Ephésiens

Ephésiens (Epître de Paul aux)

- Auteur.

- L’auteur s’identifie lui-même comme étant l’apôtre Paul (1.1 ; 3.1, 7 ; 4.1 ; 6.19-20). Les détails qu’il donne sur sa vie, concordent parfaitement avec ce que nous apprennent les autres ép. La structure de la lettre, sa langue et son contenu théologique sont les mêmes. Les témoignages externes abondent dès le 2e s. Clément de Rome, Ignace, Polycarpe, Hermas, Clément d’Alexandrie, Tertullien, Irénée et Hippolyte attestent qu’elle a été reconnue et utilisée de très bonne heure et d’une façon constante. On peut même dire qu’elle est sans doute la lettre la plus fréquemment citée par les écrivains des 1ers s. Elle figure dans la liste de Marcion et le fragment de Muratori (170 ap. J.-C.). Les preuves internes sont également décisives. L’auteur mentionne 2 fois son nom (1.1 ; 3.1). La répartition des matières est paulinienne, commençant par la doctrine (ch. 1-3) et finissant par la vie pratique, fruit de la doctrine (ch. 4-6). Pourtant, beaucoup d’auteurs critiques en rejettent l’authenticité pour des raisons de vocabulaire, de parenté littéraire avec Colossiens, et de théologie. Aucun des arguments avancés n’est péremptoire et n’a entraîné l’adhésion de la majorité des spécialistes, même critiques.

- Date et lieu.

- L’ép. a été écrite en prison à Rome en même temps que Colossiens et Philémon aux environs de l’été 62 (3.1 ; 4.1 ; 6.20). De rares commentateurs situent cette ép. dans la période de captivité à Césarée #Ac 24.27 mais dans ce cas on comprendrait mal que l’apôtre écrive en même temps aux Philippiens (2.23-24) et à Philémon (22) qu’il espère être bientôt relâché. Cet espoir n’aurait guère existé à Césarée, où il venait d’en appeler à César. D’autre part, il avait une liberté suffisante pour prêcher l’Ev. #Ac 28.30 ; Eph 6.19-20 ; Col 4.3-4 et le prétoire comme la maison de César dont il parle sont très vraisemblablement à Rome. #Php 1.13 ; 4.22

Enfin, la phrase "Je suis ambassadeur" #Eph 6.20 peut suggérer sa présence dans la capitale de l’empire.

- Destinataires.

- Ephèse était la capitale de la province romaine d’Asie (3 à 400 000 habitants), située à 5 km de l’embouchure du Caystre. C’était l’un des ports les plus importants de la Méditerranée orientale (où Jean a vu passer toutes les marchandises énumérées Ap. 18.12-13), un centre administratif et relig.. #Ac 19.35-40

L’Eglise d’Ephèse fut fondée par Paul au cours des trois années qu’il passa dans cette ville #Ac 19.1-10 ; 20.31

Après son départ, elle continua à prospérer sous la direction de ses anciens. #Ac 20.17

- Cette intime connaissance réciproque de l’apôtre et de L’Eglise et l’absence de salutations personnelles ainsi que cert. expr. (1.15 ; 3.1-2 ; 4.21) et d’autres détails ont fait penser que cette ép. ne s’adressait pas à la seule Eglise d’Ephèse, mais que c’était une lettre circulaire destinée à toutes les communautés de la province d’Asie. L’ép. est adressée "aux saints qui sont à Ephèse, et aux fidèles en Jésus-Christ". Quelques mss très anciens omettent les mots "à Ephèse," p. ex. les 2 principaux du N. T., le Codex Sinaïticus, et le Codex Vaticanus, et le papyrus de Chester Beatty du début du 3e s., le plus ancien ms. que nous possédions des ép. de Paul.

- Contenu.

- Ephésiens est la moins personnelle et la plus structurée des lettres de Paul. Elle ne répond à aucune situation précise d’une Eglise et ne réfute aucune erreur ou hérésie particulière. Elle expose le plan de Dieu depuis avant la création et le poursuit jusqu’à sa consommation dans l’éternité. Son thème majeur est l’Eglise, corps de Christ, vue sous l’aspect universel, dans laquelle Juifs et Grecs ont été unis pour former une nouvelle humanité (2.11-12, 15-16), une seule famille (1.5 ; 2.19 ; 4.6 ; 5.1) dans laquelle s’effacent toutes les barrières échafaudées par les hommes. Par leur union vitale "en Christ" (120 fois dans l’ép.), les hommes sont progressivement transformés.

- La partie doctrinale de l’ép. (ch. 1-3) présente les privilèges des chrét. : grâce à l’oeuvre du Père, du Fils et du Saint-Esprit (1.3-14), un nouveau peuple de Dieu a été constitué (2.1-10), réconciliant Juifs et païens (2.11-22). Dans cette présentation s’insèrent une parenthèse sur le ministère de Paul auprès de ce nouveau peuple (3.1-13) et deux prières en sa faveur (1.15-23 ; 3.14-21).

- La partie pratique (ch. 4-6) expose les responsabilités découlant de ces privilèges : obligations spirituelles : conserver l’unité de l’Esprit (4.1-16), morales : rompre avec la conduite païenne (4.17-5.20), et domestiques : nouvelles relations entre maris et femmes, parents et enfants, maîtres et esclaves (5.21-6.9). La vie nouvelle est un combat constant (6.10-20).

- Notons encore l’enseignement extraordinairement précis de l’ép. sur le Saint-Esprit : il scelle celui qui croit au Christ (1.13-14) ; il illumine pour lui le merveilleux salut de Dieu (v. 17-19) ; il habite dans le temple que forme l’Eglise (2.22) ; comme dans le coeur et le corps du croyant individuel qu’il fortifie et remplit au-delà de toute mesure (3.16-21 ; 1 Cor. 6.19) ; il n’y a qu’un seul Esprit qui crée et maintient l’unité véritable (4.3-4) ; tout péché l’attriste (4.30) et doit être confessé et pardonné #1Jo 1.7-9 la volonté formelle de Dieu est que l’Esprit nous remplisse chaque jour davantage, ce qui devient possible par la foi et l’obéissance. (5.18 ; 3.16, 19 ; Jn. 7.37-39).

- Comparaison avec l’ép. aux Colossiens. De même que la lettre aux Colossiens, celle aux Ephésiens a été envoyée par l’entremise de Tychique #Eph 6.21 ; Col 4.7-8

L’analogie de langue et de pensée révèle que les 2 ép. ont été rédigées en même temps. Comparez, p. ex. :

Eph. 1.1, 2 avec Col. 1.1, 2

Eph. 1.3, 20 ; 2.6 ; 3.10 ; 6.12 avec Col. 1.5 ; 3.1-3

Eph. 1.6, 7 avec Col. 1.13-14

Eph. 1.9 ; 3.9 ; 6.19 avec Col. 1.26 ; 2.2 ; 4.3

Eph. 1.10 avec Col. 1.20, 25

Eph. 1.11 avec Col. 1.12

Eph. 1.17 avec Col. 1.10

Eph. 1.19, 20 avec Col. 2.12

Eph. 1.20 avec Col. 3.1

Eph. 1.22 avec Col. 1.18

Eph. 1.23 avec Col. 2.9

Eph. 4.22-24 avec Col. 3.8-10

Eph. 4.32 avec Col. 3.13

- Ce parallélisme va si loin que, selon Lewis, sur les 155 versets des Ephésiens, 78 se retrouvent plus ou moins tels quels dans les Colossiens ( Int. Stand. Bible Ency. p. 956). Il est évident que l’apôtre a rédigé ces 2 ép. sous la pression des mêmes circonstances. La lettre aux Ephésiens paraît avoir été écrite immédiatement après celle aux Colossiens, dont elle prolonge les lignes.

- But.

- Aucun but précis ne ressort directement de l’ép. Son premier objectif semble être didactique : Paul veut donner à toutes ces Eglises plus ou moins jeunes un enseignement solide sur les fondements de la foi et de la vie chrétienne (cf. Col. 2.1-2). Sachant qu’elles sont menacées (Act. 20.29), il veut leur laisser un condensé de l’essentiel à croire et à vivre n’étant pas sûr de pouvoir continuer son ministère oral auprès d’elles.

- Un examen plus approfondi du contenu de l’ép., des points sur lesquels l’apôtre met l’accent et des exhortations répétées, permet de voir comme second but de l’ép. une vibrante exhortation à l’unité entre les deux fractions composant l’Eglise : les anciens Juifs et les anciens païens (v. 1.10, 12-13 ; 2.2, 3, 11-16, 18 ; 3.6). Cette exhortation tient la première place dans la partie pratique (4.3-6, 9-16). Les péchés énumérés (4.2, 25, 26, 28, 29, 31, 32 ; 5.3-4, 5, 6-16, 18) mettent tous l’unité en péril en créant entre les membres d’une même Eglise des sentiments de gêne, de frustration, de rancune, de jugement et de rejet.

- Cette exhortation a pu être motivée par des nouvelles apportées par Epaphras au sujet de ces Eglises d’Asie. Elle pouvait aussi l’être par l’expérience de Paul : il savait que l’Adversaire ne haïssait rien tant que l’unité d’une Eglise et qu’il faisait tout pour la détruire. C’est pourquoi cette exhortation figure en premier lieu dans toutes ses lettres #Ro 12.3-8 ; 1Co 1.10-4.7 ; Php 1.27-2.11

- N’oublions pas non plus que cette lettre a été écrite en même temps que Colossiens et adressée aux Eglises de la même région. Les hérétiques qui avaient prêché leur fausse doctrine à Colosses risquaient de l’introduire aussi dans les autres communautés. Paul savait que le meilleur antidote de l’erreur est la prédication de la vérité. En exposant le vrai plan de Dieu et la vie qui découle du salut, il "vaccinait" les chrét. contre l’intrusion de ces doctrines étrangères.

- Ainsi Col. 2.2 pourrait bien résumer aussi les diff. buts d’Ephésiens.

- Plan.

- L’ép. est nettement divisée en deux parties : doctrinale-pratique. Dans la première (ch. 1-3), Paul nous dit tout ce que Dieu a fait pour nous, cette partie ne contient pas d’impératif ; dans la seconde (ch. 4-6), les verbes à l’impératif abondent : l’apôtre nous indique ce que Dieu attend de nous.

Adresse et salutations (1.1-2)

I. Les privilèges du nouveau peuple de Dieu (1.3-3.21).

A. Nos bénédictions spirituelles en Christ (1.3-14) :

L’oeuvre du Père : il nous a élus (1.3-6).

L’oeuvre du Fils : il nous a rachetés (1.7-12).

L’oeuvre du Saint-Esprit : il nous a scellés (1.13-14).

B. Première prière (1.15-23).

C. La constitution du nouveau peuple de Dieu (2.1-10) :

Ce qu’il était avant le salut (2.1-3).

Ce qu’il est à présent en Christ (2.4-10).

D. L’unité de ce peuple (2.11-22) : Juifs et païens réconciliés en Christ.

E. Le ministère de Paul auprès de ce peuple (3.1-13).

F. Deuxième prière (3.14-21).

II. Les responsabilités du nouveau peuple de Dieu (4.1-6.20).

A. Construire le Corps de Christ dans l’unité (4.1-16) :

- donnée par l’Esprit (2-6),

- pour que nous y croissions (7-16).

B. Marcher d’une manière digne de la nouvelle position (4.17-6.9) :

1. Dans la vie personnelle (4.17-24).
2. Dans les relations avec le prochain (4.25-5.20).
3. Dans le foyer (5.21-6.9).

C. Le combat avec les armes de Dieu (6.10-20).

Conclusion (6.21-24).



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