Galates

Galates (Epître aux)

- Auteur.

- L’apôtre Paul (l’authenticité de cette ép. n’est contestée par personne).

- Destinataires.

- Aux Eglises de la Galatie (1.2). C’est donc une lettre circulaire à des Eglises fondées par l’apôtre. S’il s’agit bien de la Galatie du sud (v. Lieu), ces Eglises sont nées lors du premier voyage missionnaire de Paul. #Ac 13.13-14.26

Gal. 3.1-5 ; 4.13-20 ; 5.7 font allusion aux circonstances de leur fondation. Elles étaient composées essentiellement d’anciens païens (4.8) tentés à présent d’adopter la circoncision (5.2 ; 6.12) et d’une minorité de Juifs et de prosélytes (2.15 ; 3.13, 25,28-29 ; 4.5). Tous connaissent déjà une grande partie de l’histoire de l’A. T. (3.6-9 ; 4.21-31) de la Loi de Moïse (3.10-12) et des écrits des prophètes (4.27).

- Lieu.

- Les spécialistes ne sont pas d’accord sur la localisation des Eglises de la Galatie, car ce terme désigne à la fois la région du nord de l’Asie Mineure habitée par les descendants des Gaulois qui s’y étaient fixés au 7e s. av. J.-C., et la province romaine qui englobait aussi la Lycaonie, la Pisidie et la Phrygie situées plus au sud.

- Dans la première option, adoptée autrefois, Paul n’a pu évangéliser les Galates avant son deuxième voyage missionnaire #Ac 16.6 et la lettre ne pourrait dater que du troisième voyage, c.-à-d. après son second passage en Galatie. #Ac 18.23 ; Ga 4.13

Par contre, si nous optons pour la seconde alternative, les destinataires sont les chrét. habitant les régions évangélisées par Paul lors du premier voyage (à Antioche de Pisidie, Iconium, Lystre et Derbe). Les arguments de part et d’autre, sont nombreux (v. A. Kuen, Lettres de Paul,
p. 168-183). Les éléments décisifs sont, à notre avis, ceux qui se rapportent à la date de l’ép. : si on la recule jusqu’au 3e voyage missionnaire, la visite de Paul à Jérusalem mentionnée 2.1-10 équivaut à celle d’Act. 15 et, malgré ses protestations de véracité (1.20), Paul omettrait l’un de ses voyages à Jérusalem. D’autre part. beaucoup d’arguments de Paul (2.3, 6, 9...) perdraient leur sens et leur poids après la conférence de Jérusalem, l’incident d’Antioche (2.11-14) devient difficilement compréhensible après Act. 15.7-11. C’est pourquoi, beaucoup de spécialistes actuels préfèrent l’hypothèse "sud-galatique" lancée en 1748 et adoptée depuis lors par "la majorité des savants modernes" (Guthrie, Intr. 452).

- Date.

- Si la lettre s’adresse aux Galates du sud, elle est la première écrite par l’apôtre et date de l’an 49, peu après l’incident d’Antioche et avant la conférence de Jérusalem. Elle a dû être rédigée à Antioche de Syrie. Les allusions chronologiques dans la lettre doivent se comprendre dans le cadre suivant :

- 33 : Conversion de Paul.

- 36 : "Trois ans après" (1.18). Paul se rend à Jérusalem.

- 36-44 : Il prêche l’Evangile dans la Syrie et la Cilicie (1.21).

- 44-45 : Barnabas le ramène à Antioche. #Ac 11.25-26

- 45-46 : L’Eglise d’Antioche délègue Paul et Barnabas à Jérusalem pour y apporter un secours financier. #Ac 11.29

Paul en profite pour exposer son Evangile aux principaux dirigeants. #Ga 2.2

Il résiste aux "faux frères" qui exigent la circoncision de Tite (2.3-5). Jacques, Pierre et Jean reconnaissent sa vocation d’apôtre des païens et lui donnent la main d’association (2.7-9). 46-47 : Evangélisation de la Galatie. (Act. 13.1-14.26)

- 47-48 : Retour à Antioche. #Ac 14.27-28

Arrivée de Pierre (2.11), puis de personnes de l’entourage de Jacques (2.12 ; Act. 15.1). Pierre renonce à manger avec les païens convertis (2.12-13).

Vive discussion #Ac 15.2

Paul s’oppose à lui (2.14s.).

- 48-49 : Les judaïsants ont suivi Paul dans les Eglises de Galatie et y prêchent la circoncision et le respect de la Loi de Moïse (5.2-12). Ils dénigrent Paul (1.6-17). Au reçu de ces nouvelles, Paul écrit cette ép. avant de monter avec Barnabas à Jérusalem #Ac 15.2-3 où Pierre et Jacques les appuient. #Ac 15.7-21

- But.

- Paul a reçu des nouvelles des Eglises de Galatie récemment fondées par lui et visitées, après son départ, par des prédicateurs judaïsants qui mettent son apostolicité en doute (1.1 ; 2.1-11) et enseignent un "autre Evangile" (1.6-7), insistant sur le respect de la Loi et des fêtes juives (4.9-10), ainsi que sur la circoncision (5.2-4 ; 6.12).

- Cert. membres de ces Eglises ont, au contraire, tiré de la libération apportée par l’Evangile, la conclusion que tout leur était permis (5.13, 16-25). Au lieu de l’amour (5.22), c’est la dissension qui règne entre ces deux partis dans les Eglises (5.13, 20, 26).

- D’après les affirmations de Paul contenues dans sa lettre, on peut déduire le genre d’accusations lancées contre lui : il n’est pas un véritable apôtre (1.1, 15-17), il a copié imparfaitement son message sur celui des apôtres de Jérusalem (1.13-24) qui ne l’approuvent pas (2.2-6).

- Paul écrit donc :

1. pour rétablir la vérité sur son appel, son apostolat et son indépendance par rapport aux apôtres de Jérusalem et asseoir son autorité apostolique ébranlée par les calomnies de ses adversaires (ch. 1-2) ;

2. pour exposer son évangile de la justification par la foi et s’appuyant sur l’Ecriture ; 3. pour redresser l’erreur de ceux qui confondaient liberté avec licence et apportaient de l’eau au moulin des légalistes (ch. 5) ; 4. pour donner un certain nombre de recommandations pratiques (6.1-5 : support mutuel ; 6.6-9 : soutien des serviteurs de Dieu ; 6.10 : pratique du bien envers tous) répondant à des déficiences qui lui ont été signalées.

- Contenu.

- Galates est, avec 2 Cor., la plus personnelle des ép. de Paul où il nous apprend sur lui-même beaucoup de détails non contenus dans les Actes (1.14, 17, 21, 23 ; 2.1-10, 11-21 ; 4.13 ; 6.17) parce qu’il est obligé de se défendre (comme dans 2 Cor. 10-13).

- Il oppose vigoureusement le véritable Ev., à "l’autre Evangile" des judaïsants, la révélation de Dieu aux raisonnements humains (ch. 1-2), la grâce à la Loi, la foi aux oeuvres, la liberté à la servitude, la nouvelle alliance à l’ancienne (ch. 3-4), la marche par l’Esprit à la vie selon la chair et le fruit de l’Esprit aux oeuvres de la chair (ch. 5-6).

- La lettre a été motivée par les intrigues de cert. docteurs judaïsants, contestant l’autorité de Paul et enseignant qu’il fallait observer les lois mosaïques. Ces judaïsants déclaraient que Paul, n’étant pas l’un des Douze, n’avait pas reçu directement la connaissance de l’Evangile. Les adversaires accusaient Paul, semble-t-il, d’avoir été inconséquent en prêchant aux Gentils qu’ils ne devaient pas observer la Loi, alors que tant de Juifs convertis le faisaient encore, et lui-même aussi à l’occasion. #Ac 21.20-26

En outre, ils attaquaient ouvertement l’enseignement de l’apôtre et persuadaient ses convertis d’adopter les prescriptions judaïques. L’essence même de l’Evangile étant ainsi mise en jeu, Paul, mû par une émotion intense, écrivit l’ép. en se servant d’arguments énergiques. La lettre aux Gal. est la Grande Charte de la liberté chrét.

- Après l’introduction (1.1-10), où l’apôtre parle de la complaisance des Galates pour les faux docteurs, il affirme avec vigueur l’inspiration divine de la bonne nouvelle qu’il a prêchée et défend son autorité apostolique (1.11-24) ; Christ la lui a conférée directement. L’apôtre ne dépend pas des hommes. Il montre aussi que l’Eglise de Jérusalem et les Douze ont admis son apostolat (2.1-10) ; quant à son enseignement, il n’a jamais varié (2.11-21), même lorsque Pierre, à Antioche, paraissait s’y opposer par son comportement. Au ch. 3, Paul défend la doctrine de la justification par la foi seule ; il en appelle à l’expérience du salut par la foi, expérience que les Galates eux-mêmes ont faite (3.1-5) ; il se réfère à l’Ecriture pour montrer que tel a été le chemin qu’Abraham lui-même a suivi pour être sauvé (v. 6-9). Paul souligne aussi certaines vérités scripturaires, concernant la Loi : puisqu’elle exige l’obéissance parfaite comme condition du salut, la Loi n’apporte que malédiction ou sanction (v. 10-12). Christ, maudit à notre place, nous a délivrés de cette malédiction (v. 13, 14). Dieu a ratifié l’alliance du salut par la foi, qu’il avait conclue avec Abraham et sa descendance. Par conséquent, la Loi, survenue plus tard, ne peut annuler le pacte primitif (v. 15-18) ; elle n’était destinée qu’à être une discipline temporaire, obligeant les hommes à réaliser que le péché est la transgression des commandements de Dieu (v. 19, 20). La Loi a donc fait fonction de pédagogue, pour conduire les pécheurs à Christ (v. 21-24). Au ch. 4, l’apôtre donne à ses lecteurs 3 raisons de plus d’être fidèles à son Evangile : l’adoption et l’affranchissement de l’enfant de Dieu (4.1-11) ; l’affection des Galates pour Paul (v. 12-20) ; le parallélisme que présente l’histoire d’Agar, de Sara, et de leurs fils, avec l’alliance du Sinaï et l’alliance de la grâce (v. 21-31). De 5.1 à 6.10 l’apôtre illustre la doctrine de la liberté à l’égard de la Loi : il exhorte les Galates à sauvegarder cette liberté, mais à ne pas en abuser, et à pratiquer, dans la liberté, la "loi de Christ" qui est celle de l’amour et de l’entraide. Le passage de 6.11-18, que Paul écrivit prob. de sa propre main, est la conclusion : il y résume l’essentiel de son enseignement.

- Plan.

- Cette première lettre de Paul semble jaillie d’un trait d’un coeur paternel inquiet pour l’avenir de ses enfants spirituels. "C’est un cri d’indignation et de douleur" provoqué par l’amour ardent que l’apôtre portait à ses convertis.

- Introduction (1.1-5)

I. L’enseignement de Paul (ch. 1-2) (Argument biographique : son évangile est indépendant des hommes).

A. Comment il a reçu son évangile : (1.6-24) par révélation et non par l’intermédiaire des hommes

B. Mais cet évangile a été approuvé par les frères les plus considérés de Jérusalem... (2.1-10)

C. ...et défendu même en face de Pierre (2.11-21) (qui, dans le conflit d’Antioche, était en tort)

II. Le contenu de cet enseignement (ch. 3-4)

La doctrine de la justification par la foi (Argument théologique : comment l’Ecriture confirme l’évangile de Paul).

A. L’homme est justifié par la foi, non par la loi (3.1-14)

1. Les Galates ont reçu le Saint-Esprit quand ils ont cru, ils ont donc été justifiés par la foi (3.1-5)

2. L’Ecriture enseigne cette même doctrine (3.6-9). Exemple d’Abraham

3. La Loi ne peut pas nous justifier (3.10-14)

B. Infériorité de la Loi (3.15-4.11)

1. Elle est venue bien après la promesse (3.15-18)

2. Elle n’a été donnée que pour un temps (3.19-20)

3. Elle ne peut pas produire la vie (3.21-22)

4. Elle devait garder les hommes pendant leur minorité et les mener à Christ (3.23-4.11)

Parenthèse : Appel aux Galates (4.12-20)

Demeurez dans la foi, restez attachés à moi.

C. L’ancienne alliance est finie (4.21-31). Allégorie d’Agar et de Sara.

III. La vie qui découle de cet enseignement (ch. 5-6) (Argument pratique : cet évangile rend libre)

A. les dangers du légalisme (5.1-12)

B. La vraie liberté chrétienne (5.13-25) est une marche selon l’Esprit

C. Comment vivre cette liberté dans l’Eglise (5.26-6.10)

- Conclusion (6.11-17).

L’importance de l’ép. aux Galates est immense.

- 1. A cause des détails qu’elle fournit sur la vie de l’apôtre. La concordance qu’elle présente avec la relation que donnent les Actes de la vie de Paul et de ses rapports avec l’Eglise, a été fort contestée, mais cette harmonie peut être entièrement prouvée ; v. dans l’art. Paul, les remarques chronol. concernant la visite de Paul à Jérusalem après sa conversion #Ga 1.18, 19 ; Ac 9.26-29 et la conférence de Jérusalem #Ga 2.2-10, Ac 15

- 2. L’ép. prouve aussi que les Douze étaient d’accord avec Paul, quoique son ministère s’exerçât parmi les Gentils.

- 3. Avec plus de concision que l’ép. aux Romains, qui est plus détaillée et moins véhémente, et au moyen d’exemples particuliers, l’ép. aux Gal. donne le même plan du salut et le même aperçu de la dispensation hébr. Tous les hommes étant sous la Loi et condamnés par elle comme transgresseurs, le salut est impossible par les oeuvres de la Loi. Christ seul peut sauver, car il a, par sa mort, satisfait aux exigences de la Loi à l’égard de ceux qui croient. La Loi n’a jamais été destinée à sauver, mais à être un tuteur ou un pédagogue (chez les Grecs, esclave conduisant les enfants à l’école) pour nous amener à Christ. Maintenant, nous ne sommes plus sous ce pédagogue. C’est par la foi qu’Abraham fut sauvé, c’est par la foi, et uniquement par la foi que nous devenons enfants d’Abraham, participants de la bénédiction et héritiers de la promesse. C’est pourquoi le judaïsme, comme méthode de salut, fut une interprétation erronée de l’A.T. ; la distinction entre Juifs et Gentils a été abolie. La proclamation de ces vérités rend manifeste que le christianisme est une religion mondiale et non une secte juive.

- Les 1ers écrivains chrét. se servirent beaucoup de l’ép. aux Gal. : durant la 1re moitié du IIe s., Polycarpe, l’ép. à Diognète, Justin Martyr ; durant la 2e moitié du IIe s., Méliton, évêque de Sardes, puis Irénée, Clément d’Alexandrie, et Tertullien, qui la mentionnent expressément dans leurs citations. L’ép. aux Gal. figure dans la vers. Vieille Latine, et dans le fragment de Muratori.

- Cette ép. a joué un rôle capital au 16e siècle pour faire redécouvrir la doctrine du salut par la foi. Elle peut, aujourd’hui encore, lutter efficacement contre le légalisme qui, partout et toujours, menace de remplacer la Bonne Nouvelle de la libre grâce de Dieu. "Qui a compris son message a compris l’Evangile".



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