Jacques

Jacques (L’épître de)

- Auteur.

- L’auteur se nomme seulement "Jacques, serviteur de Dieu et du Seigneur Jésus-Christ". Il devait être suffisamment connu dans l’Eglise primitive pour se dispenser de toute autre précision. Il s’adresse à une large audience (1.1), parle avec autorité (60 verbes à l’impératif dans les 108 v. de l’ép.) Il appelle Abraham "notre père" (2.21), évoque la géhenne pour le séjour des morts (3.6), désigne Dieu par 10 noms bien hébr. de "Seigneur des armées" (5.4). fait allusion au Chema Israël (3.9), propose des personnages de l’A. T. comme modèles (2.21-23, 25 ; 5.17-18). Son ép. est saturée de réminiscences et d’images bibl. C’est donc un Juif. Il vivait cert. en Palestine dont il évoque les pluies caractéristiques (5.7cf. Dt. 11.14) et les produits naturels (3.12). Mais c’est un Juif chrét. (1.1 ; 2.1) qui parle de la nouvelle naissance (1.18), du nom invoqué sur ses correspondants (sans doute lors de leur baptême : 2.7) et les exhorte à attendre le Retour du Seigneur (1.12 ; 5.7).

- Destinataires

- Jacques adresse son ép. "aux douze tribus qui sont dans la dispersion" (1.1). Après l’exil, l’expr. "les douze tribus" désignait l’ensemble de la communauté israélite comprenant les Juifs vivant en Palestine et ceux de la Diaspora. #Ezr 6.17 ; Mt 19.28 ; Ac 26.7

Dès les premières années de l’Eglise, l’Evangile fut apporté dans les différents pays énumérés Act. 2.9-10 par les convertis de la Pentecôte. La persécution suivant la mort d’Etienne dispersa les chrét. de Jérusalem en Phénicie, à Chypre et à Antioche de Syrie. #Ac 11.19

Il serait assez plausible que le principal responsable de l’Eglise-mère écrive aux chrét. de son Eglise pour les encourager dans leurs difficultés et les exhorter à tenir ferme dans la foi et la vie qui doit en découler.

- L’ép. est-elle adressée uniquement à des Juifs convertis ou à l’ensemble des chrétiens ? En faveur de la première alternative on invoque les expr. "douze tribus," "synagogue" (2.2), les cinq citations de l’A. T. et les nomb. allusions à ce dernier, l’accent mis sur les principes permanents de la Loi (2.8-13 ; 4.11-12) et sur le monothéisme (2.19), les formules juives de serment (5.12), la dénonciation de travers typiquement juifs (3.1-12 ; 4.11 ; 5.12) et l’absence de mention des péchés spécifiques des païens (cf. 1Cor. 6.9-11 ; Gal. 5.19-21). Cep., beaucoup de ces traits tiennent sans doute davantage à la personnalité de l’auteur qu’à celle de ses destinataires.

- D’autres font remarquer que Paul considère que tous les chrét. sont à présent la vraie "postérité d’Abraham" #Ro 4.9 ; Ga 3.29 l’Israël de Dieu. #Ga 6.16 (cf. Ph. 3.3)

Jacques, qui, à la Conférence de Jérusalem, plaide pour l’admission à part entière des incirconcis dans l’Eglise #Ac 15.13-21 n’a cert. pas exclu les païens convertis des destinataires de sa lettre. La plupart des chrét. auxquels il s’adresse étaient pauvres, ils travaillaient sur les vastes domaines des riches fermiers judéens (5.1-6). Si, d’aventure, l’un de ces patrons s’aventurait dans une assemblée chrét., on lui offrait la meilleure place (2.1-7). Mais Jacques condamne cette partialité incompatible avec la foi.

- Lieu.

- Jacques, le frère du Seigneur, écrivait cert. depuis Jérusalem. Les destinataires se trouvaient dans la "diaspora," une expr. désignant l’ensemble des contrées hors de Palestine. Il leur écrit en gr., ce qui appuie l’idée que ce n’étaient pas essentiellement des Palestiniens. Ces derniers, pourtant, étaient sans doute inclus dans les destinataires (pour cert., la diaspora comprenait toutes les contrées hormis Jérusalem). 5.4 pointerait même en premier lieu vers ces grands propriétaires terriens de Judée qui asservissaient leurs ouvriers.

- Date.

- Josèphe situe le martyre de Jacques en l’an 62, mais l’ép. date sans doute d’avant cette époque. L’organisation de l’Eglise paraît encore très rudimentaire (2.2 ; 3.1 ; 5.14). Les difficultés des chrét. ne leur viennent pas des Juifs (comme pour Paul) des autorités civiles (comme dans 1Pi.) ou de l’Etat (comme dans l’Ap.), mais des riches qui les traînent devant les tribunaux (2.6s.). Supposer que Jacques veut prendre le contre-pied de Paul et de son ép. aux Romains au sujet de la foi et des oeuvres demanderait une date postérieure à 56, mais cette supposition repose sur une incompréhension de la pensée de Jacques. Le ton général de la lettre fait plutôt se pencher vers une date antérieure à l’an 49. -On a la preuve que, de bonne heure, l’Eglise primitive a utilisé l’ép. de Jacques. Clément de Rome à la fin du 1er s. et des auteurs du II e s. en reproduisent des phrases. Cep. Origène est le 1er, au début du IIIs. à la nommer explicitement. Pendant un certain temps, les Pères latins semblent la négliger ; écrite pour des chrét. d’origine juive, elle paraît avoir manqué d’attrait pour les convertis du paganisme. Elle ne figure pas sur le fragment (incomplet) de Muratori, mais Hermas l’utilise, et elle figure dans la Vieille Version Syriaque. Elle fut intégralement incorporée au Canon.

- Contenu

- Cette lettre se propose d’arracher à leurs péchés et à leurs erreurs les chrét. récemment sortis du judaïsme et de les encourager à supporter courageusement les dures épreuves qui les menacent. Immédiatement après l’adresse et la salutation, Jacques console ses lecteurs exposés à l’adversité ; il les exhorte à tenir ferme, leur révèle d’o- provient la tentation d’apostasier (1.2-21). Puis Jacques met les chrét. en garde contre la superficialité, qui se contente de paroles ; il explique aux frères en quoi consiste la foi authentique (1.22-27) et ce qui en résultera quant à l’acception de personnes, péché très répandu (2.1-13). Il dit comment se manifeste la vraie foi, qui est morte sans les oeuvres (2.14-26). Il blâme la présomption de ceux qui s’empressent, malgré leur incompétence, de remplir un ministère d’enseignement relig. et dévoile les racines de jalousie (3). Il reprend ceux qui ont l’esprit de chicane (4.1-12) et stigmatise la confiance que l’on met en l’argent (4.13 à 5.6). L’ép. se termine par des exhortations à la patience dans les épreuves (5.7-12), et à la prière, ressource suffisante en toute circonstance fâcheuse (5.13-18). Pour finir, l’auteur exprime la joie du chrét. ramenant à la foi le pécheur égaré (5.19-20).

- Le thème principal de l’ép. est la foi en action : l’obéissance à la Parole de Dieu dans la vie de tous les jours, l’attitude envers les autres, la patience, la maîtrise de la langue, l’humilité authentifient la foi. Si elle est véritable, si elle est vivante, elle produit nécessairement des fruits ou, comme les appelle Jacques : des oeuvres. La valeur particulière de Jacques réside dans l’intégration parfaite de la vérité dans la vie ; p. ex. : la vie chrét. ne peut être connue que si elle est traduite en actes. L’accent mis par Jacques sur une foi engagée, vécue veut nous garder d’une simple "foi-savoir" comme d’une "foi-expérience" subjective et également stérile.

- Ses idées directrices sont :

- 1. Une foi véritable et vivante, nourrie par la méditation de la Parole (1.21-25), se manifeste par des oeuvres bonnes, à l’instar d’Abraham et de Rahab (2.14-26).

- 2. Les épreuves produisent la patience et le perfectionnement (1.2-4) et préparent une récompense (1.12) ; la patience attend l’apparition du fruit, encourage la persévérance, et pousse à la prière (5.7, 15).

- 3. La sagesse doit être demandée avec foi (1.5-8) comme un don parfait de Dieu (1.16-18), en contraste avec la sagesse de ce monde, elle est d’en haut et imprégnée du fruit de l’Esprit (3.13-18).

- 4. La richesse n’est pas sans danger ; elle peut provoquer : un faux sentiment d’importance et de sécurité (1.9-11), une acception de personnes dans l’assemblée (2.1-7), la thésaurisation, l’injustice économique et la luxure (5.1-6).

- 5. La convoitise est la source de nos tentations (1.13-15), et produit luttes et ravages (4.1-3).

- 6. L’homme religieux sait tenir sa langue (1.19, 26), car il en apprécie le potentiel extraordinaire pour le bien ou le mal (3.1-12) ; ainsi, il évitera la médisance (4.11-12), les plaintes et les serments, mais s’efforcera de parler au nom du Seigneur et de prier en toutes circonstances (5.9-18).

- Son enseignement présente de frappantes analogies avec celui du Maître. Par l’usage fréquent de comparaisons tirées de la nature, par le ton d’autorité et le souffle prophétique, par l’appel répété à la réflexion personnelle, l’ép. rappelle les discours de Jésus. Bien que l’auteur ne cite que deux fois son nom, il fait constamment allusion à ses paroles : on a relevé plus d’une quarantaine de réminiscences d’affirmations de Jésus. Près de la moitié des 108 versets de l’ép. contiennent une pensée exprimée par lui : la plus forte densité "évangélique" du N. T. Comme le Maître, Jacques approfondit et spiritualise l’enseignement de l’A. T. ; il insiste sur la mise en pratique de la parole entendue, l’inutilité d’une profession de foi purement verbale et la priorité de l’amour. Ses apostrophes aux riches n’ont d’autres parallèles que celles de Jésus et d’Amos. Après les évangiles, aucun autre écrit du N. T. ne met autant l’accent sur la prière.

- Cette ép. reflète l’ambiance palestinienne ; son auteur, nourri de la tradition évangélique et des paroles de Jésus, nous a livré un document d’origine nettement chrét., dont les analogies littéraires sont évidentes.

Les rapprochements suivants sont fort intéressants : cf. : #Jas 1.2 avec #Mt 5.10-12 ; Jas 1.4 ; Mt 5.48 ; Jas 1.5, 17 ; #Mt 7.7-11 ; Jas 1.22 ; Mt 7.21-27 ; Jas 2.10 ; Mt 5.19 ; Jas 3.18 ; #Mt 5.9 ; Jas 4.4 ; Mt 6.24 ; Jas 4.12 ; Mt 7.1 ; 10.28 ; Jas 5.1 ; #Mt 6.19 ainsi que Lu 6.24 ; Jas 5.10 ; Mt 5.12 ; Jas 5.12 ; #Mt 5.34-37 ; Jas 1.6 ; Mr 11.23 ss. cf. #Jas 1.9, 2.5, 4.4, 13 ss ; #Jas 5.1ss ; avec Lc. 1.46 ss ; 6.20 ss, 24 ; 12.16 ss ; 16.19 ss.

- La forte personnalité et les convictions nettes de l’auteur se marquent par son mépris pour une profession de foi non suivie d’une vie honnête (1.22-23) ; ses opinions précises sur les dangers et l’usage de la langue (1.26 ; 3.2-12) ; sa méfiance à l’égard des riches égoïstes (1.10-11 ; 2.2, 6 ; 5.1-6) ; sa profonde sympathie pour les pauvres (2.5-6, 15-16 ; 5.4) ; sa détermination à souffrir joyeusement pour Christ (1.2 ; 5.10-11) ; sa foi dans la prière (5.16) et son attente de la venue du Seigneur (5.7-8).

- But.

- Nous ne savons rien des circonstances qui ont amené Jacques à écrire cette lettre ni des événements que ses destinataires ont subis. Le contenu de la lettre nous laisse entrevoir qu’ils ont passé par diverses épreuves, qu’ils sont en butte à l’animosité voire aux insultes de ceux qui les entourent, ils ont même subi quelques pertes à cause de leur foi. C’est pourquoi certains d’entre eux risquent de se décourager et de pactiser avec le monde en reniant leur premier amour. Jacques veut donc corriger des fautes, instruire ceux qui vacillent, avertir les rétrogrades, encourager à la discipline et à une piété véritable.

- La note dominante de l’ép. est l’appel à la constance. Le mot patience revient de nombreuses fois (1.3, 4 ; 5.7, 8, 10, 11). L’auteur veut donc exhorter ses correspondants à tenir bon au milieu des diverses épreuves et à progresser dans la sainteté : à trouver la véritable attitude en face des richesses, le bon usage de la langue, des serments, de la prière...

- Son thème central est la foi, non les oeuvres, mais une foi authentique, vivante qui produit tout naturellement des oeuvres. Les épreuves testent la foi pour savoir si elle est véritable. L’ensemble du contenu de l’ép. peut être regroupé autour de cette pensée : la foi doit être testée par les tentations (1.13-16), par son attitude envers la Parole de Dieu (1.19-27), par ses réactions aux distinctions sociales (2.1-13), par les oeuvres qu’elle produit (2.14-26), par la maîtrise de soi (3.1-18), par son attitude envers le monde (4.1-5.12), par son recours à la prière (5.13-20).

- Pt-être une telle exhortation a-t-elle été motivée par les rapports que les judéo-chrétiens venus en pèlerinage à Jérusalem avaient fait à Jacques de la situation de leurs Eglises et que, pour encourager leurs condisciples, l’apôtre a confié aux différents groupes une copie de cette lettre.

- Plan.

- Cette lettre, dont la langue et la rédaction sont remarquables, est écrite en un gr. excellent. Son style élevé, pittoresque, ressemble à celui des prophètes hébr. L’ép. de Jacques contient plus d’images tirées de la nature que toutes les lettres de Paul (p. ex. 1.6, 23-24 ; 3.3-4, 10-12 ; 4.14 ; 5.7) ; ces comparaisons rappellent les discours du Seigneur dans les Evangiles synoptiques. De nombreux passages de l’ép. sont analogues à l’Evangile. Le parallélisme (développement de la pensée en phrases parallèles qui se font pendant) abonde dans la lettre de Jacques. Le ton et le but didactique de l’écrit permettent de le situer très tôt et de voir que les destinataires venaient de quitter le judaïsme. Le passage sur la foi et les oeuvres (2.14-26), a été souvent mal interprété. On a voulu y voir une polémique contre la doctrine de Paul sur la justification par la foi (Luther a dit un jour que c’était une "épître de paille" !), ou du moins un correctif des conclusions abusives que certaines personnes tiraient de l’enseignement de Paul. Or ce passage est en réalité la réfutation d’une idée juive alors répandue, prétendant que seule l’adhésion intellectuelle à l’enseignement divin était nécessaire au salut. Jacques proclame, aussi expressément que Paul, le salut par la foi (2.22, 23). Et Paul affirme, tout comme Jacques, que la foi authentique, celle qui sauve, doit se manifester par des oeuvres #Ga 5.6 ; Eph 2.10 ; Tit 2.14, 3.1, 5, 8, 14 (etc.)

V. Justification.

- Le lecteur moderne habitué à une cert. unité de pensée se trouve quelque peu dérouté devant l’alignement plutôt hétéroclite d’aphorismes, d’exhortations et d’avertissements concernant des sujets très divers. La liaison entre les sujets se fait souvent par association d’idées (1.4 se termine par : ne manquant de rien. Là-dessus, Jacques enchaîne : Si quelqu’un manque de sagesse... 3.18 s’achève sur la mention de la paix ; 4.1 commence par : d’o- viennent les luttes et les querelles... D’autres fois, l’enchaînement se fait par la similitude d’un mot (1.4-5, 12-13, 26-27 ; 2.12-13 ; 5.15-16). Il n’existe pas de texte semblable dans le N. T., mais dans la litt. juive, ils abondent. C’est le genre apparenté aux écrits de sagesse de l’A. T. (Prov.), à cert. livres apocryphes (Testament des 12 patriarches, I Hénoch, IV Macchabées) et aux écrits révélés par les manuscrits de Qumrân (Ecrit de Damas, Manuel de discipline).

- Jacques fait ample usage d’images (1.6, 10, 23 ; 2.15 ; 3.3-16 ; 5.7), de personnifications (1.15 ; 2.13 ; 4.1 ; 5.3s.), d’exemples (2.21s. ; 5.10s., 17s.). Il fait souvent intervenir un interlocuteur fictif (2.18s. ; 5.13s.) ou interpelle les gens qu’il dénonce (4.13 ; 5.1) -comme c’était l’habitude dans les prédications de la synagogue (sous l’influence de la diatribe cynico-stoïcienne).

- Plan sommaire.

I. L’épreuve de la foi (1.1-18)

A. Le but des épreuves (1.1-12)

B. L’origine des tentations (1.13-18)

II. Les caractéristiques de la foi (1.19-5.6)

Elle obéit à la Parole (1.19-27)

Elle traite tous en égaux (2.1-13)

Elle se prouve par ses fruits (2.14-26)

Elle contrôle la langue (3.1-12)

Elle produit la vraie sagesse (3.13-18)

Elle produit la véritable humilité (4.1-12)

Elle produit la dépendance de Dieu

Elle produit (4.13-5.6)

III. Le triomphe de la foi (5.7-20)

Elle endure et attend (5.7-12)

Elle prie pour les affligés (5.13-18)

Elle ramène le pécheur égaré (5.19-20)



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