Corinthiens

Corinthiens (1re épître aux)

- Auteur.

- L’apôtre Paul (l’authenticité de cette ép. n’est mise en doute par personne). L’attribution de cette lettre à Paul est abondamment attestée dès après le 1er s. Clément de Rome, la Didaché, Ignace, Polycarpe, Hermas, Justin Martyr attestent tous son authenticité, Irénée la cite plus de 60 fois ; Clément d’Alexandrie 130 ; Tertullien, env. 400 fois. Le Canon de Muratori place 1 Cor. en tête des ép. de Paul. Bien des preuves internes confirment que l’apôtre en est bien l’auteur (cf. 1.1 ; 3.4, 6, 22 ; 16.21). L’ép. tout entière correspond très exactement au récit des Actes et à ce que nous connaissons d’une part de l’Eglise et de la ville de Corinthe, et d’autre part de la vie et de l’enseignement de Paul.

- Destinataires.

- Corinthe était la capitale de l’Achaïe (partie méridionale de la Grèce) et l’un des principaux centres de la civilisation grecque. Bâtie sur l’isthme entre la mer Egée et la mer Ionienne, elle faisait le trait d’union entre l’Italie et l’Asie. Confluent des marchandises, des races et des cultures de tout le bassin méditerranéen, incendiée en 146 av. J.-C., mais rebâtie par Jules César en 44 av. J.-C., elle se releva rapidement de ses ruines et grandit comme une ville-champignon. Au temps de l’apôtre Paul, elle comptait près de 700000 habitants dont 400000 esclaves, des colons romains, des Juifs, attirés par le commerce florissant, alimenté par ses deux ports : Lechaion à l’O. et Cenchrées à l’E., reliés par le diolkos, une "route à bateaux" évitant aux navires le long contournement du dangereux Cap Malée. Tous les cultes gr., romains et orientaux s’y coudoyaient. On y a retrouvé les ruines de douze temples. Les écoles des rhéteurs, philosophes et artistes étaient florissantes. Les Corinthiens étaient friands de sagesse et de connaissance. #1Co 1.17-31

Mais la corruption des moeurs emboîtait le pas à la prospérité matérielle. Au sommet de l’Acropole (l’Acrocorinthe) le temple d’Aphro dite (la Vénus grecque) comptait mille prêtresses livrées à la prostitution sacrée. "Corinthiser" signifiait, dans tout le monde antique, mener une vie dépravée.

- L’Eglise de Corinthe a été fondée par Paul en 51 comme l’atteste la "pierre de Delphes" découverte en 1905 qui assigne cette date au proconsulat de Gallion. Revenant découragé d’Athènes, l’apôtre commence par annoncer l’Evangile à la synagogue #Ac 19.4 où il rencontre une vive opposition (v. 6). Quelques Juifs se convertissent (v. 8, 17). Ils constitueront le noyau initial de l’Eglise #1Co 1.14-16, 24 ; 7.18 ; 9.20, 22 ; 10.1 ; 12.13

- Après une première période où Paul travaillait chez Aquilas et Priscille, faiseurs de tentes comme lui #Ac 18.2-3 ; 1Co 16.19

Silas et Timothée le rejoignent et lui apportent des dons des Philippiens #2Co 11.8-9 ; Php 4.15-16 de sorte qu’il peut se consacrer à plein temps à l’annonce de l’Evangile. #Ac 18.5

L’opposition à la synagogue grandit. #Ac 8.6

Paul se retire et réunit les disciples dans la maison d’un prosélyte. Pour ne pas susciter des troubles supplémentaires, il s’apprête déjà à quitter la ville, mais le Seigneur l’encourage par une vision à y rester. #Ac 18.9-10

Désormais, il se tourne vers les païens. Des pécheurs notoires se convertissent #1Co 6.9-11 mais aussi des représentants de la "haute société" de la ville tel Eraste, le trésorier municipal. #Ro 16.23 ; Ac 19.22 et Chloé #1Co 1.11

Malgré l’opposition des Juifs #Ac 18.12-17

Paul restera env. deux ans à Corinthe, y rassemblant l’Eglise la plus nombreuse de sa carrière, composée en grande partie d’anciens païens (comme l’indiquent les noms cités Act. 18.7 ; Rom. 16.22-23 ; 1 Cor. 1.14 ; 16.17), esclaves et hommes libres (7.21-22 ; 12.13), riches et pauvres (11.21-22), les seconds étant en large majorité (1.26-31).

- Lieu.

- Paul est parti de Corinthe pour Antioche et Jérusalem, puis il s’est remis en route pour son 3e voyage missionnaire qui l’a mené d’abord à Ephèse. C’est de là qu’il envoie cette ép. (16.8).

- Date.

- L’apôtre est resté plus de deux ans dans cette ville. Déjà, les adversaires de l’Ev. y sont nombreux (16.9). D’après Act. 19, l’envoi de la lettre pourrait se situer vers la fin du séjour, après les deux ans et trois mois d’Act. 19.8-10. Paul fait déjà des plans pour quitter la province d’Asie (16.5-8) où il veut rester jusqu’à la Pentecôte. La lettre a sans doute été écrite au printemps de l’année 56. Elle fut portée à l’Eglise par les trois émissaires corinthiens venus auprès de lui (16.17).

- Contenu.

- La lettre contient la réaction de l’apôtre aux nouvelles apportées par les gens de Chloé (1.10-6.20) et ses réponses aux questions écrites des Corinthiens (7.1-15.58). Dans la première partie, Paul essaie de corriger les désordres signalés : les partis dans l’Eglise (1.10-4.21) et les désordres moraux (5.1-6.20) : immoralité (5), procès entre chrét. (6.1-11), libertinisme de cert. membres (6.12-20).

- Dans la deuxième partie, nous trouvons une alternance entre des réponses aux questions posées et des corrections d’autres désordres et erreurs signalés par les trois émissaires : réponses au sujet du mariage (7), des viandes sacrifiées aux idoles (8.1-11.1), des dons spirituels (12.1-14.40), de la collecte (16.1-4) ; correction concernant la tenue de la femme (11.2-16), la célébration du repas du Seigneur (11.17-34), des erreurs doctrinales au sujet de la résurrection (15.1-58).

- La lettre se termine par un cert. nombre d’informations pratiques relatives aux projets de voyage de l’apôtre (16.5-9), à la venue de Timothée (v. 10-11), à Apollos (12), à Stéphanas (15-16), et aux trois émissaires de Corinthe (17-18).

- La diversité des sujets abordés fait de cette lettre la plus variée et la plus pratique de toutes les ép., celle qui nous permet d’entrer de plain-pied dans la vie d’une Eglise du 1er siècle et de comprendre les problèmes qui se posaient aux jeunes chrét. issus du paganisme. L’éparpillement, cep., n’est qu’apparent. L’apôtre nous ramène toujours des questions les plus diverses aux vérités fondamentales de la foi qui, seules, éclairent tous les aspects de la vie chrét. Le thème central et unique de l’ép. est l’application de la doctrine de la croix à toute la vie individuelle et collective des chrét. Par cette croix, nous sommes unis à Christ. Nous ne pouvons donc plus livrer notre corps à l’immoralité (ch. 5 ; 6.12-20 ; 7), car il fait partie de Christ et il ressuscitera comme lui (ch. 15). La croix unit et rassemble tous les croyants en un seul corps, ceux-ci ne peuvent donc se diviser en partis (1.10.-3.23), se poursuivre en justice (ch. 6), scandaliser les frères (ch. 8 à ch. 11.16) ou manifester une disparité au moment même de la Sainte Cène qui exprime leur communion (11.17-34). L’exercice des dons (ch. 12 et 14) dans l’amour (ch. 13) doit révéler l’unité du corps local, comme l’entraide aux chrét. éprouvés exprimera celle de l’Eglise universelle (ch. 16). Tout vient de la même source : la doctrine et la vie, la discipline et la liberté, la vie intérieure et l’action découlent de notre communion avec Dieu et avec les autres croyants.

- But.

- Après le départ de l’apôtre, Apollos a passé quelque temps à Corinthe #Ac 18.27-28 ; 19.1 puis il est reparti à Ephèse #1Co 16.12

Son habileté rhétorique a emballé cert. membres de l’Eglise. Peut-être l’apôtre Pierre a-t-il également été à Corinthe (9.5 ; une tradition recueillie par Denys de Corinthe, Eusèbe H. E. II, 25, l’affirme) ou bien des judéo-chrét. convertis par lui venus dans l’Eglise. Paul y avait gardé des adhérents convaincus et, opposé à ces trois fractions, un mystérieux "parti de Christ" prétendait ne suivre aucun enseignant humain. Et voilà l’Eglise divisée. D’autres problèmes, relatifs surtout aux rapports avec les gens du monde, ont créé des tensions dans l’Eglise. L’apôtre en ayant été informé, envoie une première lettre, aujourd’hui perdue (5.9-13).

- La situation se dégrade dans l’Eglise. Des serviteurs attachés à la maison de Chloé (1.11) viennent le raconter à Paul. Peut-être commence-t-il immédiatement à écrire les six premiers chapitres de notre lettre. Peu après, arrivent trois messagers de l’Eglise de Corinthe (16.17), porteurs d’une lettre contenant diverses questions. Paul y répond dans les chap. 7-16. Au même temps, il envoie Timothée à Corinthe en passant par la Macédoine (4.17 ; Act. 19,21-22). Mais celui-ci n’y arrivera qu’après la lettre (16.10-11) qui sera envoyée par bateau, sans doute par les trois délégués corinthiens. Les informateurs de Paul lui ont signalé les partis dans l’Eglise (1.12s.), l’inceste d’un des membres (5.1 ; 6.12s.), les procès entre chrét. (6.1-9), la fréquentation de prostituées par cert. chrét. (6.12s.), les libertés prises par cert. femmes par rapport aux coutumes régnantes (11.2-16), les désordres lors des agapes accompagnant le repas du Seigneur (11.17-34), les hérésies enseignées par cert. au sujet de la résurrection des morts (15.1-58). Ils lui avaient aussi dit que son autorité était contestée par des gens qui prônaient la sagesse et la connaissance (1.17-4.21). La lettre des Corinthiens contenait quatre questions auxquelles l’apôtre répondra en employant la même formule chaque fois qu’il passe à un autre sujet : vaut-il mieux se marier ou rester célibataire (7.1.) ; peut-on participer aux banquets dans les temples païens (8.1), qu’en est-il des dons spirituels, peuvent-ils amener quelqu’un à maudire Jésus (12.1), comment agir au sujet de la collecte (16.1).

- Plan.

- La lettre a peut-être été écrite en deux fois (1-6 ; 7-16), mais peu de temps s’est écoulé entre les deux rédactions (dans 4.17 comme dans 16.10-11, Timothée est déjà parti d’Ephèse). Elle est rédigée en un style simple et direct, sur un ton tantôt passionné, tantôt solennel, comme le ferait un père pour ses enfants : avec sévérité, ironie, ou bienveillance mais toujours avec amour.

- Le corps de la lettre (1.10-15.58) comprend :

- I. Les réactions de Paul au rapport des gens de Chloé 1.10-6.20

A. Condamnation des partis dans l’Eglise 1.10-4.21

B. Censure des 3 désordres : 5.1-6.20

1. Inceste 5.1-13

2. Procès entre chrét. 6.1-11

3. Immoralité 6.12-20

- II. Des réponses aux questions écrites des Corinthiens 7.1-15.58

A. Mariage et célibat 7.1-40

B. Questions relatives aux viandes sacrifiées aux idoles 8.1-11.1

C. Questions relatives à l’ordre dans les réunions 11.2-34

1. Le voile des femmes 11.2-16

2. Le repas du Seigneur 11.17-34

D. Questions relatives aux dons spirituels 12.1-14.40

E. Questions relatives à la résurrection 15.1-58

Conclusion 16.1-24

Corinthiens (2e épître aux) .

- Auteur. L’apôtre Paul (l’authenticité de cette lettre n’est pas mise en doute, mais son unité. V. discussion de la question dans A. Kuen, Les Lettres de Paul, p. 143-154).

- Destinataires.

- A l’Eglise de Corinthe (v. Intr. 1 Cor.).

- Date.

- 1 Cor. a été envoyée au printemps 56. Timothée était en chemin pour Corinthe. Il a dû revenir vers la Pentecôte avec des nouvelles alarmantes. A ce moment-là, Paul a sans doute décidé de se rendre directement à Corinthe par voie de mer, puisqu’il dit (12.14 et 13.1) qu’il viendra pour la troisième fois chez eux ; entre le séjour coïncidant avec la fondation et la visite annoncée, il y avait donc une visite "intermédiaire" de caractère "pénible" (2.1 ; 12.21). Il fut reçu avec froideur, les gens du "parti de Christ" s’opposaient à lui (10.7). L’un des membres l’offense même directement sans que l’Eglise intervienne (2.5-11 ; 7.12), mettant sa qualité d’apôtre en doute (10.2,7), l’accusant d’avoir dépassé son mandat en venant à Corinthe (10.14), peut-être même d’avoir voulu s’enrichir aux dépens de ses convertis (12.13-18).

- L’apôtre retourne promptement à Ephèse. Là, il écrit une lettre à l’Eglise de Corinthe (2.1, 3-4, 9 ; 7.12). Il la fait porter par Tite. Mais peu après son envoi, il est troublé : a-t-il bien fait d’être si sévère (7.8) ?

- A Ephèse, les choses se gâtent aussi : au cours de l’été l’orfèvre Démétrius soulève la ville contre l’apôtre. #Ac 19.23-40

Celui-ci passe, de plus, par une grave épreuve dont il désespérait de sortir vivant (1.8-10). Impatient d’avoir des nouvelles de l’Eglise de Corinthe, il va au devant de Tite qui devait revenir par la Macédoine. Il se rend à Troas. Malgré un terrain favorable à l’évangélisation là-bas (2.12), il continue vers Philippes (2.13) où Tite le rejoint, porteur de bonnes nouvelles : l’Eglise a pris des mesures disciplinaires contre "l’offenseur" (7.11). C’est à ce moment-là, donc fin 56 ou début 57, que Paul écrit notre 2e ép. aux Corinthiens (qui est, en fait, sa 4e lettre à cette Eglise).

- Il ne se rendra à Corinthe que fin 57, après avoir évangélisé l’Illyrie. #Ro 15.19

- La 2e ép. aux Corinthiens se répandit moins rapidement que la 1re. Elle n’est pas mentionnée par Clément de Rome, à la fin du 1er s. Par contre elle est connue de Polycarpe (vers 115) et de Marcion (140) ; elle figure dans le Canon de Muratori (vers 170). Elle est confirmée également par Irénée, Théophile, Athénagoras, Tertullien et Clément d’Alexandrie.

- Cert. exégètes ont suggéré que les ch. 10-13 représenteraient une adjonction tirée d’une lettre antérieure, d’un ton plus sévère que le début de 2 Cor. Mais cette supposition n’a pas l’appui de la moindre preuve interne, et on ne trouve aucune trace d’un tel fait dans l’histoire du texte néotestamentaire.

- Lieu.

- L’ép. a été écrite en Macédoine (2.12 ; 7.5 ; 8.1 ; 9.2 cf. Act. 20.15). Quelques manuscrits, s’appuyant sans doute sur une ancienne tradition, précisent : à Philippes.

- Contenu.

- Les événements qui viennent d’être retracés expliquent le contenu de la lettre. D’abord, l’apôtre expose les raisons qui l’ont amené à changer ses plans de voyage. Sa conduite a été mal comprise, son ministère calomnié. Paul commence donc par écarter une série de malentendus qui ont troublé ses relations avec l’Eglise de Corinthe : s’il a modifié son itinéraire ce n’était pas par légèreté ou instabilité de caractère (1.17-22) mais pour ménager les Corinthiens (1.23-2.4) et ne pas sévir contre l’offenseur (2.5-11).

- Puis il ouvre une large parenthèse (2.14-7.4) sur la véritable nature du ministère chrét. (par opposition à celui de ses adversaires à Corinthe) : sa puissance vivifiante (2.14-4.6) -malgré les tribulations qui l’accompagnent (4.7-5.8) -parce qu’il découle de l’amour du Seigneur et du désir de lui plaire (5.9-19). Voilà dans quel esprit Paul accomplit son ministère (5.20-7.4).

- Le parallèle constant de son ministère avec celui de l’ancienne alliance (3.3, 6, 7, 8, 9, 11, 14 ; 4.6) fait penser que ses adversaires à Corinthe s’appuyaient beaucoup sur la Loi de Moïse. Après cette digression, Paul fait part à l’Eglise de sa joie d’avoir eu enfin des nouvelles d’eux-et de bonnes nouvelles-par Tite (7.5-16).

- Ayant réglé le contentieux du passé, il peut en venir à ce qui l’occupe dans le présent : la collecte pour les chrét. pauvres de Jérusalem (ch. 8-9). Pour préparer la contribution des Corinthiens à ce témoignage de solidarité entre anciens Juifs et anciens païens, il leur renvoie Tite, porteur de cette lettre.

- Enfin, il leur annonce ce qu’il se propose de faire lors de son prochain séjour parmi eux : il agira sans ménagement contre ceux qui ne se sont pas repentis de leurs anciens péchés et ceux qui continuent à attiser contre lui le feu de l’opposition.

- Le fil conducteur de sa lettre est donc un développement chronol. : passé, présent, avenir, orienté tout entier vers la visite promise : pourquoi elle a été retardée, comment la préparer, ce que les uns et les autres devront en attendre.

- Le thème gén. de l’ép. est la manifestation de la grâce de Dieu et son triomphe à travers la fragilité humaine (2.14 ; 4.10-11 ; 11.23-29 ; 12.10).

- But.

- Le but essentiel de l’ép. est de rétablir l’autorité apostolique de Paul sur l’Eglise de Corinthe en vue de préparer sa prochaine visite (13.10). Il a été attaqué dans sa personne (10.1,10 ; 11.6), dans son caractère (1.15-17 ; 10.9-11 ; 12.16-19) et dans son enseignement (2.17 ; 10.12-18 ; 11.7-12). Il lui faut donc, bien que cela lui répugne (12.11), réfuter ces attaques pour rétablir son autorité.

- Dans la première partie, il répond aux attaques et donne des explications qu’il se sent obligé de fournir aux Corinthiens : instabilité (1.12-2.4), falsifications de la Parole de Dieu (2.17). Il démontre donc sa sincérité et la pureté de ses motivations et donne à la fraction fidèle des Corinthiens des arguments pour fermer la bouche à ses contradicteurs (5.12, cf. 10.7). Dans cette partie, le poids de l’argumentation repose essentiellement sur la démonstration de la supériorité du ministère de la nouvelle alliance (2.4-7.4). Cette digression constitue le bastion de sa défense : les Corinthiens doivent être persuadés que le ministère des vrais apôtres de Christ-dans la faiblesse et les tribulations-est bien plus glorieux devant Dieu que celui des "super-apôtres" qui, avec leurs prétentions de gloire visible se situent sur la ligne du ministère de l’ancienne alliance. Ces caractéristiques du vrai service de Dieu expliqueront le comportement de Paul à Corinthe.

- La deuxième partie qui, à première vue, constitue un corps étranger dans cette démarche, la sert également : les adversaires de Paul ont voulu persuader les Corinthiens que le fondateur de leur Eglise agissait en franc-tireur, sans lien avec l’Eglise-mère de Jérusalem. Cette collecte les convaincra de la fausseté des accusations : elle démontre sa sollicitude pour les chrét. de Judée et l’unité profonde du véritable corps de Christ constitué par les chrét. d’origines juive et païenne.

- Dans la dernière partie, son apologétique se fait plus précise, mêlée à la polémique contre ses détracteurs ; avec une ironie parfois mordante, il dénonce les menées de ceux qui savent si bien faire leur propre publicité (10.12, 18), qui sont hautains, arrogants, despotes (11.19-20), mais reculent devant la souffrance (11.12). Ses propres titres de gloire sont ses travaux, ses souffrances (11.16-33) et sa faiblesse (12.7-10).

- Les diff. buts accessoires de la lettre servent tous, plus ou moins directement, son but essentiel. Chemin faisant :

- 1. L’apôtre exprime sa joie d’avoir vu l’Eglise revenir à lui, dans sa grande majorité. Paul se réjouit du bon accueil qu’elle a réservé à Tite (7.4-7).

- 2. Il donne des instructions au sujet de la manière d’agir envers l’offenseur (2.5-11).

- 3. Il précise pourquoi il envoie Tite accompagné de deux frères : pour remettre en train la collecte commencée l’année précédente (ch. 8-9).

- 4. Il veut préparer l’évangélisation des contrées situées plus à l’O. et s’assurer l’appui de l’Eglise de Corinthe (10.15-16).

- 5. Il prévient les membres de l’Eglise que, malgré le rétablissement des bonnes relations avec eux, il veut continuer à rester financièrement indépendant d’eux (12.14).

- 6. Dans la perspective de sa prochaine visite, il avertit :

- a) qu’il continuera à faire la guerre à l’esprit de parti qui divise l’Eglise (12.20) ;

- b) et à combattre l’immoralité sans compromis (12.21) ;

- c) il agira suivant la procédure recommandée par le Seigneur (Mt. 18.16) envers ceux qui pèchent et qui sèment le trouble dans l’Eglise (13.1-2), sans montrer aucune faiblesse (13.4) ;

- d) il demande à chacun de s’examiner et de se repentir (13.5) pour lui éviter de prendre des sanctions (13.10).

- La valeur de la lettre réside moins dans son enseignement doctrinal que dans les renseignements qu’elle nous apporte sur la personnalité et le ministère de l’apôtre Paul ainsi que sur la vie de l’Eglise primitive. L’apologie que Paul se voit contraint de faire de sa personne et de son oeuvre attaquées également par ses adversaires, nous découvre à la fois son humilité et sa fierté apostolique, sa douceur et sa sévérité, sa sensibilité et son indomptable énergie. Cette lettre nous permet de pénétrer dans son intimité à un moment de bouleversement et de crise : c’est là que l’homme révèle le fond de lui-même. Elle nous livre ses impressions, nous fait partager son indignation comme sa joie, nous le montre en même temps subjugué par ses émotions et parfaitement maître de lui-même.

- Elle nous permet aussi, mieux qu’aucune autre, de nous rendre compte de ce qu’impliquait son ministère : privations, dangers, épreuves, soucis... Il avait à lutter à la fois contre l’inertie spirituelle des chrét., le retour offensif des maux du paganisme et la malveillance d’adversaires jaloux de son influence. Elle nous montre aussi que la controverse avec les judaïsants, commencée en Galatie, s’est étendue rapidement à toute l’Eglise primitive, créant une opposition systématique au ministère de l’apôtre en milieu païen aussi bien que juif. Cet arrière-plan nous permet de comprendre mieux l’ensemble de la carrière et des écrits de Paul.

- La valeur de l’ép. cep. ne se limite pas à son intérêt historique. Aujourd’hui comme alors, l’Ev. et ceux qui le propagent fidèlement sont en butte aux attaques de l’Adversaire. Celui-ci utilise toujours des hommes agissant sous le couvert d’intentions louables (11.13-15) mais qui, en réalité, sapent les fondements de la foi et déchirent le Corps de Christ. Cette lettre montre aux chrét. la vraie attitude d’un serviteur de Dieu : ni fausse humilité, ni spiritualité mal comprise qui laisserait à Dieu seul le soin de défendre sa cause ; parfois les intérêts divins exigent que nous nous jetions courageusement dans la mêlée en usant avec intelligence des atouts que Dieu a placés en nos mains. Mais cette lutte ne peut jamais être menée avec des armes charnelles (10.4). Dieu seul donne à notre combat sens et efficacité.

- Plan.

- Comme nous l’avons vu, l’ép. est structurée de manière chronol. autour des relations de Paul avec les Corinthiens : passé-présent-avenir.

- Introduction

Adresse et salutations 1.1-2

A. Action de grâces pour une délivrance récente 1.3-11

I. Passé 1.12-7.16

- réponses aux accusations

- explications sur son comportement

- apologie de son ministère

Paul explique sa manière d’agir en particulier : pourquoi il a changé ses plans de voyage 1.12-2.13

B. Il expose la vraie nature du ministère chrét. (par opposition à celui de ses adversaires à Corinthe) 2.14-7.4

1. Un ministère qui apporte la vie 2.14-4.6

2. Malgré les tribulations dont il est parsemé 4.7-5.8

3. Qui est motivé par l’amour du Seigneur 5.9-19

4. Comment Paul exerce ce ministère 5.20-7.4

C. Il fait part de sa joie lors de la rencontre de Tite 7.5-16

II. Présent

Ce que Paul est en train de faire (à quoi il aimerait associer les Corinthiens) : la collecte pour les chrét. de Jérusalem 8.1-9.15

A. Pourquoi cette collecte 8.1-5

B. La mission de Tite 8.6-9.5

C. Principes de la libéralité chrét. 9.6-15

III. AVENIR

Ce que Paul fera lors de sa prochaine visite à Corinthe 10.1-13.10

A. Son autorité et son attitude envers ses adversaires 10.1-18

B. La supériorité de son apostolat 11.1-12.18

C. Exhortations finales 12.19-13.10

Conclusion 13.11-13



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