Deutéronome

Deutéronome

- Titre.

- Le titre Deutéronome que la LXX a donné à ce livre provient d’une traduction de #De 17.18 où copie de la Loi est rendu en gr. par répétition de la Loi ou seconde Loi. En hébr., le livre était intitulé Ceci sont les paroles ou simplement:paroles d’après les premiers mots.

- L’auteur.

- La tradition juive et chrét. est unanime pour attribuer le contenu du livre à Moïse qui y est mentionné plus de 40 fois, parlant à la première personne. Ce dernier volume du Pentateuque, qui a été, encore plus que les autres, la cible des attaques des critiques, insiste pourtant plus que les autres sur son origine mosaïque, donnant des détails précis sur les lieux et dates de sa rédaction (#De 1.2-6 ; 4.44-46), affirmant:Moïse écrivit cette Loi (#De 31.9, 22-24). Josué, le contemporain de Moïse, a confirmé cette origine #Jos 1.7 ainsi que beaucoup d’autres auteurs de l’A. T. #Jud 3.4 ; 1Ki 2.3 ; 8.53 ; 2Ki 14.6 ; 18.12 ; Ezr 3.2 #Ne 1.7 ; 8.1 ; Ps 103.7 ; Da 9.11. Jésus lui-même a cité des paroles du Deutéronome en les attribuant à Moïse #Mt 19.7 ; Mr 7.10 ; Lu 20.28.

- Pt-être Josué a-t-il noté les discours de Moïse et ce dernier a-t-il revu son texte ? Seule la conclusion qui rapporte la mort de Moïse est d’une autre main. La haute antiquité du livre a été confirmée par la découverte des traités de suzeraineté mésopotamiens qui ont exactement la même structure (cf. sous Plan et Nouveau Commentaire Biblique p. 211-212).

- Opinion des critiques sur la question d’auteur. Parmi les livres du Pentateuque, le Deutéronome est part. attaqué par les critiques, qui en nient dogmatiquement la mosaïcité. Ils prétendent que l’auteur en serait un prophète inconnu qui aurait écrit "à la manière de Moïse" entre 715 et 640 av. J.-C. Le livre aurait été publié pour la première fois (trouvé dans la "maison de l’Eternel"), la 18e année du roi Josias, pour appuyer la grande réformation religieuse en cours. (#2Ki 22.1-23.37).

La principale raison de proposer une telle date serait que les livres de l’A. T. ne répètent pas explicitement la prescription de #De 12.1-7 concernant le sanctuaire central ; cette prescription n’aurait été formulée qu’à l’époque de Josias. Pourtant, l’examen sans préjugé du Deutéronome révèle que ses lois avaient été rédigées par écrit, connues et appliquées dès l’entrée d’Israël en Canaan. On en peut donner bien des preuves. Jéricho est "dévouée par interdit" #Jos 6.17-18 selon #De 13.15-18. Après la prise d’Aï, le peuple ne prend que "le bétail et le butin" #Jos 8.27 selon #De 20.1-4. Le cadavre du roi d’Aï est descendu du gibet avant la nuit #Jos 8.29 ; De 21.23. L’autel du mont Ebal #Jos 8.30-31 rappelle #De 27.4-6. La loi même du sanctuaire central était connue de bonne heure en Israël:les tribus établies à l’E. du Jourdain protestèrent que leur autel-mémorial ne devait en aucune manière prendre la place de l’autel du sanctuaire. #Jos 22.29 ; De 12.5.

D’autre part, nous voyons Elkana monter chaque année à Silo, où le culte avait trouvé son premier centre. Après la destruction de Silo, et en une période de guerre, Samuel sacrifie à Mitspa, Rama et Bethléhem, la prescription de #De 12.10-11 s’appliquant à un temps de repos et de sécurité. Le réveil d’Ezéchias #2Ki 18.4, 22 ne se concevrait pas sans la connaissance du Deutéronome et sa loi unique concernant le sanctuaire central, loi qui était connue également des prophètes du 7e s. Nous préférons nous en tenir à des faits si clairs plutôt que de suivre l’argumentation hypothétique et insoutenable de ceux qui nient la mosaïcité et l’authenticité du Deutéronome.

- Date de rédaction.

- 40 ans après l’Exode et 38 ans après le don de la Loi au Sinaï, après la défaite de Sihôn et d’Og (#De 1.3-4). Le livre contient trois discours dont le premier est daté du premier jour du 11e mois de la 40e année (après l’Exode), le second a été prononcé vers la fin de cette année, après les prophéties de Balaam (#De 8.2 ; 9.1 ; 11.31 ; 23.4), le 3e au renouvellement de l’alliance (#De 29.1, 5, 7, 8). Le livre s’étend jusqu’au 30e jour de deuil après la mort de Moïse. Il couvre donc les deux derniers mois de la vie dans le désert en l’an 1406 av. J.-C.

- Lieu.

- Le premier discours fut prononcé au-delà du Jourdain, (l’expr. consacrée depuis Abraham pour la Transjordanie), dans le pays de Moab (#De 1.5 ; Nu 33.48 ; 35.1). #De 1.1 localise très exactement l’endroit (#Nu 23.28 ; 24.1). Le 3e discours eut lieu à l’E. de Jéricho (#De 28.68 ; Jos 1.2). Cette expr. "au-delà du Jourdain" demande quelques explications : Pour Abraham et les Cananéens, cela signifie la contrée située à l’E. du fleuve. Les descendants d’Abraham ont donné à cette expr. le même
s. géographique. Ils étaient arrivés à l’E. du Jourdain, mais, comme les patriarches, ils continuaient d’appeler ce lieu "l’autre côté". Le peuple avait en effet l’impression d’être de l’autre côté du Jourdain, en se trouvant hors de la Terre Promise. Toutefois, le fleuve n’ayant pas encore été traversé, cette phrase ambiguë est complétée de façon réitérée, par des expr. telles que "dans le pays de Moab" (#De 1.5).

- Contenu.

- L’essentiel du livre consiste en discours de Moïse. Ce sont des discours d’adieu, d’où leur caractère solennel. Le conducteur du peuple considère le passé en regardant déjà vers l’avenir:ce passé enseigne à la nouvelle génération que le seul moyen de conquérir le Pays promis est d’obéir aux commandements de Dieu. C’est pourquoi Moïse répète, explique, amplifie la Loi et l’applique aux conditions nouvelles qu’Israël trouvera en Canaan, dégageant souvent sa signification spirituelle profonde. Des modifications mineures témoignent de la souplesse du commandement divin qui s’adapte aux circonstances changeantes : il est question de maisons et de villes au lieu de camp ; de nouvelles mesures de protection sont édictées en faveur des Lévites, des orphelins, des veuves et des étrangers (cf. aussi #Le 17.3-4 avec #De 12.15, 21 ;#Ex 21.6 avec #De 15.17). On a changé p. ex. la loi exigeant que les animaux abattus pour être consommés fussent amenés à l’entrée du tabernacle ; le peuple pourra les tuer dans la localité où il sera #De 12.15, 21 ; Le 17.3, 4 pour la même raison, il n’est désormais plus nécessaire d’offrir à Dieu, le 8e jour, les premiers-nés des animaux ; on peut différer le sacrifice jusqu’à ce que le propriétaire, s’il réside très loin du sanctuaire, vienne aux fêtes annuelles. #De 15.20 ; Ex 22.29.

Au cas où l’esclave hébr. préfère rester attaché à la maison de son maître, plutôt que de revendiquer son droit légal à la liberté, la cérémonie de la porte suffit, il n’est plus requis de se présenter devant Dieu (#De 15.17 ; Ex 21.6). Le peuple aura un autel unique, au lieu choisi par l’Eternel pour y faire résider son nom. Cet autel unique devait neutraliser la tendance à l’idolâtrie, en empêchant le peuple de célébrer un culte dans les nomb. sanctuaires des Cananéens. Ainsi, les cérémonies en l’honneur de l’Eternel pouvaient devenir infiniment plus solennelles et magnifiques que les rites idolâtres des Cananéens, car les Hébreux devaient s’assembler fort nomb. et apporter au Seigneur l’hommage de toutes leurs ressources. Ce culte, célébré par l’ensemble du peuple, devait d’autre part cimenter la communauté et contribuer à unifier la nation. Des dangers s’étaient déjà manifestés : jalousie de personnes et de tribus, tendance populaire à l’idolâtrie, propension de parties importantes du peuple à se séparer de leurs frères pour s’établir dans des régions riches en pâturages. En cette période critique, le code deutéronomique souligne avec une insistance nouvelle la loi déjà ancienne de l’unité du lieu de culte. La cohésion nationale et le maintien de la théocratie en dépendaient.
. -On a objecté que le Deutéronome ne différencie pas les sacrificateurs des Lévites, comme le font le Lévitique et les Nombres. On trouve souvent l’expr. "les sacrificateurs, les Lévites" #De 17.18 ; 18.1 ; 24.8 ; 27.9 ou encore "les sacrificateurs, fils de Lévi" (#De 31.9). En considérant #De 18.1-8 isolément, on se demanderait si tout Lévite pouvait être sacrificateur. Or,

1. C’est bien à la tribu de Lévi qu’ont été octroyées les fonctions sacerdotales. #De 10.6 ; 18.1-8 ; 33.8, 9. La tribu tout entière a été mise à part pour un service sacré, part. pour le sacerdoce. Même lorsque la distinction entre les sacrificateurs et l’ordre inférieur des Lévites était nettement marquée, la tribu, dans son ensemble, était considérée comme sacerdotale. #De 12.31 ; Mal 2.1, 4-5, 8-9 ; 3.3 ; Heb 7.13.

2. Le titre de "sacrificateurs lévites" figure dans des écrits composés après la promulgation de la législation lévitique, chacun l’admet ; cette expr. est employée par Ezéchiel (#Eze 43.19 ; 44.15) et par le chroniqueur de #2Ch 23.18 ; 30.27 ; Jérémie aussi l’a utilisée #Jer 33.18, 21.

3. Le Deutéronome se fonde sur une législation sacerdotale antérieure, car il présuppose la technique des lois du rituel. L’auteur mentionne explicitement des lois antérieures, relatives au sujet qu’il traite ; nous ne les connaissons que par le Lévitique et les Nombres #De 18.1, 2 ; Nu 18.20 ; De 24.8, 9 avec #Le 13.1-14.57 ; Nu 12. L’auteur fait aussi des allusions qui présupposent ces mêmes lois. #De 12.15-16 ; Le 17.3.

4. On peut cert. admettre que, lorsque #De 18.1-8 a été écrit, les lois du Lévitique étaient en vigueur. La tribu de Lévi ne devait pas avoir d’héritage, contrairement aux autres tribus israélites, mais une cert. part des sacrifices et des dîmes devait lui revenir #Le 6.17-19 ; Nu 18.20, 21, 24, 26.

L’auteur du Deutéronome insiste beaucoup sur cette règle:les "sacrificateurs lévites," toute la tribu de Lévi, n’ont point d’héritage ; ils doivent se nourrir des sacrifices. #De 18.1. Le texte parle ensuite de ce que l’on doit aux sacrificateurs (L’épithète de "lévites" est omise). L’auteur souligne l’importance de ces redevances. Le peuple ne doit pas frustrer les sacrificateurs de leur revenu #De 18.3, 4 ; Ex 29.27, 28 ; Le 7.34 ; Nu 18.11, 12 (où interviennent de légères modifications).

- Finalement, le texte fixe les droits des Lévites venus s’établir près du sanctuaire. Si un Lévite, pas nécessairement de rang inférieur, quitte n’importe quelle partie du pays pour aller se fixer dans ce lieu central comme tous ses frères les Lévites qui se tiennent devant le Seigneur, il fera le service au nom de l’Eternel, et il recevra la même nourriture #De 18.6-8. Le genre de service qu’il fera n’est pas mis en question. Les termes employés signifient à la fois le service des sacrificateurs et celui des Lévites, de rang moins élevé qu’eux #De 18.5 ; 17.12 ; 1Sa 2.11, 18 ; 3.1 ; 2Ch 23.6 ; 29.4, 5, 11.

On insiste sur le point suivant:les droits et les privilèges de tous les Lévites dans le sanctuaire doivent être pleinement reconnus et accordés. Si le Lévite est sacrificateur, il servira et sera nourri comme tel ; s’il n’est pas sacrificateur, il jouira des prérogatives de ses frères qui sont simplement Lévites. Les chefs ne doivent pas le frustrer de ses privilèges, sous prétexte qu’il s’agit d’un inconnu, venu d’un endroit éloigné.

- Le livre se compose principalement de 3 exposés, consignés par écrit et sur la base desquels l’alliance est solennellement renouvelée (1-30).

Premier exposé:1.6-4.43:le rappel de l’histoire du peuple, depuis l’alliance conclue au Sinaï avec la génération précédente.

Deuxième exposé:4.44-26.19. Récapitulation des ordonnances concernant le peuple.

Troisième exposé:les ch. 27-28:sont la conclusion de ce qui précède :

1. Recommandation d’inscrire la Loi sur des pierres enduites de chaux qui seront dressées sur le mont Ebal.

2. Bénédictions et malédictions consécutives à l’obéissance et à la désobéissance.

Après ces 3 exposés qui forment l’essentiel du livre du Deutéronome, Moïse désigna publiquement Josué pour son successeur et lui conféra une mission précise (31.1-8) ; puis il remit cette Loi par écrit aux sacrificateurs, et les chargea de la lire publiquement aux Israélites (31.9-13). Il se rendit avec Josué dans le tabernacle, afin que l’Eternel revêtît Josué de ses fonctions (14-15). Dans la Tente d’assignation, Dieu inspira à Moïse un cantique pour le peuple (16-23). Moïse élabora et écrivit le cantique (22) ; puis il ordonna aux Lévites, porteurs de l’arche, de déposer le livre complet de la Loi à côté de l’arche comme témoignage (24-29). Moïse commanda aux anciens et aux officiers de se réunir pour entendre et apprendre ce cantique (28), qu’il répéta en public (31.30 à 32.47). Les adieux de Moïse sont relatés de 32.48 à 33.29 ; le récit de sa mort se trouve comme un post-scriptum au ch. 34.

- Deutéronome a été appelé le livre de l’obéissance ; les mots faire, se rappeler s’y trouvent des dizaines de fois. Ces lois nous sont données pour notre bien (#De 10.13).

- D’un autre côté, Moïse souligne la fidélité de Dieu envers le peuple de l’alliance (ch. 1-4) :Il réalisera ses promesses envers lui, il en a le pouvoir, à condition que le peuple respecte de son côté ses engagements. Le caractère prophétique du livre apparaît dans les formules:monte, prends possession (35 fois), le pays que l’Eternel ton Dieu te donne (34 fois).

- Le judaïsme y a puisé la prière que chaque bon Juif récite matin et soir, le chema Israël, en combinant #De 6.4-9 ; 11.13-21 avec #Nu 15.37-41, ainsi que l’action de grâces prononcée après les repas (#De 8.10). Le N. T. contient près d’une centaine de citations plus ou moins verbales de ce livre, preuve qu’il était considéré comme important par les premiers chrét. Jésus y a puisé trois des quatre textes qu’il a opposés au Tentateur ainsi que le plus grand commandement. #De 6.5.

- But.

- Les Israélites qui avaient reçu la Loi au Sinaï et qui étaient entrés dans l’alliance avec Dieu étaient presque tous morts. Il fallait rappeler cette Loi à la nouvelle génération, la lui expliquer, en appliquer les principes à la vie future en Canaan afin que les conquérants du pays de la promesse entrent en connaissance de cause dans l’alliance avec l’Eternel. Moïse va leur rappeler l’historique de cette alliance, il examine tous les aspects de la vie communautaire à sa lumière, explique ce qui est essentiel en elle et dans les diff. commandements, en donne le sens spirituel et les applique à la vie individuelle de chacun. Les Israélites vont entrer dans un pays rempli d’idolâtrie:Attention ! Qu’ils n’imitent pas leurs pères dans leur désobéissance et leur déloyauté envers l’Eternel !

- Pour préparer la cérémonie solennelle du renouvellement de l’alliance (#De 11.26-29 ; 27.9, 10 ; 30.1), Moïse calque ses discours sur le schéma des pactes de suzeraineté en usage dans tout le Moyen-Orient. L’Eternel est le Souverain unique et tout-puissant (#De 6.4 ; 15.10, 14, 18), il veut assurer l’avenir de son peuple (#De 8.1 ; 9.5). Il exige de ses sujets une loyauté inconditionnelle dans tous les détails de la vie (ch. 12-26). Qu’ils détruisent les hauts lieux idolâtres qu’ils trouveront en Canaan (#De 7.25-26 ; 12.1-7, 29-31) et aiment l’Eternel (#De 6.4 ; 7.7-8) en le révérant et en lui obéissant (#De 6.4-9 ; 11.13). Cet amour s’étendra aussi aux faibles, aux défavorisés (#De 10.17-19 ; 24.10-22) et même aux animaux (#De 25.4). Dieu leur présente les conséquences de leur obéissance (#De 28.1-14) et de leur désobéissance (#De 28.15-68) :à eux de choisir (#De 30.15-20). Le regard prophétique de Moïse embrasse même les siècles lointains où viendra le Prophète (#De 18.15), où Israël sera dispersé parmi toutes les nations, puis restauré dans son pays (#De 30.1-10).

- Plan.

- La structure du livre est celle des traités conclus entre suzerains et vassaux au cours du second millénaire av. J.-C. :

- Préambule:1.1-5

- Prologue historique (arrière-plan du traité) :1.6-4.43

- Stipulations fondamentales du traité (explication des 10 commandements) :4.44-11.32

- Stipulations détaillées : droits et devoirs du peuple:12.1-26.19

- Ratification de l’alliance (enregistrement, renouvellement) : 27.1-26

- Sanctions de l’alliance:bénédictions et malédictions:28.1-62

- Signature du traité:renouvellement de l’alliance:29.1-30.20

- Prospective:dispositions pour la succession et pour l’alliance : 31.1-34.12



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