Amos

Amos (Livre d’)

- Auteur. Amos (porteur de fardeaux) était un paysan du "désert de Juda" dominant la mer Morte où Jean-Baptiste et Jésus se sont retirés. Il habitait Teqoa à une dizaine de km au sud-est de Bethléhem. Il gardait des nakad, petites brebis à courtes pattes réputées pour leur laine. On sait aussi qu’il "pinçait des sycomores". Cette variété de figuiers sauvages sécrétait une boule de sève durcie comestible si l’on entaillait son tronc au moment voulu, "fruit" apprécié par les pauvres. Le message d’Amos porte des marques de cette origine pastorale par les nombreuses images évoquant la vie à la campagne (#Am 1.2 ; 2.13 ; 3.4-5 ; 4.7 ; 5.8 ; 6.12 ; 7.1 ; 8.1 ; 9.6). Amos devait être d’origine modeste puisque le nom de son père n’est pas mentionné.

- Teqoa se trouvait sur la route des caravanes (#Am 5.8 ; 8.12). Le soir, autour du feu, on racontait ce qui se passait en Egypte (#Am 6.10), en Phénicie (#Am 1.9) et dans les autres pays d’alentour. Pt-être Amos a-t-il été lui-même en Egypte, à Damath, ou en Israël pour vendre des peaux ou de la laine de ses troupeaux.

- Il n’était ni prophète de métier, ni membre d’une confrérie prophétique (#Am 7.14), donc il ne parle pas pour gagner son pain, mais il connaît bien les écrits de Moïse dont ses messages portent de nombreuses traces.

- C’est un homme simple, mais courageux qui n’a pas peur de dénoncer les péchés des grands et du roi lui-même (#Am 7.10-17) ne reculant pas devant leurs menaces (#Am 7.12). Il est conscient d’apporter le message inspiré par le Seigneur lui-même (#Am 7.16-17).

- Date. Entre 765 et 750 (pt-être 760 et 755) av. J.-C. pendant les règnes parallèles de Jéroboam II en Israël et d’Ozias en Juda. C’est un temps de grande prospérité. Israël n’est plus opprimé, ni par les Syriens vaincus par les Assyriens, ni par ces derniers déjà sur leur déclin, ni par les Egyptiens divisés entre eux. Le commerce et l’économie sont florissants, la richesse s’accroît (plus de tribut à payer).

- Amos prophétise surtout vers la fin du règne de Jéroboam II, cf. #2Ki 14.23. Le tremblement de terre qui eut lieu peu après (#Am 1.1 ; 8.8 ; 9.5) a laissé une profonde impression en Palestine. Il était peut-être lié à une éclipse totale du soleil et, dans ce cas, il eut lieu en juin 763. Zacharie en parlera encore (#Zec 14.5).

- Conditions sociales et religieuses. Prob. le royaume atteignit alors sa plus vaste superficie #Am 6 14 ; 2Ki 14.25.

Amos émit son message avant qu’Osée prononçât les discours contenus dans Os. 4-14. En effet, les conditions sociales et relig. d’Israël, décrites dans les pages d’Amos, ne semblent pas si désespérées qu’Osée ne les dépeint pendant les années de meurtres, de conflits, d’anarchie, qui suivirent la mort de Jéroboam II. Amos ne fait pas allusion aux invasions assyriennes contrairement à ce qu’on trouve dans Os. 4-14, prob. parce qu’elles n’avaient pas commencé. Le jugement du Seigneur forme le sujet de ses prophéties (1.2 ; cf. Joël 4).

- Amos vivait dans le royaume de Juda, mais il fut envoyé dans le royaume du nord pour prophétiser. Il adressa ses messages à Béthel où l’on avait érigé un sanctuaire royal et dressé l’un des deux veaux sacrés de Jéroboam (#Am 8.14 ; Ho 8.5 ; 10.5). A cause de ses prises de position, le prêtre Amatsia l’accusa de comploter contre le roi (#Am 7.10).

- But. Le peuple d’Israël interprétait la prospérité dont il jouissait comme un signe de la protection et de la faveur divines. Or, Dieu ne pouvait pas approuver les injustices qui résultaient de cet afflux de richesses : seuls les riches en profitaient et vivaient dans le luxe, les pauvres étaient exploités et s’appauvrissaient encore plus, la classe moyenne disparaissait. Avec la richesse, les vices se développaient:l’immoralité, l’alcoolisme, les sacrilèges.

- Contenu. Dans son message, Amos devait rappeler la bonté de Dieu à l’égard d’Israël (2.4,10 ; 9.7), ce qui entraînait une grande responsabilité de la part de ce peuple (#Am 4.4 ; 5.21). Il était chargé de ramener le peuple à Dieu, de lui demander fidélité à l’alliance et à la Loi, sinon le jugement s’abattra sur lui (#Am 5.27 ; 6.14 ; 7.10-17).

C’est le dernier avertissement adressé au royaume du nord avant la chute de Samarie.

- 1. Dans l’introduction (1.1-2. 16), le prophète annonce le jugement de 6 nations païennes, voisines de Juda, puis d’Israël. Les 7 premières accusations sont contenues dans 7 stances de même composition, qui commencent et finissent de la même façon. Une formule connue les relie au début de la stance accusatrice d’Israël, à laquelle elles aboutissent. La thèse semble être ceci:Si ces peuples païens doivent être punis, combien plus Juda devrait-il l’être, lui qui a péché contre la lumière. Et si Juda est puni, à combien plus forte raison Israël, dont le péché est plus invétéré.

- 2. L’accusation contre Israël forme l’essentiel du livre (3.1-9.7). Ce sont 3 discours, commençant chacun par les mots "Ecoutez cette parole" (3.1 ; 4.1 ; 5.1), et suivis de 5 visions. Dans la 1re, nous voyons des sauterelles avides ; à la prière du prophète, Dieu pardonne à Israël, et met fin à leur oeuvre de destruction. La 2e vision présente du feu, dévorant les eaux, et menaçant d’anéantir le pays. De nouveau, à la requête du prophète, Dieu arrête le fléau. Pt-être y eut-il, pendant le ministère d’Amos, une invasion de sauterelles, suivie d’une période d’intense chaleur et de disette (cf. Joël). En tout cas, les 2 afflictions représentent 2 jugements qui avaient déjà atteint Israël. Les sauterelles figurent des envahisseurs, des exterminateurs, insectes gloutons ou armées ennemies ; le feu symbolise la juste indignation de Dieu, consumant le péché. Amos voit, fort prob. dans ces visions, les calamités du passé ; il en a déjà parlé:envoyées pour avertir Israël, enrayées par la grâce de Dieu, elles ne purent amener la nation à la repentance (4.6-11). Le peuple doit donc se préparer à affronter le châtiment divin (4.12). La 3e vision, celle du niveau, montre qu’un jugement dévastateur conforme à la justice, va survenir (7.7-9). Le prêtre de Béthel interrompit là le prophète et lui interdit de continuer, mais il recommença. La 4e vision, celle de la corbeille de fruits, indique qu’Israël est mûr pour le jugement, qu’au regard de Dieu il est déjà coupé de l’arbre (8.1-3). Dans la 5e vision, l’Eternel est debout à côté de l’autel, sans doute celui de Béthel (3.14) ; il commande de frapper et de mettre à mort, ce qui signif. qu’il a ordonné de commencer le jugement (9.1-4).

- 3. La prophétie se termine par les promesses suivantes (9.8-15) : l’exil n’est qu’un crible ; la maison de David sera relevée jusqu’à sa gloire première (v. 11). Agrandissement du royaume par la victoire sur Edom et sur d’autres nations païennes (v. 12). Israël reviendra de la captivité (v. 13-15).

- Style. Le style prophétique d’Amos est un bel exemple de pur hébreu. Sa langue est simple, mais digne et forte. S’il n’abuse pas de métaphores, il sait s’en servir. Il a forgé quelques expressions frappantes qui ont passé dans le langage courant (p. ex. 3.3, 6 ; 4.11, 12 ; 6.1). Les supplications d’Amos n’ont pas la tendresse et la sensibilité que l’on rencontre parfois dans Osée, qui faisait partie de la population au milieu de laquelle il prophétisait. Amos a une certaine réserve, bien naturelle chez un prophète d’une autre tribu, d’un autre royaume. Il a le jugement objectif de quelqu’un qui n’est pas lié par le sang au peuple qu’il apostrophe. Le livre d’Amos est le 3e de la série des petits prophètes.

- Aperçu critique. Le texte d’Amos a été transmis dans d’excellentes conditions. On a cep. discuté l’authenticité de plusieurs passages (spéc. de 2.4, 5 ; 4.13 ; 5.8, 9 ; 9.5, 6 et 8b-15). On a avancé contre l’authenticité de 2.4, 5 :

a) que le fond et la forme rappellent le Deutéronome ;

b) que les accusations contre Juda sont des lieux communs contrastant avec le ton personnel des charges contre les autres peuples. Mais, a) les reproches faits par le Deutéronome:rejet de la loi de l’Eternel, non-observation de ses statuts, idolâtrie, se trouvent dans les écrits contemporains d’Amos et avant lui. #Ex 15.26 ; 18.16 ; Isa 5.24 ; Ho 2.7, 15 ; 4.6. b) Quant à la mise en accusation de Juda, elle a la forme des autres réquisitoires. Elle est précise aussi puisque la désobéissance aux ordres de l’Eternel et l’idolâtrie sont constamment spécifiées dans les pages des prophètes.

c) Les 2 v. d’#Am 2.4-5, et l’accusation contre Juda ne peuvent être supprimés sans changer la pensée même et sans en interrompre la gradation (Driver, Joël and Amos, p. 117 ; Vos, Presb. and Ref. Rev. IX 226). Les 3 passages:4.13 ; 5.8-9 et 9.5-6 dont l’authenticité a aussi été contestée dépeignent l’Eternel. On les rejette en alléguant :

- 1. que la doctrine théologique énoncée dans ces v. n’est pas dominante dans la litt. hébr. avant l’exil.

- 2. que les cris de louange à la gloire de Dieu Tout-puissant sont dans le style de la dernière manière d’Esaïe (40-66).

- 3. que 2 de ces passages (4.13 et 9.5-6), ne sont pas étroitement liés au contexte et que même 5.8-9 le coupe.

- Voici la réfutation :

- 1. Il est vrai que ces passages pourraient être supprimés sans que le lecteur le remarque ; mais un grand nombre de passages, dont personne ne conteste l’authenticité, pourraient l’être aussi. Ces 3 passages renforcent la prédiction du jugement, en proclamant la grandeur transcendante de celui qui châtie (Vos, op. cit. p. 227).

- 2. La forme exclamative de l’appel, particulièrement dans les passages critiqués de ce discours prophétique, "n’est pas étonnante, vu les règles générales de l’art oratoire prophétique" (citation tirée de Robertson Smith par Driver).

- 3. La doctrine de la souveraineté de l’Eternel sur la nature est en harmonie avec l’enseignement d’Amos dans d’autres passages (4.7 ss. ; 7.1, 4 ; 9.3 ; Driver). Ajoutons que cette doctrine concorde aussi avec l’enseignement antérieur à la prophétie d’Amos (v. p. ex. Gn. 2 à 8 ; 11 ; 18 ; Ex. 7-14). On a soutenu que les promesses optimistes qui terminent le livre (9.8b-15) ne peuvent guère être la conclusion personnelle d’Amos et de sa vision du châtiment, car cette conclusion diffère du reste de sa prophétie par le style, les idées et la perspective d’avenir. Mais il est de peu d’importance qu’Amos ait écrit cette conclusion en même temps que le récit de ses visions ou plus tard. L’authenticité de cette conclusion n’a pas pu être réfutée. Les prophètes ajoutent souvent une prophétie optimiste à leurs prédictions de jugement. Le peuple pieux avait besoin d’encouragement, et il fallait montrer l’harmonie entre le jugement accablant et l’ancienne promesse divine concernant la stabilité du trône de David, la perpétuité et le triomphe du royaume de Dieu sur la terre.



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