Genèse

Genèse (Livre de la)

- Titre.

- Genèse signifie origine, naissance. Ce mot vient de la traduction des LXX 2.4 (5.1) : Ceci est la livre de la genesis (hébr. toledot, origines, sources). En hébr., il porte le nom de bere’chit d’après le premier mot du livre ("Au commencement"). Le livre raconte les origines des cieux et de la terre, de la lumière et des ténèbres, de toute la création matérielle, végétale et animale, les origines du péché et du salut, de la civilisation, du mariage, des activités humaines...

- L’auteur.

- La tradition juive unanime attribue le livre à Moïse (v. Pentateuque). Plusieurs passages #De 1.8 ; 2Ki 13.23 ; 1Ch 1.1 le considèrent comme faisant partie de la loi de Moïse. Moïse a pu recevoir certaines révélations directement de Dieu (v. Ex. 19.20), p. ex. le récit de la création ; pour d’autres parties, il a probablement incorporé des traditions anciennes transmises oralement. Au milieu d’une population d’esclaves illettrés, il était parmi les rares possédant l’art de l’écriture. A cette époque, et chez ces peuples, la tradition orale était très fidèle. De plus, des archives familiales remontant au-delà du temps d’Abraham en Chaldée pouvaient avoir été conservées et transmises à Moïse.

- Quelques fragments ont dû être ajoutés par des éditeurs ultérieurs #Ge 14.14 ; 36.31

Les derniers écrits de l’A. T. #Ezr 6.18 ; Ne 8.1 ; 13.1 ainsi que le N. T. #Mt 19.7 ; Mr 12.19, 26 ; Lu 16.31 ; 24.27, 44 #Joh 1.45 ; 5.46 ; Ac 26.22 ; 28.23 attribuent l’ensemble des cinq premiers livres à Moïse.

- Date de rédaction.

- Probablement, le livre fut écrit sur des tablettes d’argile, des peaux tannées ou du papyrus, au cours du séjour d’Israël au désert. Il daterait donc du 15e siècle av. J.-C. Il couvre une période de plus de 2000 ans (et pt-être davantage). Certains auteurs pensent que Moïse a déjà rassemblé les documents composant ce livre au cours des quarante premières années de sa vie lorsqu’il s’est intéressé à son peuple #Ex 2.11, Heb 11.24 et qu’il avait le temps de faire ces recherches.

- Caractéristiques.

- Le livre raconte les origines du monde, de l’humanité et des relations entre Dieu et les hommes. La Genèse est indispensable pour comprendre la reste de la Bible. Elle est citée 60 fois dans le N. T. Plus de la moitié des héros de la foi mentionnés dans Hbr. 11 y apparaissent. Elle nous enseigne des vérités fondamentales : l’unité de la race humaine, l’universalité du péché, sa cause, ses conséquences, la récompense de ceux qui font confiance à Dieu et lui obéissent. Elle contient l’une des plus belles préfigurations du Christ : Joseph.

- But.

- La Genèse nous donne une vue juste de l’origine du monde. Elle oppose la vision monothéiste de la création au polythéisme, au panthéisme comme à l’athéisme. Son message principal : Dieu prend soin de l’homme, même après sa chute ; il s’occupe de chacun (c’est la leçon qui se dégage des généalogies) ; il avait, dès l’origine, un plan pour le salut du monde (3.15), il le réalise malgré les obstacles par des sélections successives (cf. Rom. 9.6-18). Le livre fut écrit primitivement pour encourager le peuple d’Israël dans sa foi en Dieu. Il nous révèle le caractère et les intentions de Dieu.

- Plan.

- Le livre se divise en 3 parties :

1. Description du monde, sa création et ses relations avec Dieu, début de l’histoire de l’homme (Gn. 1.1 à 2.3).

2. Esquisse de l’histoire de l’humanité antérieurement à Abraham ; révélation des rapports existant entre Dieu et la race humaine ; commencement de l’histoire du peuple élu (2.4-11.26).

3. Histoire du peuple de l’alliance jusqu’à sa descente en Egypte (11.27 à 50.26).

La 2e partie s’occupe des temps préhistoriques ; elle traite de la création de l’homme et de son état primitif (2.4-25), de la chute (ch.3) des progrès du péché (4.1-15), de la lignée impie (v. 16-24), de la postérité que Dieu a élue (4.25-5.32), de l’augmentation du péché (6.1-8), du déluge (6.9-9.17), du repeuplement de la terre (9.18 à 10.32), de la construction de la tour de Babel (11.1-9) et de l’origine de la race sémitique (11.10-26). La 3e partie fait connaître le début de la carrière d’Abraham ; sa vocation ; son séjour en Canaan (11.27-25.10) ; la vie d’Isaac, depuis la mort de son père jusqu’au départ de Jacob pour la Mésopotamie (25.11-27.40), la vie de Jacob dès son départ pour la Mésopotamie jusqu’au décès d’Isaac (27.41-35.29) ; la descendance d’Esaü (36) ; le début de l’histoire de Joseph jusqu’à ce qu’il soit vendu en Egypte (37) ; le péché commis par Juda (38) ; la condition de Joseph en Egypte (39 à 45), les circonstances relatives à la vie de Jacob, de sa famille et de Joseph en Egypte (46-49) ; la mort de Jacob et celle de Joseph (50). Le mouvement général du livre passe par trois phases qui ont été caractérisées par les mots génération (1.1-2.25), dégénération (3.1-11.32) de l’homme (ch. 3), de la famille (4-5), de la société (6) et des nations (11), régénération (12-50) d’hommes choisis (12-35.21), de la famille (35.22-38.30), de la société (39-50.21) et d’une nation (50.22-26).

- La Gn. contient 10 sections successives commençant par la formule : "Voici les origines" (hébr. toledot, v. génération), ou son équivalent : "Voici la postérité de..." (2.4 ; 5.1 ; 6.9 ; 10.1 ; 11.10 ; 11.27 ; 25.12 ; 25.19 ; 36.1, répété au v. 9 ; 37.2). En principe, ceux qui ont divisé la Genèse en chapitres et sections placent l’expression "voici la postérité" (toledot = histoire) au début du chapitre ou de la section (par ex. : Genèse 5.1 ; 6.9 ; 10.1 ; 11.10). Mais D. J. Wiseman se demande si les découvertes des anciens textes mésopotamiens permettent de placer ce "titre" au début d’une section et non pas à la fin.

- Si on se pose cette question, c’est parce que les textes anciens retrouvés ont plutôt un "colophon" de ce genre à la fin de la tablette, ou encore à la fin d’un côté de la tablette. On appelle l’information à la fin d’une tablette ou série de tablettes donnant l’identité du scribe ou du possesseur et la date de la tablette : "Colophon" =" fin" en latin. D’ailleurs, un examen de l’endroit où est placée cette expression dans le texte de la Genèse (tel que cela se présente dans la version Segond par exemple), montre que parfois ce qui précède l’expression se rapporte davantage à la personne mentionnée dans "le toledot" que ce qui suit. Par exemple, après Gen. 5.1 nous ne lisons plus rien au sujet d’Adam-sauf dans la généalogie. Si ce "colophon" avait clôturé le recto de la tablette, la généalogie qui suit aurait été au verso de celle-ci.

- Une autre constatation qui semble lier la Genèse à un milieu très ancien est la façon dont certaines petites expressions reviennent deux fois dans le texte. Par exemple, "quand ils furent créés" se trouve dans 2.4 et 5.2 ; "après le déluge" dans 10.32 et 11.10. On a suggéré que nous aurions ici la méthode mésopotamienne, au début du 2e millénaire av. J.-C., pour lier ensemble les tablettes différentes, également la façon de "numéroter les pages". Cette méthode consistait précisément à répéter les derniers mots d’une tablette au début de la suivante dans la même série. Nous ne pouvons être certains de la chose, mais nous constatons qu’il y a, dans la Genèse, huit "doublets" de ce genre. Toutefois D. Kidner dans son commentaire de la Genèse (Tyndale O. T. Commentaires, 1974) fait la critique de cette hypothèse (p. 22-24). Enfin, on ne peut ni infirmer complètement ni confirmer cette thèse, puisque nous ne savons pas l’état physique des tablettes qui constituaient pt-être les sources qu’employait Moïse pour la rédaction de la Genèse.

- Somme toute, nous voyons que la façon dont la Genèse nous est présentée, jusqu’au ch. 37.1, est certainement liée à un milieu littéraire très ancien, ce qui ne nous permet plus de la découper en morceaux selon des hypothèses plutôt subjectives d’après l’emploi des noms différents pour Dieu (YHWH, Elohim, etc.). Les conclusions de D. J. Wiseman paraissent suffisamment solides à certains exégètes pour leur permettre d’essayer de retrouver le contenu des dix premières tablettes de la Genèse.

- L’histoire de Joseph (ch. 37-50) n’appartient pas au même genre littéraire. Elle suit plutôt, par son style, l’ancienne litt. égyptienne, que nous retrouvons, p. ex., dans "l’histoire de Sinouhé" ou dans "l’histoire des deux frères". Ce fait-là aussi est significatif pour dater ces ch.

- Message spirituel.

Ce livre fondamental nous introduit de façon magistrale dans la Révélation écrite de Dieu. Nous expliquant les origines, il donne en même temps les fils conducteurs qui mènent à travers toute la Bible jusqu’à la consommation finale de l’Apoc. Dans la Gn. nous trouvons en effet le début de toutes choses : création des cieux et de la terre, apparition de l’humanité, paradis, arbre de vie, première mention du tentateur, chute et début du péché, 1er jugement universel par l’eau, tour de Babel, dispersion des langues, vocation du peuple de Dieu. Dans l’Ap. tout est accompli : nouveaux cieux et nouvelle terre, humanité glorifiée, paradis éternel et arbre de vie (2.7 ; 22.2), châtiment définitif de Satan, fin du péché, 2e jugement universel par le feu (20.11 ; 2 Pi. 3.5-12), réunion des hommes de toutes langues autour de l’Agneau #Re 5.9 leur règne éternel dans la nouvelle Jérusalem en la présence immédiate de Dieu (21.22). Nous avons là une des preuves de l’extraordinaire unité d’inspiration de la Bible, pourtant écrite au cours d’env. 16 siècles, par tant d’auteurs différents.

- Comme il est naturel, la Gn. est sans cesse citée directement ou indirectement dans l’A. T. Le Seigneur s’intitule constamment "le Dieu d’Abraham d’Isaac et de Jacob," nom qui serait incompréhensible sans la Gn. De même, l’origine et la vocation d’Israël ne pourraient se concevoir sans un tel livre. Que ferions-nous d’ailleurs si nous n’avions pas les grands récits des 11 premiers ch., qui servent de point de départ à toute l’histoire de la rédemption ! Remarquons d’autre part que les ch. 12-50 (39 ch., soit presque les 3/4 du livre) sont consacrés à 4 biographies, pleines d’enseignements sur l’individu, la famille, l’éducation, l’action de Dieu au cours des générations. Christ lui-même confirme ces récits principaux : création de l’homme et de la femme #Mt 19.4-6 meurtre d’Abel #Lu 11.49-51 le déluge (17.26-27), Abraham, Isaac et Jacob #Mt 22.32 ; Joh 8.56 circoncision des patriarches #Joh 7.21-23 etc. Etienne résume la Gn. de la vocation d’Abraham jusqu’à la descente en Egypte avec Joseph. #Ac 7.1-17

Paul fait de constantes allusions aux personnages et aux faits spirituels de la Gn. (p. ex. : #Ro 4 ; 5.12-21 ; 9.7-13 ; 1Co 11.7-12 ; 2Co 11.3 #Ga 3.6-18 ; 4.21-31 ; 1Ti 2.13 etc.) Quant à l’ép. aux Hébr. v. ce qu’elle dit sur Melchisédek (7.1-22), sur la création et les patriarches, depuis Abel jusqu’à Joseph (11.3-22).

- La place occupée par Christ dans la Gn. est encore ce qui nous rend ce livre le plus précieux. Jésus lui-même nous dit que Moïse a écrit de lui, et que si nous ne croyons pas Moïse, nous ne pourrons croire à ses paroles. #Lu 24.25-27, 44 ; Joh 5.46-47 ; 8.56

Déjà dans le récit de la Création, nous voyons une allusion à la Trinité dans le pl. utilisé à propos de Dieu (1.1, Elohim 26 ; 3.22 ; cf. Jn. 1.1-3 ; Col. 1.16 ; Hbr. 1.10). Adam était la "figure de celui qui devait venir" #Ro 5.14-15 ; 1Co 15.22, 45-49

La promesse de la postérité de la femme qui écrasera la tête du serpent #Ge 3.15 est appelée le protévangile, la 1re annonce de la rédemption par les souffrances de l’incarnation. Abel est déclaré juste par sa foi en un sacrifice sanglant, plus excellent que celui de Caïn (4.4 ; Hbr. 11.4). L’eau du déluge était une figure du baptême, et l’arche, croyons-nous, une image du salut en Christ qui nous porte au travers du jugement, étant ensevelis et ressuscités avec lui #1Pe 3.21 ; Ro 6.3-4

Melchisédek semble être comme une apparition à Abraham de notre souverain sacrificateur éternel et parfait #Ge 14.18-20 ; Heb 7.1-8, 24-25

L’ange de l’Eternel (v. ce mot) est également une théophanie, une manifestation de celui qui, seul, rend visible la présence de Dieu. #Ge 16.7 ; 18.2 ; 22.11 ; 32.25

Le sacrifice d’Isaac, le fils unique si longtemps attendu, à Moriya (cf. 2 Chr. 3.1), présente des analogies extraordinaires avec celui du Fils unique de Dieu presque au même endroit #Ge 22.1 ; Heb 11.17-19 ; Ga 3.16

Le Chilo, le souverain, sortira un jour de la tribu de Juda #Ge 49.9-10

C’est ainsi que la lignée du Messie se précise : il naîtra de notre race (3.15), du peuple issu d’Abraham (22.17-18) de la tribu de Juda (49.10), de la famille de David. #2Sa 7.13-16 de Marie #Lu 1.32

- Pour toute la question d’auteur, unité, authenticité, v. aussi Pentateuque. Pour les dates, etc., v. Chronologie, Généalogie.

V. aussi Création.



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