Hébreux

Hébreux (Epître aux)

L’ép. aux Hébreux est, après celles de l’apôtre Paul, la plus longue et la plus importante du N. T., pourtant elle ne fut définitivement admise dans le canon des Saintes Ecritures qu’au début du 5e siècle sans doute à cause de son anonymat et de l’absence de toute référence à une autorité apostolique. La suscription "aux Hébreux" ne figurait certainement pas sur l’original, mais elle apparaît dès le dernier quart du 2e siècle.

- Auteur.

- Le problème de l’auteur a toujours suscité des controverses. L’Eglise primitive elle-même n’avait pas une opinion unanime à ce sujet, bien qu’elle eût reconnu la canonicité et l’authenticité de cette ép. L’Eglise primitive d’Orient pensait que cette lettre était de Paul, quoiqu’elle fût fort différente des autres ép. de l’apôtre ; on essaya d’expliquer cette dissemblance par diverses théories. Clément d’Alexandrie allégua que cette lettre était pt-être la trad. due à Luc d’un ms. hébr. de Paul. Les Eglises primitives d’Occident contestaient que Paul fût l’auteur de l’ép. et Origène, au IIIe s., disait que Dieu seul en connaissait le rédacteur. Delitzsch remarque que cette ép. se présente, comme Melchisédek, "sans père, sans mère". Elle s’avance solitaire, dans sa dignité royale et sacerdotale, et comme lui, n’a pas d’ancêtres. Finalement, l’opinion de l’Eglise d’Orient prévalut et fut admise de façon gén., bien qu’elle ne répondît pas aux questions posées. Si le livre est anonyme, Hbr. 2.3 indique, semble-t-il, que l’auteur n’était pas apôtre, en tout cas pas l’un des Douze, et Paul a affirmé que l’Evangile lui avait été transmis de façon directe (cf. Gal. 1.11-24). D’après Hbr. 13.18, 19, nous pouvons conclure que l’écrivain était bien connu de ses lecteurs et séparé d’eux par des circonstances pénibles. L’allusion à Timothée (13.23) ne suffit pas pour identif. l’auteur.

- L’ép. est anonyme : elle ne porte ni le nom de son auteur, ni des détails suffisants pour l’identifier. C’était un chrét. d’origine juive (1.1 : "nos pères"), versé dans les Ecritures, familier du rituel lévitique. Il n’a pas connu personnellement Jésus, l’Evangile lui est parvenu par l’intermédiaire des premiers témoins (2.3). Son vocabulaire, son style, sa manière d’interpréter l’Ecriture et l’utilisation de certains thèmes trahissent l’influence de l’école rabbinique d’Alexandrie. Il connaît personnellement Timothée (13.23) et les chrétiens auxquels il s’adresse (6.9 ; 13.18, 19, 23, 24). D’après 13.19 ("j’espère vous être rendu bientôt") et le sens du mot "rendu" dans Mt. 12.13 et Mc. 8.25, semble avoir été malade au moment de la rédaction de l’ép.

- Bien des noms ont été proposés :

- Paul : à cause de la mention de Timothée (13.23) de la profondeur de la pensée, de l’ampleur des développements et de l’enseignement sur Jésus-Christ, sur l’ancienne et la nouvelle alliance... tout à fait parallèles à ceux que nous trouvons dans les ép. pauliniennes. Les écrivains du 2e au 4e siècle ont effectivement attribué l’ép. à Paul. Cep., même à l’époque, certains émirent des doutes à cause du style, de la forme de pensée, de l’absence de référence à sa qualité d’apôtre et à son expérience personnelle (qui eût été particulièrement parlante en l’occurrence). D’autre part. la manière dont l’auteur affirme avoir reçu l’Evangile ne concorde guère avec celle de l’apôtre (v. Gal. 1.12). Les citations de l’A. T. sont faites gén. d’après la LXX alors que Paul citait d’après l’hébr.

- La lettre est "écrite dans l’esprit de Paul," par un disciple fidèle du grand apôtre, mais elle n’est pas directement de lui (sauf pt-être 13.22-25).

- Luc parce qu’il était si proche de Paul, mais le style et la pensée ne concordent guère avec Lc. et Act. De plus, Luc était d’origine païenne.

- Barnabas, selon une ancienne tradition romaine citée par Tertullien. Il était Lévite #Ac 4.36 donc bon connaisseur de l’A. T. et des rites du Temple, originaire de Chypre où l’influence hellénistique était forte. Il était apôtre #Ac 14.4, 14 ; Ga 2.9 compagnon de Paul #Ac 11.22-26 Son surnom #Ac 4.36 concorde avec le contenu de l’ép. (13.22). Mais, contrairement à 4.36, Barnabas était un chrétien de la première heure et il n’avait guère subi l’influence de l’école alexandrine.

- Appolos, par contre, était un Juif alexandrin, habile orateur, savant apologète versé dans les Ecritures #Ac 18.24 qui connaissait Paul et son enseignement. #Ac 18.26 ; 1Co 1.12 ; 3.4-6 ; 4.6

Mais l’antiquité chrétienne est muette au sujet de cette attribution.

- Philippe, helléniste, évangéliste, ami de Paul aurait pu écrire cette lettre aux chrétiens de Jérusalem après s’être entretenu avec Paul alors prisonnier à Césarée (qui aurait ajouté les derniers versets pour marquer son approbation) (Spicq).

- Priscille et Aquilas intimement associés à Paul, à Apollos et à Timothée. #Ac 18.1-3 ; 19.22 ; 1Co 16.10, 19

La dualité d’auteur expliquerait l’alternance du "je" au "nous" et l’antiféminisme de l’Eglise ancienne rendrait compte de l’anonymat de la lettre (F. F. Bruce).

- Silas, compagnon de Paul #Ac 16.25 l’un des "principaux frères" #Ac 15.22 de l’Eglise primitive, cité comme corédacteur des ép. aux Thessaloniciens #1Th 1.1 ; 2Th 1.1 ami de Timothée, prédicateur de l’Evangile #2Co 1.19 et rédacteur de 1 Pi. #1Pe 5.12 où l’on a relevé une vingtaine d’expressions et de pensées similaires à celles d’Hbr. Il aurait fait la connaissance du groupe judéo-chrétien de Rome en venant dans la capitale avec Pierre. Après avoir porté 1 Pi. en Asie mineure, il aurait entendu parler de la crise de ces Hébreux romains et leur aurait écrit en s’appuyant sur les souvenirs de ses entretiens avec Paul à ce sujet durant la première captivité romaine de l’apôtre. Cette hypothèse est défendue par plusieurs spécialistes actuels-mais elle reste une hypothèse. Après tout, "peu nous importe de ne pas savoir qui a écrit l’ép., nous nous contentons de la doctrine que l’auteur fonde constamment sur l’Ecriture" (Luther). "Il ne faut pas se soucier grandement de savoir qui l’a composée" (Calvin) : "Dieu connaît celui qui l’a rédigée" (Origène). L’anonymat même d’un tel écrit est un témoignage de la richesse de pensée de l’Eglise primitive.

- Destinataires.

- 1. C’étaient des Juifs convertis (1.1) connaissant l’Ecriture, les héros de la foi de l’A. T. et les cérémonies du culte juif.

- 2. C’était une Eglise particulière, familière à l’auteur (5.11b ; 6.9-10 ; 10.32 ; 13.17, 19), ayant un passé commun (10.32 ; 12.4) et une même attitude actuelle (10.33-34). L’auteur pense leur rendre visite (13.19, 23) et demande leurs prières (13.18).

- 3. C’était une fraction d’une Eglise plus grande, pt-être une "Eglise de maison," comme il en existait plusieurs à Rome #Ro 16.5, 14, 15 manifestant quelques tendances séparatistes (10.25) et se soumettant difficilement aux conducteurs (13.17).

- 4. C’était un groupe à tendances particulières ayant subi l’influence d’un enseignement spécial sur les anges (1.3-14 ; 2.1-5), les pratiques ascétiques (13.9) et rituelles (9.10). Ils ne semblaient pas avoir vraiment rompu avec le judaïsme, la Loi, la prêtrise d’Aaron et les cérémonies du culte juif et ils refusaient d’entrer dans la perspective d’une portée universelle de la foi chrétienne.

- Ils sont tentés de retourner au judaïsme à cause de l’hostilité ambiante. #Heb 2.1 ; 3.12 ; 4.1, 11 ; 5.12 ; 6.6 ; 10.23-25, 29

Ils avaient été convertis de bonne heure (5.12), et avaient reçu l’Evangile de la bouche des premiers prédicateurs (2.3). Très tôt, les persécutions s’étaient abattues sur eux (10.32-34) et ils avaient souvent secouru les saints (6.10 ; 10.34). L’ép. ne fait aucune allusion à des chrét. d’origine païenne qui auraient été membres de leurs Eglises, menacées d’un retour aux cérémonies rituelles, plutôt qu’à la Loi.

- Lieu.

- Nous ne savons ni où se trouvaient les destinataires de l’ép. ni d’où leur écrivait l’auteur. La seule indication géographique : "Ceux d’Italie vous saluent" (13.24) est ambiguë : la lettre était-elle écrite d’Italie et transmettait-elle les salutations de tous les chrétiens italiens, ou venait-elle d’ailleurs avec les salutations des chrétiens originaires d’Italie à leurs compatriotes. La deuxième hypothèse est plus plausible.

- Les anciens commentateurs pensaient que les Hébreux étaient à Jérusalem : c’est là que le danger de retomber dans le judaïsme était le plus grand, que le culte juif avait le plus d’attraits (13.8, 16). Mais l’auteur explique à ses destinataires des mots hébr. bien connus (7.2), leur cite la Bible d’après la LXX, évoque leur générosité passée (6.10 ; 10.34 ; 13.2, 5, 16 cf. Act. 11.29s. ; Rom. 15.25s. ; 1 Cor. 16.1s. ; 2 Cor. 8.1s. ; Gal. 2.10) : détails qui ne cadrent guère avec ce que nous savons de l’Eglise de Jérusalem.

- La plupart des exégètes modernes proposent Rome comme destination de l’ép. : c’est là que nous en trouvons les premières traces (dans l’ép. de Clément, 95-96) ; l’Eglise était riche et généreuse, les Juifs y avaient subi la persécution (la mention de 10.32 se rapporterait dans ce cas à l’édit de Claude en 49). Le mot conducteur (hêgoumenoi) se retrouve chez deux auteurs romains : Clément et Hermas, appliqué aux responsables de l’Eglise romaine. Timothée y était bien connu (13.23 cf. Col. 1.1 ; Phm. 1). Il y avait, dans la capitale, une synagogue "des Hébreux" et l’Eglise y comptait un noyau juif important #Ro 2.9-11 tenté par le légalisme (cf. Rom. 14.13-23 avec Hbr. 9.9 ; 13.9 ; Rom. 13.11 ; 15.7 avec Hbr. 10.24- 25).

- Le lieu de rédaction proposé le plus souvent est Alexandrie, centre de la vie juive hors de la Palestine, qui semble avoir exercé une forte influence sur l’auteur (interprétation symbolique de l’A. T., usage de la LXX, trace de la philosophie philonienne).

- Date.

- 1. La lettre fut sans doute écrite après l’an 60 : l’auteur et les destinataires appartiennent à la deuxième génération chrétienne (2.3), la communauté adressée existe depuis un certain temps (10.32), ses premiers conducteurs sont morts (13.7). Les destinataires ont rendu de nombreux services aux chrétiens (6.10), ils ont subi des persécutions (10.32 ; 12.4), ils devaient depuis longtemps être des maîtres (5.12), Timothée a été emprisonné (13.23).

- 2. La lettre ne saurait être postérieure à l’an 70, car elle parle du culte du Temple comme actuel, employant le présent dans 5.1-3 ; 7.23, 27 ; 8.3-5 ; 9.6-9, 13, 25 ; 10.1, 3, 4, 8, 11 ; 13.10-11. Si la destruction du sanctuaire de Jérusalem avait eu lieu, pourquoi l’auteur ne la mentionnerait-il pas et se contenterait-il de dire "ce qui est ancien est près de disparaître" (8.13) et, parlant des sacrifices : "on aurait cessé de les offrir" (10.2). Quelques exégètes, qui datent l’ép. de 80-90 ap. J.-C. env., maintiennent que l’auteur décrit ce rituel du point de vue idéal, en ne se basant que sur le Pentateuque ; mais il semblerait étonnant dans ce cas qu’il ne fasse pas usage de l’argument apporté par la destruction du Temple en faveur de sa propre thèse. Quoi qu’il en soit, Clément de Rome (96 ap. J.-C.) connaissait l’ép. Or, Timothée, qui naquit prob. vers 25 de notre ère, était encore vivant (13.23), quand cette lettre a été rédigée.

- Si les destinataires se trouvaient à Rome, l’ép. leur a même été adressée avant la persécution sanglante de Néron puisqu’ils n’ont pas encore résisté jusqu’au sang (12.4). Elle daterait donc des années 60 à
64.

- Contenu.

- L’auteur définit son ép. comme une parole d’exhortation ou d’encouragement (13.22) une expr. utilisée dans Act. 13.15 pour un sermon. En effet, de nombreuses exhortations et des avertissements entrecoupent le développement doctrinal. Celui-ci porte sur la

prééminence de Jésus-Christ, créateur et propriétaire de l’univers, héritier du cosmos (1.2), Souverain sacrificateur de la nouvelle alliance "dont la foi dépend du commencement à la fin" (12.2), supérieur aux anges (1.5-14) à Moïse, à Josué et aux prêtres de la lignée d’Aaron (5.1-10.39). L’auteur insiste sur la transcendance de sa personne et de son oeuvre, sur la supériorité de la nouvelle alliance par rapport à l’ancienne. Treize fois, il parle de ce qui est meilleur dans la foi chrétienne (1.4 ; 6.9 ; 7.7, 19, 22 ; 8.6 (2x) ; 9.23 ; 10.34 ; 11.16, 35, 40 ; 12.24). Jésus est le Fils unique de Dieu, mais il est aussi homme, rendu pour quelque temps inférieur aux anges (2.9), partageant pleinement la nature humaine (2.14, 17), tenté comme nous (4.15). C’est ce qui lui permet d’être un souverain sacrificateur plein de miséricorde (4.15). Les exhortations et les avertissements découlent des vérités doctrinales rappelées : puisque Christ occupe une position si éminente, ne négligeons pas sa Parole (1.1-4), ne nous privons pas du repos, comme Israël au désert, n’imitons pas leur incrédulité et leur dés obéissance (3.7-4.3), ne nous exposons pas à retourner en arrière (5.11-6.20).

- Analyse.

- 1. L’auteur commence par affirmer la supériorité du christianisme sur toute révélation antérieure, ou ultérieurement possible, parce que Christ les dépasse infiniment (ch. 1). Ce fait devrait nous encourager à ne pas abandonner l’Evangile (2.1-4). L’abaissement de Christ ne doit en aucune façon nous offusquer, puisque c’est justement grâce à cette humiliation qu’il est devenu notre Sauveur et notre souv. sacrificateur (2.5-18). Christ est au-dessus de Moïse même (3.1-6). Les avertissements contre l’incrédulité, adressés à Israël sous l’Ancienne Alliance, sont, sous la Nouvelle Alliance, doublement valables pour mettre en garde contre le même péché (3.7 à 4.13).

- 2. L’épître révèle la valeur du sacerdoce de Christ en tant que souverain sacrificateur (4.14-16) ; elle explique la nature de ce sacerdoce et montre que Christ l’a accompli selon la prophétie (ch. 5). Le ch. 6 reprend les destinataires de la lettre avec rigueur mais sans dureté, à cause de leur intelligence incomplète de l’Evangile. Le ch. 7 souligne la supériorité du sacerdoce de Christ, dont Melchisédek est le type, sur le sacerdoce lévitique ; l’annulation de celui-ci et de son rituel, et la toute suffisance du sacerdoce de Christ.

- 3. Le sacerdoce de Christ continue nécessairement à s’exercer maintenant dans le ciel ; le fait que Christ est invisible ne doit pas être un obstacle à la piété des chrét. d’origine juive. Le ministère céleste de Christ corrobore les types prophétiques, accomplit les promesses et remédie aux imperfections du rituel terrestre (8.1 à 10.18).

- 4. La 4e section (ch. 10.19 à 12.29) exhorte les Hébreux à vivre sans cesse par la foi, selon ces vérités. L’écrivain insiste sur le renouvellement de la confiance en Christ, et sur la fréquentation des saintes assemblées (10.19-25) ; il dépeint la faillite sans espoir des apostats (10.26-31), appelle ses correspondants à se souvenir de leur zèle d’autrefois (10.32-39), cite l’exemple des héros de la foi de l’A. T. (ch. 11), et de Christ lui-même (12.1-3), invitant les Hébr. à considérer que le Seigneur se sert des épreuves pour amener ses enfants à un glorieux salut (12.4-29).

- 5. Le ch. 13 contient quelques exhortations particulières. Cette ép. est la seule où Christ porte le titre de sacrificateur, bien que l’essence de cette doctrine figure dans d’autres livres de la Bible. Cette lettre présente le christianisme comme l’achèvement, le but ultime de l’Ancienne Alliance, et expose avec clarté le chemin du salut annoncé auparavant par des types et des cérémonies. L’ép. aux Hbr. fournit donc des arguments péremptoires, propres à étayer la foi ; sans cette lettre, le N. T. serait manifestement incomplet.

- Excellence du salut en Jésus-Christ. Peu d’ép. exaltent à ce point la parfaite excellence de Christ et de son Evangile. Constamment reviennent ces mots "meilleur," "plus excellent," "supérieur" : nom plus excellent (1.4), gloire supérieure (3.3), choses meilleures (6.9), meilleure espérance (7.19), alliance plus excellente (v. 22 ; 8.6), ministère supérieur (v. 6), meilleures promesses (v.6), biens meilleurs (10.34), sacrifice plus excellent (11.4), meilleure partie (v. 16), meilleure résurrection (v. 35), quelque chose de meilleur en réserve pour nous (v. 40), sang de l’aspersion qui parle mieux que celui d’Abel (12.24).

- Christ lui-même est supérieur aux anciens prophètes (1.1-2), aux anges (v. 4 à 14), à Moïse (3.1-6), à Josué (4.8), à Abraham (7.4-10), à Aaron et à tous les sacrificateurs (7.11-28). Son sacrifice expiatoire est infiniment efficace (au contraire de ceux de l’Anc. Alliance, 10.1-4), et l’auteur répète 10 fois qu’il a été offert une fois pour toutes (7.27 ; 9.12, 25, 26a, 26b, 28 ; 10.10, 12, 14, 18). Comment donc l’Eglise romaine peut-elle prétendre que la messe est un véritable sacrifice, dans lequel Christ est à nouveau mis à mort par le prêtre ? Dire que cette immolation réelle est mystique et non sanglante ne change rien à la chose, car "sans effusion de sang, il n’y a pas de pardon" (9.22). Et c’est en vain que le Concile de Trente prononce l’anathème sur toute personne qui rejette une telle doctrine. D’autre part, Christ seul est "établi souv. sacrificateur pour toujours selon l’ordre de Melchisédek" possédant de ce fait "un sacerdoce qui n’est pas transmissible" (7.21-24). Il n’a par conséquent pas de "vicaire" (cf. Eph. 1.22) et Rome n’a aucun droit de dire comme elle le fait en ordonnant chaque membre de son clergé : "Tu es prêtre pour toujours selon l’ordre de Melchisédek". Enfin, puisque Jésus exerce lui-même éternellement son sacerdoce, "il peut sauver parfaitement ceux qui s’approchent de Dieu par lui, étant toujours vivant pour intercéder en leur faveur" (7.24-25). Ainsi, nous n’avons nul besoin de chercher d’autres intercesseurs dans les saints et la Vierge (celle-ci d’ailleurs, selon l’Ecriture, ne peut être "la médiatrice de toutes les grâces"), car Christ est notre médiateur unique et pleinement suffisant #1Ti 2.5 ; Ac 4.12

- Le caractère relativement impersonnel de l’ép. la fait considérer par beaucoup de théologiens modernes comme une homélie plutôt qu’une lettre. Elle nous renseigne, en effet, sur la nature de la prédication primitive dans les milieux judéo-chrétiens, sur son interprétation "typologique," des écrits de l’A. T. qui y était pratiquée : on voyait ce que Dieu avait fait et dit en Israël comme pointant vers ce qu’il dira et fera en Jésus-Christ et ultérieurement. L’exode, l’alliance, la Loi, les sacrifices et le service sacerdotal ont eu leur accomplissement en Christ. L’Ancien et le N. T. constituent une révélation unique et continue. Ce qui s’est passé sur le plan matériel ici-bas était une ombre et une préfiguration des réalités célestes accessibles aux chrétiens aujourd’hui. (Voir Suite).

Hébreux (Epître aux) (2) .

- But.

- L’auteur donne une réponse détaillée à ceux qui cherchent le but de son écrit : il exhorte (3.6 ; 4.14 ; 6.11-12 ; 10.23-25 ; 12.12-13) avertit et menace (2.1-4 ; 3.7-19 ; 4.1-11 ; 12.29) fait tantôt des reproches (5.11-14) tantôt loue ses correspondants pour leur persévérance (6.9-10 ; 10.32-34), et stimule leur espérance (10.19, 36-39) par la perspective de l’avenir glorieux qui attend ceux qui demeurent fermes dans la foi (11.13-16 ; 12.22-28).

- Son but premier est donc "parénétique" (c.-à-d. visant l’exhortation, l’encouragement) et non doctrinal. La doctrine est mise au service de l’exhortation.

- Pourquoi se sent-il obligé d’exhorter ses correspondants ? Plusieurs passages nous répondent : il oppose constamment ce que les destinataires de l’ép. sont actuellement à ce qu’ils ont été et à ce qu’ils devraient être : il leur dépeint aussi ce qu’ils sont en danger de devenir. Ils sont paresseux (5.11 ; 6.12) et découragés (12.3,12). Leur enthousiasme initial pour la foi n’est plus qu’un lointain souvenir (3.6, 14 ; 4.14 ; 10.23, 35). Au lieu de progresser dans la compréhension des vérités profondes de la foi (5.12-14), ils ont tendance à se laisser entraîner par des doctrines nouvelles et étrangères (13.9). Ils font l’église-buissonnière (10.25) et n’obéissent plus aux conducteurs de l’Eglise (13.17). Aussi risquent-ils d’être emportés loin de ce qu’ils ont entendu (2.1), d’abandonner la foi (3.12 ; 10.26) et de passer à côté des promesses divines (4.1). Ils sont aussi découragés et troublés par les persécutions subies. Ils "comprennent" beaucoup mieux ce qu’ils ont perdu en désertant le culte mosaïque que ce qu’ils trouvent dans les assemblées chrétiennes (10.25 ; 13.10). Comment n’auraient-ils pas péniblement ressenti la privation du Temple et de sa splendide liturgie, de son rituel massif si riche de symbolisme ? La spiritualité du culte nouveau apportait si peu d’appui sensible à leur foi" (C. Spicq). C’est pour lutter contre cet esprit de recul, pour en montrer les dangers et la gravité et pour en signaler le remède infaillible, que l’auteur prend la plume. Il a connu la source unique du mal : l’ignorance et l’incrédulité à l’égard de ce qu’est Christ et de ce qu’est le salut" (A. Murray). "Une connaissance plus vivante et profonde de Christ était seule capable de combler les déficits de leur vie spirituelle" (C.-L. de Benoit).

- L’auteur démontre à ses correspondants la supériorité de l’alliance nouvelle et éternelle inaugurée par le Christ sur celle dont ils regrettent le culte ; supériorité de la révélation apportée, de la qualité et de la pérennité du salut, du caractère céleste des bénédictions offertes à la foi, du rôle de la souffrance et de l’épreuve pour atteindre la perfection. Mais il les avertit aussi de la sévérité du jugement qui frappera ceux qui, sachant ces choses, les rejettent.

- Structure.

- La structure de l’épître n’est pas facile à saisir pour des esprits occidentaux. Exposition, exhortations et avertissements alternent constamment. Les exhortations constituant le but même de l’épître, c’est autour d’elles qu’il faut regrouper l’ensemble des développements. L’auteur commence par démontrer que Jésus, étant le Fils de Dieu, est donc supérieur aux anges (1.1-2, 18). Il est le roi de l’univers. Son abaissement temporaire, indispensable à sa mission de salut, n’est nullement incompatible avec sa souveraineté. Cette section est regroupée autour de la première exhortation : Ne négligez pas un si grand salut proclamé par un si grand Sauveur (2.1-4).

- La deuxième partie (3.1-4, 13) démontre la supériorité de Jésus sur Moïse et sur Josué. Elle culmine dans un second avertissement : Ne manquez pas, comme les Israélites d’alors, l’entrée dans le repos (4.1-13).

- La partie principale de la lettre (4.14-10,18) est consacrée au sacerdoce de Jésus-Christ. Elle contient un troisième avertissement relatif au danger de la stagnation et du retour en arrière.

- La section finale (10.19-13.19) tire de l’argumentation doctrinale les applications pratiques. Elle contient le quatrième avertissement contre le péché de l’apostasie volontaire (10.26-39). Que les croyants suivent plutôt l’exemple stimulant des héros de la foi de l’ancienne alliance (11.1-40) dans leur vie de tous les jours (12.1-13, 7).

- Plan sommaire.

I. Supériorité de la Personne de Christ (1.1-4.13)

1. Sur les prophètes (1.1-3)
2. Sur les anges (1.4-2.18)
3. Sur Moïse (3.1-4.13)

II. Supériorité de l’oeuvre de Christ (4.14-10.18)

1. De son sacerdoce (4.14-7.28)
2. De son alliance (8.1-13)
3. De son sanctuaire et son sacrifice (9.1-10.18)

III. Supériorité de la marche par la foi (10.19-13.25)

1. Appel à l’assurance de la foi (10.19-11.40)
2. Appel à la persévérance dans la foi (12.1-29)
3. Appel à l’amour (13.1-17) Conclusion (13.18-25)



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