19), Jude se sent obligé d’exhorter les chrét. qu’il connaît à rester fermement attachés à leur "très sainte foi" (v. 20) et à combattre pour elle (v. 3).

- Cette petite lettre, l’une des plus courtes du N. T., présente plusieurs singularités : les trois-quarts de son contenu se retrouvent dans la deuxième ép. de Pierre, ce contenu est essentiellement nég., dirigé contre de faux docteurs, elle est écrite par un auteur qui devait jouir d’une assez grande autorité dans l’Eglise primitive, mais dont le N. T. ne nous rapporte rien de plus que le nom : Jude.

- Auteur.

- Le nom de Jude est courant, le N. T. en mentionne plusieurs #Ac 15.22-34

Deux seulement peuvent être considérés comme auteurs éventuels de cette ép. : un frère de Jésus et de Jacques, de José et de Simon #Mt 13.55 ; Mr 6.3 et Jude l’apôtre, fils de Jacques #Lu 6.15-16 ; Ac 1.13 appelé aussi Thaddée #Mr 3.18 ; Mt 10.3 "non pas l’Iscariot" #Joh 14.22.

Mais l’auteur de l’ép. ne se présente pas comme faisant partie des apôtres (v. 1), il parle d’eux à la troisième personne (v. 17) et invoque, pour appuyer son autorité, sa parenté avec Jacques, prob. l’un des conducteurs de l’Eglise de Jérusalem, auteur de notre ép. de Jacques. #Ga 1.19 ; 2.9

"Par son style et son vocabulaire, l’ép. de Jude ressemble à celle de Jacques. Les deux sont concises et imagées dans l’expr. Les deux font une grande part aux figures de langage empruntées à la vie en plein air. Les deux sont caractérisées par une cert. rigueur morale" (M. Tenney).

- Notre Jude est donc un frère de Jésus (désigné dans Mc. 6.3 comme "frère de Jacques et de Jude") mais, pas plus que Jacques, il ne se prévaut de cette parenté, préférant se considérer comme son "serviteur". Il était marié (la tradition parle de ses petits-fils) et parcourait, avec sa femme #1Co 9.5 l’Asie Mineure et la Grèce pour annoncer la Bonne Nouvelle.

- L’ép. est connue et citée assez tôt par les auteurs postapostoliques : on en trouve des traces incert. dans les écrits de Clément de Rome, Hermas, Justin, dans la lettre de Barnabas, la Didaché, des citations cert. chez Polycarpe, Athénagoras, Théophile d’Antioche, Tertullien. Clément d’Alexandrie la commente, le Fragment de Muratori l’inclut dans son catalogue, Eusèbe la classe parmi les livres discutés, mais "bien connus et reconnus par la plupart" (H. E. III, 25). Elle est utilisée pour la lecture publique dans la plupart des Eglises. Vers l’an 200, l’ép. de Jude était reçue dans le Canon alexandrin (Clément), dans le Canon romain (fragment de Muratori) et dans celui de Carthage (Tertullien). "Il est tout à fait remarquable qu’un écrit aussi court ait eu une diffusion aussi rapide" (J. Chaine).

- Si cert. auteurs des premiers siècles avaient des doutes au sujet de sa canonicité, c’est parce que Jude cite des livres apocryphes juifs, dont l’autorité était de plus en plus contestée dans l’Eglise chrét.

- Destinataires.

- Cert. chrét. ne savent trop que penser de l’usage fait par l’auteur des écrits apocryphes juifs (le livre d’Hénoch, l’Assomption de Moïse, peut-être les Testaments des 12 patriarches, le Targum de Jonathan, le traité Sanhédrin et d’autres). Ces livres étaient connus et appréciés des destinataires de l’ép. Jude les cite, comme l’apôtre Paul cite une tradition rabbinique #1Co 10.4 ; 2Ti 3.8 ou un poète païen #Ac 17.28 ; Tit 1.12

- S’adressant d’abord aux hommes d’une époque, il doit employer un langage qui lui permette d’être compris, et lui-même, d’ailleurs, n’exprime son enseignement et la vérité révélée qu’en se servant des données dont il dispose, et qui sont celles de son temps (J. Chaine). "Ces citations ne présument en rien de la valeur que Jude lui-même attribuait à ces livres" (M. Ray).

- Ces citations, ainsi que d’autres détails, font penser que les destinataires étaient pt-être des communautés d’Asie Mineure ou d’Egypte comptant un cert. nombre de Juifs convertis, pour qui ces écrits de la haggada avaient une cert. valeur. D’autre part, les vices de ces hérétiques qui risquent de tenter les membres des Eglises font plutôt penser à des croyants d’origine païenne. En effet, le paganisme-y compris les religions de mystères-conciliait fort bien, jusque dans son culte, dévotion et débauche. Si l’auteur, qui est juif (les nomb. sémitismes de l’ép. en font foi), s’adresse à des Eglises en majorité païennes, on comprend mieux encore l’expr. "notre commun salut".

- Date.

- Plusieurs exégètes actuels voient dans l’ép. une oeuvre datant de la fin du 1er s. à cause d’expr. comme "notre commun salut," "la foi transmise aux saints" ou les prédications "des apôtres de notre Seigneur Jésus-Christ" qui indiqueraient une époque tardive, postérieure à la mort des apôtres. Mais, pour la plupart des spécialistes, de telles expr. ne constituent pas un argument décisif en faveur d’une date postérieure aux années 70-80. Or, si Jude était plus jeune que Jésus, il a bien pu vivre jusqu’à cette date.

- Lieu.

- L’ép. ne contient aucune indication géographique. Si elle a été écrite après l’an 70, l’auteur et les destinataires ne devaient pas être en Palestine. On a suggéré Alexandrie ou Ephèse, mais n’importe quelle localité de la Diaspora juive conviendrait.

- Contenu et but.

- L’une des manières de lire le v. 3 laisse supposer que Jude était en train d’écrire une plus longue lettre, lorsque des circonstances imprévues l’ont obligé d’adresser d’abord à ses correspondants ce petit billet, pour les avertir du danger qu’ils couraient.

- Les circonstances auxquelles il fait allusion sont l’infiltration insidieuse d’hérétiques dangereux dans les Eglises. Il s’agit de gens qui usurpent la grâce de Dieu, lui faisant couvrir leur vie immorale. S’ils acceptent Jésus-Christ comme leur Sauveur, ils le "renient comme seul Maître et Seigneur" (v. 4). Leurs "rêveries" (v. 8) les entraînent à des spéculations stériles compatibles avec leur vie immorale. Ce sont des hommes "psychiques," qui n’ont pas l’Esprit de Dieu. Mais ils se glorifient de posséder la connaissance parfaite ; la matière est pour eux le siège du mal, c’est pourquoi ils prétendent que les dérèglements sexuels n’affectent pas leur esprit, au contraire, ils y voient un moyen de dominer la matière. Ils exaltent les instincts naturels (v. 10). Ils méprisent l’autorité : "la licence spirituelle et les désordres auxquels elle conduit ne sauraient s’accommoder de la loi, ni de l’autorité établie pour la faire respecter. C’est pourquoi les impies n’ont souvent que mépris à l’égard de toute autorité qui prétendrait mettre des limites à leurs rêveries et aux agissements qui l’accompagnent". Ils aiment l’argent (v. 11) et flattent les personnes dont ils espèrent tirer du profit (v. 16).

- Ces tendances ne sont pas neuves : l’apôtre Paul les a dénoncées dans maintes lettres #1Co 15.1 ; 2Co 11.1 ; Eph 3.19 ; Col 2.4 #1Ti 6.20-21 ; 2Ti 3.5-7 ; Tit 1.13-16

Nous les retrouvons dans les ép. de Jean #1Jo 1.8-10 ; 2.18-23 ; 4.1-3 ; 2Jo 7.11 et dans l’Apocalypse (ch. 2 et 3). Elles sont toujours présentes, guettant ceux qui ne veillent pas à préserver leur "très sainte foi" des attaques de l’Adversaire.

- A toutes les époques, des hommes ont été tentés d’adapter le message évangélique aux idées et aux goûts du jour espérant ainsi le rendre plus accessible à leurs contemporains. Notre temps a vu se multiplier ces tentatives : si elles connaissent une vogue éphémère, elles ne réussissent guère à attirer les hommes à Jésus-Christ, alors que le vieil Ev., tel qu’il a été transmis aux premiers chrét. "une fois pour toutes," continue à susciter des disciples au Seigneur.

- C’est pourquoi cette ép., malgré son caractère polémique, garde son actualité dans l’Eglise. La vérité n’a pas seulement besoin d’être proclamée, elle doit aussi être défendue contre ceux qui la falsifient, car la fausse doctrine a gén. partie liée avec la mauvaise conduite. C’est bien à tort que l’ép. de Jude a été exclue du "canon pratique de l’Eglise". Aussi longtemps que des hommes devront être repris pour leur conduite, l’ép. de Jude restera actuelle. "Le fait de la négliger reflète davantage la superficialité de la génération qui la néglige que l’inactualité de son brûlant message" (D. Guthrie).

- Jude termine sa lettre par une des plus belles formules de bénédiction contenues dans le N. T. Elle justifierait, à elle seule, la présence de cette ép. dans le recueil des écrits inspirés, mais elle est inséparable du reste de l’écrit. Dieu ne peut nous "préserver de toute chute" et nous "faire paraître devant sa gloire irrépréhensibles et dans l’allégresse" que si nous nous cramponnons, comme Jude nous y exhorte, à "la foi transmise aux saints une fois pour toutes," et si nous combattons pour elle.

- Plan.

Salutations v. 1-2

Occasion et but de la lettre v. 3-4

I. Avertissement contre les faux docteurs v. 5-16

A. Exemples historiques de jugement des apostats v. 5-7

B. Caractéristiques présentes des faux docteurs v. 8-13

C. Jugement futur des faux docteurs v. 14-16

II. Exhortations aux croyants v. 17-23 Doxologie finale v. 24-25



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