Création

Création

Action spécifique de Dieu appelant à l’existence ce qui, auparavant, n’existait pas.

- "Les anciens ignoraient l’idée de création : c’est pourquoi ils considèrent le monde comme éternel et régi par une nécessité absolue, nécessité aveugle ou nécessité rationnelle. Dans ce système, il n’y a aucune place pour la liberté, car, bien que la raison puisse démontrer que le monde est oeuvre de création divine, c’est en fait du judéo-christianisme qu’elle a reçu cette vérité." (Jacques Chevalier, Leçons de Philosophie, tome II Morale et Métaphysique, 1943, p. 642). En effet, la Genèse, le premier livre de la Bible, en même temps que le plus ancien puisque écrit il y a près de 3500 ans, débute par un récit de la création du monde ; elle est donc bien, comme son nom l’indique, le livre des origines, le livre des commencements, désignée dans la Bible hébraïque par le mot berechith, premier mot de la première phrase de ce premier livre : "berechith bara ELOHIM. . ."" Au commencement Dieu créa. . .". La Genèse nous place donc d’emblée face à la création "la pièce maîtresse de la pensée judéo-chrétienne. . . Jamais l’idée de la création n’est apparue, dans l’esprit humain, ailleurs, avant" (Pierre Chaunu, Ce que je crois 1982 pp. 167-168). Elle nous met aussi en présence du Dieu Créateur, un Dieu personnel, transcendant, unique, situé hors du temps et de l’espace qui sont des parties de sa création. Elle témoigne ainsi que le monothéisme (croyance en un seul Dieu) a précédé le polythéisme (croyance en plusieurs dieux) ; ce dernier est une déviation du premier ; toutes les tentatives réalisées en vue d’une démonstration contraire ont échoué : le recours au nom pluriel ELOHIM du Dieu de la Bible, le rapprochement suggéré entre le nom désignant, en Gn. 1.2, l’abîme, les eaux profondes TEHOM, et celui d’une divinité païenne, TI’AMAT, personnifiant les eaux de la mer. . .( Ch. Marston, La Bible a dit vrai, éd. franç. 1956, pp. 27-29 ; J. A. Thompson, La Bible à la lumière de l’archéologie, éd. franç. révisée 1988 pp. 17-18). En outre, la Genèse constitue vraiment par ses premières pages le trait d’union entre les deux grands ouvrages du Créateur, la nature et la Bible.

- Nombreux sont les témoignages, directs ou indirects, de savants au récit de la Genèse, cela dès la fin du 18e s., c.-à-d. depuis la naissance et les premiers développements de la géologie, la science ayant pour vocation avec les disciplines satellites, telle la paléontologie, de retracer l’histoire de notre planète et de la vie à sa surface.

- 1. Après Buffon et ses "Epoques de la Nature" (1778), ce furent Georges Cuvier, le fondateur de l’anatomie comparée et de la paléontologie, qui évoquait le récit biblique notamment dans son Discours sur les révolutions du globe (1812), Marcel de Serres, l’un des pionniers de la géologie, qui écrivit même un ouvrage au titre significatif, De la Cosmogonie de Moïse comparée aux faits géologiques (1838), et d’autres encore en France et au-dehors ; les uns et les autres constatèrent l’accord fondamental entre l’antique récit et les découvertes sur lesquelles était en train de s’édifier la nouvelle science.

- 2. Au 20e s., parmi les témoignages à retenir, il faut citer ceux des géologues Albert de Lapparent (1839-1908), déclarant : "Si je devais en quarante lignes résumer les acquisitions les plus authentiques de la géologie, je copierais le texte de la Genèse, c.-à-d. l’histoire de la création du monde telle que l’a tracée Moïse," et Pierre Termier (1859-1930) qui affirmait à propos du déluge : "Le récit de Moïse n’a rien qui doive étonner un géologue..., le tableau est complet et le géologue le plus avisé ne le peindrait pas d’autre façon," et qui, à partir de cet exemple et d’un certain nombre d’autres, montrant le rôle de la géologie en apologétique, concluait : "La foi chrét. n’a pas à redouter les progrès de la géologie." C’est à une constatation analogue qu’aboutissait dans le domaine qui était le sien le biophysicien Henri Devaux, à qui l’on doit des études apologétiques, dont une sur Les trois premiers chapitres de la Bible (Etude scientifique et religieuse) où il remarquait que les phases successives de la création telles qu’elles sont indiquées dans la Genèse "peuvent être traduites en langage scientifique, et qu’elles correspondent, par leur nature et par leur succession, aux faits les plus marquants envisagés par la science la plus avancée" (3e éd. 1952).

- 3. A partir des années 1925-1930 se dessine dans le monde scientifique une autre voie ; ce n’est plus une confrontation directe et systématique de la Bible avec les données de la science. Devant la vision de l’unité et de l’harmonie de la création qui s’impose à eux, de nombreux savants en viennent à remettre en honneur la notion de finalité longtemps abandonnée sous l’influence du rationalisme et du scientisme ; la finalité leur apparaît non seulement comme une finalité interne, immanente, une finalité de fait du domaine direct de la biologie, mais aussi comme une finalité externe à l’être vivant et à la création tout entière, une finalité transcendante qui, pour être essentiellement d’essence métaphysique, n’en correspond pas moins à une réalité. Or, la finalité, quels qu’en soient le niveau et la perspective, exclut l’idée de hasard et implique l’existence d’un Dieu qui a conçu et créé, et qui continue à diriger et à gouverner. C’est là la leçon que, parmi d’autres, nous donnent les médecins et anatomistes Louis Vialleton et Henri Rouvière, les biologistes Lucien Cuénot, Louis Bounoure, Pierre-Paul Grassé... quelles que soient par ailleurs leurs idées respectives au sujet du problème de l’évolution.

- 4. Il faut enfin noter combien les aveux de certains savants matérialistes et athées sont significatifs. C’est un émule de Darwin, bien connu pour sa "fureur antireligieuse" Ernest Haeckel (1834-1919) qui, dans son Histoire de la création naturelle reconnaissait : "Le succès extraordinaire du 1er ch. de la Genèse s’explique par la disposition simple et naturelle des idées qui contraste avantageusement avec la confusion des cosmogonies mythologiques chez la plupart des peuples anciens..." Le biologiste Jacques Monod , dans son livre Le hasard et la nécessité (1970) ne peut échapper à l’idée d’une finalité se cachant sous d’autres appellations plus hermétiques mais de signification identique. Jean Rostand (1894-1977) tout au long de sa vie s’est interrogé sur son athéisme, reconnaissant qu’il n’était "ni satisfait ni apaisé" "obsédé" qu’il était, "sinon par Dieu, du moins par le non-Dieu" ; "malheureusement, avouait-il, je ne parviens pas à imaginer autre chose que le hasard. Mais, biologiquement, il me semble difficile d’expliquer même une fleur par le hasard".

- "Le mot création, qui avait été banni du langage biologique, doit y reprendre sa place..." affirmait Louis Vialleton. Au-dessus et au-delà de tous les témoignages de la science et des savants, la Bible s’ouvre par ces mots qui contiennent toute la philosophie de l’univers : "Au commencement Dieu créa les cieux et la terre."

- Passons donc maintenant au récit lui-même. L’intention de l’écrivain sacré n’était pas de nous donner là un traité d’astronomie, de géologie ou de biologie ; son but était bien moins d’exposer un système cosmogonique que de mettre en lumière un des attributs essentiels de Dieu, créateur et ordonnateur du monde : "Au commencement, Dieu créa..."

- 1. Dans le texte original, Dieu est ici désigné par le terme ELOHIM, que tous les hébraïsants s’accordent à considérer comme un pluriel ; de là à conclure au polythéisme primitif du peuple juif, il n’y avait qu’un pas, et ce pas a été franchi par de nombreux auteurs. Ainsi, Voltaire, dans son Dictionnaire philosophique (art. Genèse), écrit : "Au commencement, Dieu créa le ciel et la terre." C’est ainsi qu’on a traduit ; mais la traduction n’est pas exacte. Il n’y a pas d’homme un peu instruit qui ne sache que le texte porte : "Au commencement les dieux firent, ou les dieux fit le ciel et la terre. Cette leçon est d’ailleurs conforme à l’ancienne idée des Phéniciens qui avaient imaginé que Dieu employa des dieux inférieurs pour débrouiller le chaos..."

- Or, contrairement à ce qu’affirme Voltaire, il n’est pas permis de traduire indistinctement "les dieux firent" ou "les dieux fit" ; la seule traduction possible est "les dieux fit" ; le plur. ELOHIM, sujet d’un verbe au sing., est riche de s. : c’est d’abord un plur. d’excellence exprimant "le respect, la vénération voués à Dieu par Israël". C’est ensuite un pluriel synthétique, Dieu réunissant en sa personne "une collection de forces infinies, la somme de toutes les perfections. Il n’est absolument pas possible de tirer argument du mot ELOHIM utilisé dans ces conditions en faveur de la pluralité des dieux de la Révélation contre l’unité du Dieu de la Bible. Les verbes ou les épithètes se rapportant à ELOHIM sont, en effet, toujours au sing., alors qu’ils sont au plur. comme le subst., quand la Bible parle des dieux étrangers" (André Lamorte, Le Dieu de la Bible, 1935, pp. 233-234). Le plur. est aussi utilisé au v. 26 : "Faisons l’homme à notre image, selon notre ressemblance" et en 3.22 : "Voici, l’homme est devenu comme l’un de nous" ; il nous est alors permis de voir dans les versets ainsi rapprochés l’indication, dès les premières pages de la Bible des trois personnes de la Trinité (Ch. Rochedieu Introduction pratique à la Genèse, 1932, pp. 15-16 ; cf. Col. 1.12-19).

- Le Dieu désigné par ELOHIM est le même qui, ailleurs, dans les Ecritures, est nommé Yahvé, Celui qui se définit à Moïse du milieu du buisson ardent : Je suis Celui qui suis, Celui qui s’appelle Je suis #Ex 3.14

Yahvé, c.-à-d. l’Eternel ; c’est là l’affirmation non seulement de la transcendance et de l’éternité de Dieu mais de sa fidélité. On ne saurait invoquer les 2 noms, d’ailleurs souvent juxtaposés dans un même verset, ELOHIM et Jahvé, comme l’indication de sources, de traditions, d’inspirations différentes et même divergentes pour les livres du Pentateuque (André Lamorte, ouvr. cité ; Le problème du Pentateuque et l’hypothèse des "sources" in Revue de théologie et d’action évangélique, 1942 ; La nature de l’inspiration des Ecritures 1957). Le Dieu dont il s’agit n’est pas un Dieu créé par Moïse ou par quelque autre auteur, mais le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob, le Dieu de Moïse et des prophètes, le Dieu de Jésus-Christ, le Dieu de la Bible tout entière, le vrai, le seul Dieu #Ex 3.6 ; De 18.18-19 ; Isa 43.11-12 ; Jer 10.10-12 ; Joh 5.45-47 ; 17.3

Le récit de la création n’est pas un poème né de l’imagination de l’homme mais l’introduction nécessaire à la Bible qui, tout entière, est la Révélation de Dieu à l’homme.

- 2. Dans le prologue de la Genèse, le second mot qui doit retenir notre attention est le verbe créa par lequel on traduit le mot hébr. bara. Ce verbe bara n’est pas employé au hasard par l’écrivain sacré ; traduisant une intervention tout à fait spéciale du Créateur, il indique "l’action créatrice de Dieu qui tire du néant ou de rien" la chose, l’élément, le principe qu’il crée. Sur les 31 versets du 1er ch. de la Genèse, ce mot bara revient dans 3 versets seulement : le v. 1 qui se rapporte à la création de la matière et de l’ensemble du cosmos, le v. 21 où il est question de la création des animaux, le v. 27 où il est répété trois fois à propos de la création de l’homme. On aurait pu, semble-t-il, s’attendre à ce que ce mot bara se trouve au v. 12 relatif à l’apparition des végétaux ; or, il n’est pas utilisé à cet endroit-là du récit. Il est sans doute possible d’expliquer cela par le fait que les animaux, qui manifestent en gén. mouvement et sensibilité d’une façon plus nette que les plantes représentent en apparence dans la création quelque chose de plus nouveau, de plus vivant que les végétaux qui semblent n’être qu’une simple production de la terre ; les animaux qui apparaissent au 5e jour, sont donc considérés comme le symbole même de la vie organique ; avec eux, c’est la vie qui se manifeste dans sa plénitude et qui va conquérir les divers milieux biologiques, eau, air (v. 20-23) ; en fait, le mot vie (vivants) employé aux versets 20 et 21 au sujet des animaux ne l’est pas aux v. 11 et 12 à propos des végétaux. En tout cas, grâce à ce verbe bara qui revient à 3 moments différents du récit bibl., nous sommes mis en présence des 3 grandes révolutions qui successivement se sont accomplies, des 3 actes créateurs fondamentaux de Dieu, des trois discontinuités essentielles, véritables hiatus, qui sont apparus et qui depuis lors n’ont cessé d’exister dans la création :

- la création du système "énergie-matière,"

- la création de la vie,

- la création de l’homme.

- Par contre, ailleurs, lorsqu’il est question de l’oeuvre du 4e jour et de l’apparition dans l’étendue des cieux des grands luminaires pour luire sur la terre, ce n’est pas le verbe bara qui est utilisé, mais un verbe ayant une acception plus générale, asah, signifiant non pas "créer de rien" mais "faire, disposer, approprier, organiser" et qui suppose une matière, des éléments préexistants.

- Les trois discontinuités fondamentales, soulignées par les trois bara créateurs du récit bibl. correspondent aux trois univers distingués par le biologiste contemporain P. P. Grassé : le macrocosme, celui de la matière brute, le plus vaste, s’étendant de la terre aux plus lointaines galaxies, le biocosme, celui de la vie, l’anthropocosme celui spécifique de l’homme, d’ailleurs la seule créature à participer dans l’économie présente, à la fois de ces trois univers en réalisant dans sa personne une trinité dans une unité : corps, âme, esprit.

- La constatation de ces trois discontinuités fondamentales n’en exclut pas d’autres non moins réelles. De plus, la Bible, dès la Genèse nous fait connaître trois méthodes, trois opérations réalisées par Dieu à plusieurs niveaux et respectivement désignées par les trois mots suivants : création, l’acte correspondant au verbe bara, ensuite, séparation, un acte important dans l’organisation de la création #Ge 1.4-5, 6-7, 9-10, 14-18 enfin incarnation. #Ge 2.7

Il faut noter que le verbe bara revient encore en Gn. 2.13 ; il se rapporte alors globalement à l’ensemble de la création, à "toute l’oeuvre que Dieu avait créée en la faisant". (Suite Article suivant)

Création (2)

(Suite)

- En plus de ces données primordiales, le récit de la création contient bien d’autres notions scientifiques fondamentales :

- 1. L’existence d’un commencement. Ce qu’écrivait l’astronome Sir James Jeans est toujours valable et est partagé par beaucoup d’autres savants (Le mystérieux univers, 2e éd. 1932) : "... Il y a eu nécessairement ce que nous pouvons appeler une "création" à une époque qui n’est pas infiniment reculée... En fait le caractère fini du temps et celui de l’espace nous contraignent presque par eux-mêmes à nous représenter la création comme un acte de pensée... Les cosmologies primitives imaginaient un créateur travaillant dans l’espace et le temps, forgeant le soleil, la lune et les étoiles à l’aide d’une matière première déjà existante. La science moderne nous oblige à considérer le Créateur comme travaillant en dehors du temps et de l’espace qui sont une partie de sa création..."

- 2. La primauté de l’énergie sur la matière, soulignée en part. par la manifestation de la lumière (v. 3) avant l’apparition du soleil (v. 14).

- 3. La notion de la communauté d’origine et de l’unité de constitution des diverses parties de l’univers (v. 1).

- 4. L’indication de l’unité de composition chimique des êtres vivants, y compris l’homme dans son corps qui est formé des mêmes éléments chimiques que celui des animaux et des végétaux, ainsi que le montre le rapprochement des passages suivants avec les expr. répétées "de la terre," "de la poussière de la terre" (1.11-12 ; 24 ; 2.7, 19), ce qui n’exclut d’ailleurs pas une spécificité chimique affirmée ailleurs dans l’Ecriture. #1Co 15.39

- 5. Les notions d’espèce, de reproduction et d’hérédité (v. 12, 21, 24-25), alors qu’il a fallu attendre le 19e s. et les conclusions de Pasteur, hors desquelles, au plan scientifique, "nous ne savons rien de l’origine ni de la fin de la vie" et pour qu’on se rende compte que, dans les conditions actuelles du monde, dans l’économie présente, il n’y a pas de génération spontanée.

- 6. Le privilège rare sinon exclusif pour notre planète d’être porteuse de vie et son apanage d’être seule, dans l’immense univers, habitacle d’humanité à l’encontre de la thèse autrefois admise de la pluralité des mondes habités (cf. Es. 45.18).

- 7. L’ordre d’apparition des êtres vivants, la vie dans les mers ayant apparu avant la vie sur la terre ferme et dans l’air #Ge 1.20 et les végétaux ayant précédé les animaux #Ge 1.11-13 en conformité avec les découvertes de la paléontologie et de la géologie.

- 8. Le fait que l’homme est apparu le dernier avec une organisation particulière, unique, dans laquelle la faiblesse physique s’allie à la force dominatrice, ce qui fait de lui un être tout à fait à part et de sa création le plus considérable des événements biologiques auquel nul autre n’est comparable. #Ge 1.24-28 ; Ps 8.4-9

- 9. En ce qui concerne les circonstances de cette création, l’existence, à l’origine, d’un seul couple humain (= monogénisme), et d’un seul berceau, unique centre géographique d’apparition et de dispersion (= monotopisme) (Gn. 1.27 ; 2.8-17), conclusions qui furent celles de nombreux savants depuis l’un des maîtres de l’anthropologie et de l’ethnologie Armand de Quatufages de Bréau (L’espèce humaine, 10e éd. 1890) jusqu’à d’éminents biologistes de notre génération (Lucien Cuénot, P. P. Grassé...).

- 10. Le fait que la création de l’homme constitue l’achèvement et le couronnement de l’oeuvre créatrice de Dieu, inaugurant une ère nouvelle marquée par une stabilité relative du monde physique et biologique, ainsi que l’implique le récit bibl. de la création au sujet du 7e jour, le repos de l’Eternel, à partir duquel Dieu a cessé de créer, mais non d’agir. #Ge 2.1-3 ; Mt 6.26-30 ; 10.29-31 ; Joh 5.17

- On a dit du récit bibl. de la création et des ch. immédiatement suivants qu’ils étaient une "Apocalypse rétrospective," en donnant au mot "Apocalypse" son s. originel, étymologique de "Révélation," l’Apocalypse, la "Révélation des origines" (Henri Blocher). De son côté, le géologue Pierre Termier définit le géologue comme un "prophète du passé". A combien plus forte raison peut-on dire cela de Moïse, écrivant les premiers ch. de la Bible, en part. le premier ! Celui-ci n’est-il pas une "prophétie du passé," une véritable reconstitution et résurrection de ce passé mystérieux surgi de l’éternité puis englouti dans l’océan des âges sans aucun autre repère, aucun autre témoignage que l’inspiration de Dieu ? La géologie et la biologie ne devaient naître et se développer que plusieurs siècles plus tard.

- Lorsqu’on s’efforce de faire la distinction entre les faits et les hypothèses, et qu’on examine, dans cette perspective, les théories scientifiques, faisant la part de ce qu’il peut y avoir en elles d’instable, de contingent, de caduc, on constate que ce qui, en définitive, demeure au-dessous des sables mouvants des explications humaines, ce qu’il y a de vraiment solide et sûr, c’est le roc intangible de la Parole de Dieu.

- Cette première page de la Bible pourrait sans doute nous montrer d’autres anticipations, d’autres concordances tout aussi remarquables que celles qui viennent d’être indiquées ; pour celles-ci, en ne retenant que les événements majeurs envisagés à la fois par le récit mosaïque et par la science, il est même possible d’établir un parallélisme, un synchronisme entre les jours bibliques et les grandes ères géologiques. (voir tableau page 300 dictionnaire Emmaüs)

Il convient de remarquer à cet égard que le récit de la Genèse met essentiellement l’accent, dans l’histoire de la vie à la surface de la terre, d’une part, sur la première manifestation de la vie et l’expansion extraordinaire des végétaux (3e jour), d’autre part, pour les animaux, sur ce qui concerne l’apparition et le développement des différents groupes de vertébrés (poissons, reptiles, oiseaux, mammifères) comprenant les animaux qui auront le plus grand intérêt pour l’homme dans son approche quotidienne et dans l’utilisation qu’il en pourra faire (5e et 6e jours).

- Mais, dira-t-on, n’existe-t-il pas deux récits successifs de la création apparemment différents, voire, sur certains points contradictoires. (Gn. 1.1 à 2.3 et Gn. 2.4-25)

En fait, on ne saurait les opposer l’un à l’autre pour conclure à une diversité de sources, de traditions ou à une pluralité d’auteurs. Un examen plus attentif montre d’ailleurs qu’il n’y a pas deux mais trois récits qui par leur continuité et leur complémentarité nous conduisent par étapes au centre même de la Révélation de Dieu : le premier, très court #Ge 1.1 se situant en dehors et en deçà du 1er jour, nous présente la terre par rapport à l’ensemble de l’univers ; le second (Gn. 1.2 à 2.3) décrit les diverses phases, chronologiquement ordonnées, de l’histoire géologique et biologique de notre planète ; le troisième #Ge 2.4-25 moins systématique et sans souci de chronologie, est centré sur l’homme. L’univers ! La terre ! L’homme ! Quel enchaînement, quelle continuité, quelle harmonie, quelle logique, quelle pédagogie, la pédagogie même de Dieu !

- Un mot du récit bibl. mérite alors qu’on s’y arrête ; c’est le mot jour, traduction du subst. hébr. yom. En effet, si certains commentateurs estiment qu’il doive être pris dans son s. littéral de jour solaire de 24 h, d’autres auteurs pensent qu’il s’agirait là plutôt de périodes de plus ou moins longue durée ; ainsi le faisait le naturaliste Buffon (1778) ; ainsi l’entendent aujourd’hui beaucoup de théologiens respectueux de l’Ecriture. De nombreux témoignages internes au récit, ainsi que le contexte bibl. nous poussent à prendre en compte ce second point de vue. Nous avons d’abord pour nous y inviter cette parole d’un psaume de Moïse reprise par l’apôtre Pierre : "Mille ans sont à tes yeux comme le jour d’hier quand il n’est plus, et comme une veille de la nuit..." #Ps 90.4 ; 2Pe 3.8

Plusieurs points méritent d’être soulignés :

1) Dans tout le récit s’exprime une chronologie soulignant l’un des caractères spécifiques de la Bible, son caractère historique ; dès le début la Bible nous apparaît non comme un poème, une fiction, mais comme une histoire faite d’événements successifs réels et pouvant être datés les uns par rapport aux autres ; dès ses premières lignes, elle nous introduit dans la dynamique du temps.

2) Dans notre langue le mot jour peut être pris dans un s. étroit ou dans un s. large ; il en est de même pour le terme hébr. yom. Les mots soir et matin qui, tout au long du récit, reviennent comme un refrain pour en scander et en souligner le développement, ne sauraient être invoqués en faveur de jours de 24 h, bien qu’ils soient utilisés à la manière juive ; pour les Juifs, en effet, la journée commençait au coucher du soleil, raison pour laquelle, sans doute, au Ps. 104.19, le psalmiste indique la création de la lune avant celle du soleil. D’ailleurs ces termes, eux aussi, peuvent être pris dans un s. étroit ou dans un s. large, ainsi que d’autres mots semblables, tels aurore, aube, crépuscule ; les termes soir et matin, ici employés, ne sauraient indiquer autre chose que le commencement et la fin d’une période.

3) Les durées respectives des jours de la création ne sont pas indiquées ; elles sont sans doute proportionnées à l’importance de l’oeuvre accomplie et décrite dans le cadre de chacun de ces jours. Le récit lui-même l’implique. Trois exemples l’attestent : a) Le 4e jour, à propos duquel n’est pas utilisé le verbe bara, mais un verbe au s. plus gén. et moins précis asah correspond non pas à une création "de rien," mais à une organisation en part. par un processus de séparation, d’appropriation de choses antérieurement créées ; il répond certainement à une durée moindre que celle d’autres jours du même récit. b) Par contre le Au commencement de Gn. 1.1 s’applique à une oeuvre créatrice de Dieu située en dehors et en deçà du premier jour et correspond à une durée particulièrement longue. c) Au sujet du 7e jour, il n’est question ni de soir ni de matin. En ce qui concerne le début de ce 7e jour, il est bien évident qu’il se situe au terme, c.-à-d. au matin du 6e jour. Qu’est-ce à dire sinon que le 7e jour n’a lui-même pas de matin, c.-à-d. pas de fin dans le cadre du récit, par conséquent qu’il dure encore ? C’est la période dans laquelle nous vivons et qui englobe toute l’histoire de l’humanité.

4) Une dernière remarque ! Les géologues, en répartissant les temps géologiques en 5 grandes ères, ont fait un choix quant aux événements géologiques et paléontologiques ; ils auraient pu envisager d’autres critères et d’autres priorités de définition ; il en serait résulté une chronologie dont les cadres auraient été différents. De même pour le récit bibl. de la création dans lequel le nombre 7 correspond à un choix, à une intention, à un dessein :

- a) 7 est le nombre de la plénitude, de la perfection, de l’achèvement : au 7e jour, Dieu acheva son oeuvre créatrice #Ge 2.1 il vit tout ce qu’il avait fait, et voici, cela était très bon #Ge 1.31

- b) le 7e jour est le repos de l’Eternel après l’accomplissement de toute son oeuvre ; à une échelle beaucoup plus grande et de façon anticipée, il est l’image prophétique, l’annonce du jour du repos, le 7e de la semaine, le sabbat que Dieu prescrira à son peuple. #Ex 20.7-11

- Quelles sont en tout cela la part et la place de l’évolution entendue selon la doctrine évolutionniste et de son expr. la plus dure, essentiellement matérialiste, dite transformiste. D’après ces conceptions nées des travaux de Jean Lamarck et de Charles Darwin, les espèces végétales et animales ne seraient pas immuables, mais présenteraient d’incessantes variations de telle sorte qu’elles auraient donné et qu’elles pourraient encore donner naissance à de nouvelles espèces ; elles s’engendreraient ainsi les unes les autres, des formes à l’origine les plus simples jusqu’aux plus complexes, en montant au cours des âges de rang en rang jusqu’à l’homme par le jeu des simples forces naturelles ; les conceptions évolutionnistes débouchent de la sorte sur la théorie de la descendance s’exprimant par des arbres généalogiques. "Evolution" était le mot qu’au temps du biologiste allemand Haeckel il suffisait de prononcer pour dissiper toutes les difficultés et résoudre tous les problèmes. Or, les années 1930 ont vu s’ouvrir et se développer une crise de l’évolutionnisme.

- 1) Des objections à l’égard de cette théorie se sont élevées de tous côtés, du côté de l’école créationniste américaine, et aussi du côté des savants plus modérés, qui de Louis Pasteur et de Jean-Henri Fabre jusqu’à ceux du 20e s., géologues, biologistes, médecins (Paul Lemoine, E. Raguin, Louis Vialleton, Henri Devaux, Dr Maurice Vernet...). Des insatisfactions et des réserves importantes se sont également exprimées chez les évolutionnistes eux-mêmes (Jean Rostand, Pierre-Paul Grassé...).

- 2) Il y a eu une remise en question des facteurs supposés de l’évolution ; les uns ont été situés à leur place exacte, dans leur véritable perspective (mutations, sélection naturelle, temps) ; l’action de cert. autres a été fortement contestée et même complètement écartée (hérédité des caractères acquis sous l’action du milieu, des habitudes). Les biologistes du 20e s. ont été placés devant ce double fait, d’une part l’étonnante stabilité de la vie (E. Guyenot), d’autre part l’absence de documents paléontologiques concernant la genèse des grands types d’organisation, par conséquent l’inexistence de formes intermédiaires de transition (P. P. Grassé), et dans l’éclairage de leur découverte de la notion de finalité, même de l’existence d’une téléfinalité (Lecomte du Noüy), c.-à-d. une finalité à but lointain, correspondant en partie à la finalité transcendante, plus étendue de par son essence métaphysique, distinguée par P.P. Grassé.

- Dès lors l’évolution, loin d’éliminer le concept de création, l’implique. Cette évolution ne peut être qu’un phénomène limité dont les bornes sont en partie déterminées par l’existence de ces trois principes irréductibles, se situant sur des plans diff., correspondant à des discontinuités fondamentales, la matière, la vie, l’esprit, ce qui n’exclut pas, notamment dans le monde vivant, d’autres hiatus difficiles à combler et échappant aux démarches du transformisme. Aussi, lorsqu’on parle d’évolution, faut-il distinguer trois niveaux bien diff. :

- 1) les variations d’ordre essentiellement génétique, d’amplitude et d’importance très limitées, se faisant par le jeu de mutations autour du type moyen de l’espèce et correspondant à la microévolution ;

- 2) la succession de flores et de faunes, se manifestant par la prédominance de tels ou tels groupes, constatée au cours des temps géologiques, dont l’étude relève de la paléontologie et qui correspond à la macroévolution ;

- 3) enfin, les essais d’explication de l’évolution dans son ensemble, relatifs plus particulièrement à la genèse de la vie et des grands types d’organisation végétale et animale, la mégaévolution, qui est le domaine de choix du transformisme et qui relève uniquement de la théorie.

- Aussi la conclusion de Vialleton demeure, selon laquelle le mot "création" doit reprendre sa place dans le langage biologique "au moins pour bien marquer le fait indubitable que le monde nous est donné comme un ensemble coordonné et par conséquent voulu à quelque moment et dans quelque partie qu’on le prenne. Le mot "transformisme" doit être abandonné parce qu’il désigne "une théorie dont l’impuissance à donner ce qu’on lui demandait est manifeste".

- En définitive, la longue histoire de notre planète et de la vie à sa surface, qu’essayent de reconstituer la géologie, la biologie et les sciences annexes et que donne la Bible dans ses premières pages en un raccourci saisissant, a relevé, pour sa réalisation de deux processus conjugués : création et évolution et constitue du commencement à la fin une histoire "voulue" et dirigée par Celui qui est le Maître de l’histoire, comme l’indique la notion de finalité.

- Les faits consignés dans Gn. 1, et confirmés par les découvertes scientifiques de notre temps sont évoqués dans d’autres livres de la Bible (Job, Psaumes, Prophètes...) ce qui montre la remarquable unité de celle-ci, en rapport avec son unité d’inspiration. #2Ti 3.16

- Or, le récit biblique des origines constitue le prélude d’une grande fresque qui se déroule comme un film d’un bout à l’autre des Ecritures, de la Genèse à l’Apocalypse, une fresque à la fois historique et prophétique. Si la Bible, dès sa première ligne nous parle d’un commencement, elle nous parle aussi d’une fin et d’une nouvelle création. C’est la vision que nous donnent l’A.T. et le N.T. : ébranlement gén. du ciel et de la terre, destruction totale de l’univers actuel, et puis création d’un nouveau ciel et d’une nouvelle terre, une création absolument nouvelle, répondant à un ordre nouveau, à une nouvelle économie dans laquelle le temps ne sera plus #Re 10.6 ; Ps 102.25-28 ; Isa 51.6 ; 65.17 ; Mt 24.35 #2Pe 3.8-13 ; Re 6.12-14

- 1) Face aux signes qui, actuellement, s’accumulent, ceux-là mêmes dont la Bible parle : cataclysmes de toutes sortes, dégradations de l’énergie et augmentation de l’entropie, mépris par l’homme de la nature, destruction, du fait de ses activités, des équilibres les plus nécessaires, naturels et biologiques, explosions nucléaires..., nomb. sont les savants, physiciens nucléaires, géologues, biologistes qui envisagent une telle éventualité. Comment ne pas être frappé par le fait que tous les signes eschatologiques (= signes de la fin des temps) indiqués par la Bible en de nomb. textes sont au rendez-vous de notre temps dans leur totalité (aucun ne fait défaut), ensuite leur contemporanéité, leur simultanéité et leur concomitance enfin leur universalité ?

- 2) Aussi n’est-il pas étonnant que pour la première fois depuis que la Bible a été écrite il soit possible de comprendre vraiment cert. de ses pages, celles en part. où sont décrits prophétiquement les processus devant aboutir à la destruction des cieux et de la terre d’à présent et à la création d’un nouvel univers #Isa 65.17 ; 2Pe 3.1-13 ; Re 20.11 ; 21.1-5



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